PIERRES_ANONYMESMarie-Jean Vinciguerra,
Francesca Weber-Zucconi
et Hélène Mamberti
ont présenté
la première réalisation
de l'Operata Culturale,
Pierres anonyme :
Petre senza nome
.
Cette œuvre collective
porte les 56 signatures
de ses 56 contributeurs.
Leur travail commun
se fond dans trois textes
« Petre senza nome »,
« A San Ghjuva »
et « Pruclama di Luri ».


À Bastia, dans les salons
de l'hôtel Best Western
ce
 7 mai 2010 à 18h00

Petre senza nomme
Ce premier texte est un long poème, dont Norbert Paganelli a fixé le thème dans les premiers vers, passant immédiatement le relais à qui a bien voulu le prendre, pour continuer la course, course à l'imaginaire, à ses résonances communes, dans une sorte de bœuf poétique qui a trouvé sa synthèse finale en livrant sa partition, mise en pages et imprimée.

San Ghiuva
Le deuxième texte s'ouvre sur un poème du poète nimois Tristan Cabral, « La Saint Jean ». Suit sa traduction en corse, puis la traduction en français… Ces traductions successives, réitérées 15 fois, ont donné un texte rhapsodique, répétant 15 fois le thème initial en le revisitant à chaque passage de nouvelle modulations, créant l'attente d'une ultime cadence conclusive qui ne vient pas. Lui est substituée un blanc, ou un silence, comme si le lecteur était invité à inventer lui-même le grand accord final. Et vous ? Comment termineriez-vous ? En majeur ? En mineur ? Dans la tonalité initiale ou dans une dissonance aussi éblouissante que celle qui achève le Bolero de Ravel ?

Pruclama di Luri
Cette proclamation, dont l'idée fut lancée à Luri en août 2009, s'inscrit dans la démarche des manifestes littéraires et politiques, et donne la synthèse d'une séries d'écritures, de débats et de réécritures développant un texte initial qui posait comme une nécessité le recours au manifeste.
La Corse n'a aucune vocation à rester éternellement enfermée dans l'image qu'en donne son apparition comme thème exotique dans la littérature romantique d'un XIXe siècle agité par un réveil des nationalités dont notre ile est loin d'avoir vraiment bénéficié. Le
Riacquistu amorcé dans les années 70 a soulevé un mouvement culturel ample et profond, qui marque désormais la Corse au-delà de tous ses clivages. Ce mouvement est multiple, avec des conséquences et des résonances dans tous les domaines de la production artistique et du développement des connaissances. Semble venu le temps de l'essaimage, et de la construction collective d'une utopie qui nous épargne le glissement dans l'a-topie galopante et l'enlisement dans l'atonie programmée. Conserver et développer nos propres capacités de réflexion et d'action, dans un monde qui sait inventer ce qu'il faut de problèmes complexes pour noyer les individus dans l'ignorance massive, l'impuissance absolue, la peur du lendemain. Enjeu majeur. 

OPERATA E MURATURA
Les métaphores ont bien plus les pieds sur terre que ne le croient ceux qui voient les poètes comme des extra-terrestres !
Le terme « operata » rappelle ces moments d'autrefois où les bras s'employaient, tous ensembles, d'un commun accord et d'un commun effort, à des réalisations dont l'ampleur dépassait le travail d'un seul, et dont l'utilité était ressentie par tous. Que l'on pense à ces murets retenant la terre, créant sur des pentes abruptes des surfaces à ensemencer. La culture est encore plus fragile que l'humus, et sans murets, elle peut être, elle aussi, lessivée laissant à nu un champ de pierres vide, stérile et sans noms. Ces « petre senza nome », selon la manière dont nous partagerons nos réflexions et nos actes, seront celles des murets qui retiennent la terre ou celle des déserts décapés par la répétition aveugle et inlassable de toutes sortes d'inconséquences.

Xavier Casanova

POST SCRIPTUM : CYCLOPE ET ARGOS
L’Operata Culturale est loin de se réduire à un seul regard, une seule analyse, une seule perspective. Que les murs soient – si nécessaire et si la force le permet – cyclopéens. Pas le regard. Pensons plutôt à Argos Panoptès, qui voit tout, avec ses cent yeux sur la tête. Une moitié somnole, et l'autre veille. Impossible de tromper sa vigilance. L'Operata démultiplie le regard, et pas seulement le sien. Le vôtre, aussi qui pourrait tout aussi bien s'en aller voir ce qui coule d'autres sources — occhju, aussi — du côté d'Invistita (le regard Norbert Paganelli) ou du côté de Corsicapolar (le regard d'Ugo Pandolfi), ou encore du côté de Pour une littérature Corse (le regard indirect, anaclastique, de François Renucci). Et j'en oublie… Mais qu'on me pardonne, je n'ai que deux yeux, et – hélas ! – ma dose de presbytie. Mais les lunettes des autres peuvent la corriger !