Pourquoi se coller sur le dos des frais d'impression pour des bouquins dont la presse ne pipera mot, et qui se vendront chez le meilleur libraire de l'île à sept exemplaires, parce que ce dernier au eu la chance de voir défiler les sept nains de Blancheneige ? Une édition fictive fait tout aussi bien l'affaire. Quant à l'auteur ? C'est un de ces naïfs qui croient sortir de l'anonymat en recevant de leur imprimeur une belle petite boîte en plastique cristal contenant 100 cartes de visites à leur nom, dont une moitié est remise à l'entourage avec un grand sourire cadeau, et dont l'autre moitié sera découverte par la succession lorsqu'il sera devenu licite de faire les tiroirs du mort avec une fébrilité de chercheur de trésor, les yeux toujours obscurcis sous ces grosses lunettes noires qui servent d'ordinaire à dissimuler l'absence de larmes.


COUV_FULLMOON

Ce que montre ce roman ? Que le boulot de l’éditeur ne s’arrête pas en plantant des bouquins à l’aveuglette dans les rayonnages comme d’autres plantent ailleurs des thermomètres, espérant y lire au plus tôt une fièvre d’élégance chez quelque patient de renom au toussotement contagieux. La littérature a ses raisons, on le savait. Elle a aussi ses saisons, ce que démontre Cacciamosca, avant d’en tirer les conséquences pratiques. C’est vrai que l’auréole de nos grands littérateurs pâlit quelque peu une fois établie la très forte corrélation entre créativité, de même qu’entre pulsions de lecture, et phases de la lune. Dans une économie soucieuse de rentabilité, il était bon de montrer aux éditeurs combien il est urgent de savoir déterminer le moment le plus propice, par exemple, pour lancer un auteur dans un travail d’écriture, pour mettre un manuscrit en lecture ou une nouveauté en vente. Full Moon passe en revue, de manière comparative, des exemples de grands succès de librairies et des exemples de flops aussi retentissants qu'incontestables. Il arrive alors à des conclusions étonnantes : « À nouveau, le déphasage d’un septième de lunaison dans les publications respectives du Codex Corsicæ de Casanova et du Guide des égarés de Maïmonide suffit à expliquer l’éclipse de l’un par rapport aux résurgences cycliques et ininterrompues de l’autre. » Comme quoi, l’éditeur détermine le succès d’un livre selon la manière dont il en écrit et respecte le planning de publication. C’est ce que commence à comprendre et mettre en pratique La Gare, le premier éditeur à avoir fait appel au moon coaching de Cacciamosca, en publiant son ouvrage en suivant à la lettre la théorie qu’il y expose. Démonstration éblouissante à travers un roman qui, à tous autres égards, ne vaut pas tripette.


Cacciamosca,
Full moon,
Ghisonaccia : La Gare, 2010.
Coll. « Fiction totale »