Le 15 mars 2011, François-Xavier Renucci, sur son blog « Pour une littérature corse », a lancé un jeu fondamental à travers le dernier de ses billets intitulé « Fin de la grève ?… Oui ! ».

Depuis sa création en janvier 2009, ce blog travaille à donner corps à la littérature corse, en montrant qu’elle ne manque ni de corpus, lorsqu’on provoque ses lecteurs à l’inventaire, ni d’esprit de corps, lorsqu’on provoque ses créateurs au débat. Simple déficit d’image d’une littérature « minorée », pour reprendre l’expression introduite par Jacques Fusina dans Ecrire en corse. Avec l’effet ordinaire d’un tel positionnement dans la « République des lettres » : des tendances centripètes, et ses risques de repli sur soi ; des tendances centrifuges, et ses risques de dilution dans les genres et les styles « majorés ». Situation ordinaire des petites littératures, les marginales, les provinciales. Instabilité. Attractions et répulsions. En Corse même. Au quotidien s’y pose, aux lecteurs comme aux créateurs, la question permanente de la valeur très contrastée de ses œuvres, selon qu’on les confronte à des critères et des critiques internes « minorés », ou externes « majorés ».

Un jeu fondamental avec le présent des lettres corses

Le jeu lancé par François-Xavier Renucci est simple : il incite les lecteurs de son blog à dresser, parmi les ouvrages des 20 dernières années, la liste des 10 titres les plus marquants, à leurs yeux. Ce travail de bibliographie sélective et rétrospective, pour sauvage et peu encadré qu’il soit, n’en est pas moins immédiatement parlant. Il conduit, en effet, à faire resurgir une information qui éclaire la réception des œuvres de cette période, et pourrait même permettre de tracer leur géographie mentale actuelle. Un petit surcroît de méthodologie y suffirait. Il permettrait d’inscrire la démarche dans le cadre des études de la lecture, un domaine habitué de longue date à faire feu de tout bois. Le peu de connaissance que l’on ait de la réception des œuvres du Siècle des Lumières passe ainsi par le dépouillement des listes d’ouvrages de quelques bibliothèques personnelles dressées par des notaires en réglant leur succession. Aujourd’hui, l’information pourrait être plus précise, par exemple à travers les statistiques de prêt du réseau des bibliothèques publiques. Sous réserve de procéder à quelques synthèses. Ce qui n’exclue nullement une démarche de recension comme celle qu’a initiée François-Xavier Renucci. Mais, là encore, sous réserve de permettre quelques synthèses. Espérons que son initiative sera suffisamment suivie. Elle permet en effet, même sans détour par la méthode, de réunir une masse d’information utile, dans l’immédiat, à dresser l’esquisse. Y compris la dynamique des divers courants et des diverses sensibilités qui animent les lettres corses.  Et si les données sont là, la méthode viendra bien un jour ou l'autre. Alors, jouons !

Un saut immédiat vers le billet s'impose !

S'impose peut-être aussi la création d'un blog à part, pour que cette initiative ne se retrouve pas sitôt lancée, sitôt couverte par le billet suivant et, finalement, trop vite enfouies sous une sédimentation peu propice aux rétrospectives ou aux chantiers de longue haleine. Comme d'autres questions clef, un jour posées, un temps alimentées et trop tôt épuisées sans véritable réponse, sans même un rapport d'étape. Je pense, en particulier, à ces questions récurrentes autour des conditions de possibilité d'un espace public d'échange et de réflexion relatifs à notre littérature, en ses œuvres passées, ses actes présents et ses espérances futures. Peut-être est-il temps de faire naître, à côté du cabinet de curiosités, quelques séminaires et laboratoires…

• Xavier Casanova