FERRARI_LIBE« Littérature corse
dans Libération ! »

Le cri du guetteur
s’est fait entendre.
Notre réseau de tours
génoises, virtuelles et
sociales, a vibré.
Il signale un bel article
de Jérôme Ferrari,
publié le 4 avril 2011,
sur les pages « Voyages »
du site de Libération, 
sous la rubrique
« Grandes
destinations ».

PENSER ET PONÇER LE PONCIF. — Selon une idée reçue, disserter sur les clichés est sans conteste un lieu commun de la réflexion littéraire. Certes. Mais sous la plume de Jérôme Ferrari, ça délivre une trame propre à alimenter certaines de nos manières de constater ou d’espérer, dans nos actes de pensée ou nos implorations, l’émergence locale et la reconnaissance globale, d’une littérature corse. Ci-dessous, nous reprenons douze propositions extraites de son article. Très fortement articulées les unes aux autres, elles me semblent bien quadriller le champ de fouille. Il me semble même qu’elles définissent une perspective sous laquelle pourraient se ranger un certain nombre d’ouvrages publiés au cours de ces dernières années et qui, comme dans le domaine de la musique, ne réussissent pas à faire percevoir l’existence de fait d’une « école corse ». Faute d’un travail analytique qui en dégagerait les lignes de force. Et pourtant, la permanence de certains états de fait a bien plus de poids sur les communautés humaines que l’âme qu’on leur suppose. Et l’appel inlassable à l’âme commune ajoute sa propre pesanteur dans la configuration des situations de fait, comme dans leur restitution en paroles et en écrits. À cet égard, l’initiative prise par François-Xavier Renucci, qui nous invite à sortir 10 titres marquants parmi ce que nous avons lu des lettres corses, pourrait constituer le corpus sur lequel projeter les 12 propositions suivantes :

Du cliché à la dignité littéraire

1. – Les clichés sont inévitables.
2. – Les clichés ne sont que la forme perverse des facultés de conceptualisation qui nous permettent de découper le monde en catégories générales.
3. – Les clichés sont invincibles, comme l’est la bêtise elle-même.
4. – Les clichés résistent aux arguments rationnels car ils ignorent la réalité et tirent leur force de cet aveuglement inaltérable.
5. – Les clichés nourrissent l’imaginaire.
6. – L’imaginaire, dans toute société, est aussi important que le réel.
7. – La littérature est un moyen de rendre au réel ses droits, contre les falsifications de l’imaginaire.
8. – La littérature peut donner à voir un réel partiel, fragmentaire, paradoxal, indigeste, qui ne peut en aucun cas rivaliser avec le merveilleux cadre d’intelligibilité que procurent les clichés.
9. Le réel, fût-il infâme, n’en constitue pas moins un bien meilleur matériau littéraire que les clichés.
10. S’affronter au réel, c’est prendre le risque de mettre à mal son imaginaire, ses clichés et ses fantasmes.
11. Le texte encourt alors le risque soit de ne pas être lu, soit de passer pour tendancieux ou mensonger, puisqu’il ignore ou réfute les clichés auxquels le lecteur s’attend.
12. Toute réalité humaine, portée par l’écriture, peut accéder à la dignité littéraire.

APOSTILE. — Pour conclure, j’invite Jérôme Ferrari à lire ou relire, muni de la loupe taillée dans son article, mon Codex Corsicæ suivi de Esquisse d’une théorie de l’interprétation des socioglyphes de Corse. Ceci étant dit uniquement pour signaler un texte dont j’espérais, dans mes fantasmes, assez d’effets grossissants pour dispenser d’une lecture à la loupe. Loupé !

NOTULE. — Il devrait aussi trouver un certain plaisir à la lecture des Fragments philophoriques à l'usage des survivants, d’Alexandre Ducommun, qui développe dans deux registres distincts le point 6 (ci-dessus), un des centres optiques de cette loupe aux multiples foyers.