Antoine-Toussaint Casanova ne pouvait pas rester plus longtemps à l'écart des Lettres Ghisonaises. Il vient ainsi de sortir son premier album, publié en autoédition numérique : Klonx Komix. L'auteur y exploite, avec une ironie féroce et dérisoire, une veine où s'hybrident angoisses et non-sens. Son coup de pinceau, appuyé, instinctif, sauvage, violent, drôle et grinçant, ne respecte qu'une seule convention de la bande dessinée : la décomposition de la page en vignettes. Dans son œuvre, elles font figure de cellules assurant la contention de toutes sortes de monstres, qui ne grimacent de rien d'autre que de leur enfermement dans l'absurde. Le lecteur est ainsi invité à parcourir une espèce de labirynthe dont le couloir tortueux n'est qu'une enfilade de cellules au fond desquelles croupissent des êtres inutiles, ignorés, oubliés. Ce serait une œuvre à clefs s'il en était une qui puisse décadenasser toutes ces cases, ou craquer le code secret des multiples glyphes qui en tapissent parfois les murs. C’est, au demeurant, une œuvre bien plus profonde qu'il n'y parait. S'il revenait sur terre, Jérôme Bosch aurait davantage de chance de partager la radicalité incisive d'Antoine-Toussaint Casanova, plutôt que de verser dans la veine actuelle du réalisme fantastique et son académisme pompier, sanglant et dénudé. Un humour glacé très rafraîchissant !