« Le coup de frein était d'autant plus violent
que la machine ne réagissait pas.
Il ne savait pas qu'il faisait du sur-place. »
Jean-Félix Cacciamosca

 

Toute démarche créatrice s'aventure sur la ligne de crête séparant les pentes glissant l'une vers la fascination et l'autre vers la révélation. Fascination pour les formes en adéquation parfaite avec les certitudes du moment, qu'elles exhaltent. Révélation de formes nouvelles passant outre les certitudes du moment, qu'elles ébranlent. L'art est toujours davantage qu'un geste posé dans la nébuleuse des esthétiques. C'est toujours un acte posé dans la complexité des relations sociales, dans les luttes constantes visant à détourner la transcendance au profit des pouvoir installés ou émergents, pour les conforter. Dans certaines circonstances, la réception d'une œuvre montre au grand jour comment fonctionne cette mécanique. Ce qu'il conviendrait d'analyser. Ce qui peut être analysé dans les réactions suscitée sur le campus et dans les médias par l'ostension du travail d'un étudiant en arts plastiques.

Parmi ces réactions, il en est une qui mérite d'être soutenue : celle des enseignants, qui ne défendent rien d'autre que ce qui autrefois s'appelait la franchise universitaire. La possibilité d'un lieu où faire librement l'expérience de la pensée et de la création. Un lieu où s'armer d'expériences, où gonfler ses bouteilles d'oxygène avant de plonger pour de bon dans la complexité du jeu social et ses multiples mécanismes d'asphyxie.

Voir la pétition des enseignants :

Pétition
POUR LE RESPECT ET LE SOUTIEN
D'UNE CREATION LIBRE ET AGISSANTE

Suite au comité de censure et d’agression dont a été victime un de nos étudiants, suite aux dégâts occasionnés dans nos locaux de travail, l’équipe pédagogique du département Arts de l’Université de Corse rappelle qu’elle soutient, au nom de la liberté d’expression, toutes les démarches artistiques des étudiants, surtout lorsqu’elles sont argumentées et finalisées dans le cadre d’un projet pédagogique.

Le travail d’Anthony Limelette répondait au sujet « le spectacle du quotidien ». L’objectif était de questionner son environnement et de proposer une mise à distance par les moyens de la représentation.

La démarche critique d’Anthony visait à rompre et interroger une routine visuelle en créant des collages, des situations polémiques et poétiques, largement référencées. Sa vidéo (car l’affiche n’est pas l’œuvre !), « l’équilibre de l’aveugle » met en présence des antithèses et montre combien nous pouvons vite être déséquilibrés et agressés quotidiennement, plongés que nous sommes dans un bain d'images pourtant violentes mais jamais décodées.

La démarche de ce jeune artiste n’est pas volontairement provocatrice mais « agitatrice », preuve qu’elle opère sur des codes et attentes, souvent stéréotypés, qu’il faut interroger sans violence. Ce questionnement induit par la liberté d'une parole singulière fera l'objet d'un débat, dans l’espace démocratique de l’Université.

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