FORA NOEL

Mon très cher Père,


Cette année je me suis montré docile aux imbéciles aux fins de faire définitivement cesser le seul reproche qu’ils me faisaient encore, à savoir en faire toujours trop.

Je sais que je n’ai pas totalement corrigé mon orgueil, mais tu me pardonneras ce défaut résiduel qui, finalement, ne blesse que les sots. Couvre-les de cadeaux. Ainsi m’oublieront-ils le temps de s’émerveiller de ce qu’ils trouvent dans leurs savates, d’en dépecer l’emballage, d’en décortiquer le mode d’emploi, et de s’abandonner corps et âme au prêt-à-jouer à eux offert.

Je renouvelle ma demande, en espérant que, cette année, tu pourras me satisfaire. Depuis plusieurs années, en effet, tu sais que je rêve d’une panoplie de trader. Aujourd’hui ce rêve se fait d’autant plus tenace que, n’ayant plus de liquidités à faire fructifier, il ne me reste plus que l’espoir d’émarger sur toutes les transactions passant par ma main.

Je veux croire avant tout à la justice obscure et immanente des marchés.

Je serais très déçu de ne pas recevoir, cette année, une récompense adaptée à ma toute récente soumission et ajustée à ma très nouvelle résignation.

Dans l’attente impatiente d’une réponse que je me permets d’imaginer favorable, je te prie d’accepter, Mon très cher Père, l’expression de mes sentiments choisis et déférents.

Jean-Félix Cacciamosca

 

PS : Ma piété étant sans limite, il va de soi que je suis prêt à entrer en guerre contre tous ceux qui bafoueraient scandaleusement ton nom ou ton image, et à me battre jusqu’à la dernière énergie contre tous ceux qui, faisant fi de nos traditions culturelles séculaires, se permettraient ostensiblement de ne pas croire en Toi, ou qui, tout simplement, manqueraient de respect aux plus fidèles de tes adorateurs.
Très sincèrement.