Sgio Accendi Bellicosi

Si un florilège n’était fait que d’étonnements, il nous priverait du plaisir de voir aussi sous nos yeux resurgir le souvenir de ces « premières fois » où la poésie nous a pénétrés.

Certes, c'était le plus souvent dans un contexte scolaire, et à un âge où nous commencions à peine à nous approcher des bancs publics et des acnés, mais où nous étions encore très loin des alcôves et encore plus des ruelles, des velours rouges, des miroirs au plafond et des draps en satin.

L’émotion poétique s’affine comme l’art d’aimer.
Reste le souvenir des premières tendresses.
« U Famosu Rimpientu » est parmi les plus anciennes.
Une des mieux partagées, certainement.
 


U famosu rimpientu


Peureux, vois mon supplice

Peureux, vois mon supplice, et monte d’un étage,
Ou comme s’essuie là qui construit sa maison,
Epuisé, retourné, réhaussant sa cloison,
Vire, se séparant du reste du village.

J’en rêve et erre lasse, en ce froid carrelage,
Fumant la marijane, ou tout autre poison.
Rêverais-je de trop pour ma pauvre raison ?
Faut-il que je m’évince, en laissant l’héritage ?

Peu me plaît de toujours voir filer sous mes yeux,
Passer en d’autres mains, affront pernicieux,
Le marbre étincelant au fond de la cuisine.

Plus qu’un petit emploi et des tartes tatin,
Plus qu’un joli ciré et des draps en satin,
Je veux paralyser du regard ma voisine.


Sgio Accendi Bellicosi,
« Peureux, vois mon supplice »,
in Ghjuvanfelice Cacciamosca éd.,
Corsilège : les plus beaux poèmes corses,
Bastia : La Tarte à Mots édition, 2011.
(Coll. Nostalgologie : les fondamentaux, n°48)
Ouvrage publié avec le concours de la section corse
de l’Association pour le développement écodurable
de l’écotourisme culturel et de la culture écotouristique.



L’AUTEUR

Sous le pseudonyme,
un chiame è risponde facétieux

Accende Bellicosi (litt. : qui enflamme les belliqueux) répond de manière facétieuse à Aspette Bellecose (litt. : qui attend de belles choses), le seul et unique poète qui, à l’époque, avait grâce aux yeux des rédacteurs (étaient-ils si nombreux ?) de « Diampine ! », une gazette qui tirait à boulet rouge sur toutes les façons, jusqu’aux plus ténues, dont se manifestait à leurs yeux exigeants et pointilleux l’irrémédiable décadence de la poésie traditionnelle, son assèchement, son inéluctable indéhiscence.

Leur image favorite étant la gousse de haricot indéhiscente, c’est-à-dire qui sèche sans s’ouvrir et libérer ses graines, Accendi Bellicosi mit le feu aux poudres en imaginant que les rédacteurs de « Diampine ! » ne prenait la plume que pour lâcher des fasgioli, des fayots, et n’ouvrait les livres pour y chercher des pisellucci zinzichinetti, des petits pois microscopiques et outrageusement mesquins.


L’ŒUVRE

I Rimpienti

Une mise à pied collective

« Peureux, vois mon supplice »
est le seul des 100 sonnets constituant I Rimpienti à avoir été traduit en français et mis en alexandrins, dans un travail collectif conduit par 77 écrivains corses, au cours des 18 mois qui séparent leur première rencontre de leur dernière dispute. Leur projet d'ouvrage collectif, Les 100 plus beaux sonnets de Corse, verra bien le jour, mais sous forme d'un très bel album muet réunissant de sublimes photos de montagne.

Une œuvre immortalisée
par le théâtre de boulevard

La querelle des doubles opposant
les deux AB, inspirera à Jean Varboule sa comédie Les Belliqueux, où la succession d’incidents se conclue
dans le dernier dialogue, entre
Gaston Verbolet, le critique littéraire
de « La Ficelle des Spectacles », et 
Toussaint Gabbianova, le directeur de « Diampine ! » : 

VERBOLET. — Doit-on dire qu’il se fit des ennemis ?
GABBIANOVA. — Non, un seul.
VERBOLET. — Etait-ce Bellecose ?
GABBIANOVA. — Non, Bellacoscia.
Rideau

Strattu di :
Ghuvanfelice Cacciamosca
LAMANACCU PASTICIOSU
© by LA GARE, 2012