L’ULTIMU_CUL DE LAMPE

Le lecteur qui aborderait L’Ultimu comme on approche un roman ordinaire court le risque de se perdre dans le maquis des textes, et de s’épuiser à atteppasi, grimper, jusqu’aux lignes de crête où Jean-Pierre Santini laisse entrevoir, sous son écriture alors incisive, sensible, imagée et poétique, la manifestation paroxystique du Verbe.

Que le lecteur entende d’abord la recommandation de Samuel Romani [91] et voit dans la juxtaposition de textes qui s’offre à ses yeux ce que Samuel voit dans l’empilement d’un mur en pierre.  « … ne le regarde pas comme un objet ou une accumulation inerte (…) mais imagine d’abord le travail et donc l’énergie humaine qui ont permis de l’édifier. (…) Le chancellement des ombres aux moindres interstices calligraphie la grande écriture des foules anonymes qui ont laissé la trace de leur passage. » Plus loin [148], le pétroglyphe ressurgira sans qu’on sache qui énonce ce que lit Samuel : « La lumière (…) écaille les fragments de pierre ordonnés par des mains absentes comme une écriture en quête d’éternité. » Traces parlantes pour qui en conserve le sens. Vestiges dérisoires, pour qui plaque sa rationalité conquérante sur les ruines de ses propres destructions, comme sur les résidus de comportements archaïques ayant résisté à tous les changements de modes et de normes. « L’individu code Ultimu a marqué son territoire de l’empreinte infantile du drapeau hissé sur le point culminant de l’îlot G2B. [67] » La raison triomphante ne s’y entend-elle pas pour décréter l’illisibilité de ce qui échappe à son ordre ? La bête. Le sauvage. L’enfant. L’enfant pour qui a déjà retenti le murtoriu, le glas. Celui sur qui — comme le prophète Elisée — se penche l’hologramme de Paoli [88, 89], u Babbu di a Patria, le Père de la Patrie. Son enfant. Il espère le ranimer. Il espère qu’il éternuera sept fois et ouvrira les yeux. Ah ! Si nous avions seulement compté les sternutations de la Corse…

À suivre…

[] Xavier Casanova