L’ULTIMU_CUL DE LAMPE

Comment j’ai lu L’Ultimu ? En ouvrant le livre au hasard, et en commençant la lecture au premier indice signalant le début d’un fragment. Et en répétant ce geste à chaque retour au livre.

En fait, la démarche n’est pas totalement aléatoire. Elle conduit toujours aux pages centrales de l’ouvrage, là où se déploient les « litanies ».

Elles égrènent en série des récits de vies où des défunts exposent sans artifice le sort et le sel de leur passage sur terre et de leur ancrage à Imiza. Voix éteintes écoutées avec bienveillance, et transcrites dans une langue neutre et cristalline, affranchie des excès de la vie, assagie par la mort, par la paix éternelle. Loin, très loin de la recherche effrénée d’un style démarquant la prose du lieu de celle du commun des mortels. Humilité de la plume s’offrant aux mots des défunts, pour qu’ils murmurent encore dans les souvenirs vivants. Effacement de l’auteur. Litanie, au sens de propos monotone tout autant qu’au sens de mémento des trépassés. Office de ténèbres. Laïque et basique. D’homme à homme. D’homme en homme. Peuple. Ordinaire. Point commun ? Unité de lieu. Unité de temps. Unité de destin. Unité de destin ? Oui, dans cette tragédie-là, les Parques* anéantissent tout ce qui, en ce lieu et en ce temps, pourrait engendrer et nourrir une unité d’action.

À suivre…

[] Xavier Casanova

NOTARELLA
* Spec., nos Parques naturelles régionales.