AUBE CORSE PLAINE ORIENTALE

Putain ! Ça commence.

Bouche sèche. Cou raide. Côtes vrillées. Bourdonnement dans la tronche. Gestes imprécis. Lenteurs. Pas la joie. Je lui en parle. Ça l’amuse. Il écrira. Une fois de plus. Les yeux rivés sur un bol de café fumant tenu immobile dans un geste sacerdotal, il esquisse une méditation sur les offrandes d’un tiers-monde lointain où sur les hauts plateaux du nouveau continent ont été transplantés le qahwah dont les graines grillées étaient tenues par certains intégristes pour du charbon, qui en interdisaient donc la consommation, jugeant que tout ce qui touchait au charbon était défendu par le Prophète, tandis que des européens aventureux décrivaient dans leurs récits de voyage un breuvage noir comme l’encre, soulageant toutes sortes de maux, et il croit encore et surtout que ce breuvage-là, de sa douce amertume, effacerait pour toute la journée les lourdeurs et les douleurs habituelles des matins ordinaires : ce n’était ainsi qu’une sorte de rituel de régénération, une cure de jouvence répétée à chaque réveil, avec d’autant plus de frénésie que l’âge la rendait chaque jour davantage nécessaire. Ceci dit, posant la plume, il me rendra la parole.

Putain ! Ça va mieux.