COUV APHORISMES

Oser le péremptoire, servi en sa forme concise, incisive et bornée, et énoncée au présent intemporel des vérités générales. Ça donne des propos denses à laisser fondre sous la langue, en laissant se développer, sous la saveur immédiate et brillante, les harmonies longues en bouche et la multitude des significations qui dansent dans la tête de qui déguste et rumine ainsi.

Oser aussi aborder des thèmes qui ont déjà fait couler tellement d’encre qu’ils semblent avoir de longue date épuisé toute nouveauté et contraignent le discours à la répétition : l’amour, la mort. Oser aussi raviver à leur égard des formules toutes faites pour leur tordre aussitôt le cou. Renversement. Amour fou, dit-on. Pour quelle raison, suffit-il d’ajouter pour renvoyer le cliché à son néant.  Conte de fée, dit-on. Conte défait, rétorque l’aphorisme. Vérité contre vérité ? Non. Réveil du questionnement, contre l’immobilité des réponses toutes faites et la somnolence qu’elles installent. Sous bien des aphorismes, une histoire à dormir debout. Rendre l’âme. Oui, mais à qui ? Sous d’autres sentences, un jeu de mot. Aucune belle formule n’est définitive : un mot pour un autre, un lapsus, et c’est elle qui semble incongrue. « Amour ? Une drogue douce pour que la vie dure. » Ami lecteur, si tu me demandes de situer ce livre dans l’œuvre de Jean-Pierre Santini, je te dirais que c’est un collier de perles. Il t’invite à reprendre, par exemple, la lecture de Nimu ou de L’Ultimu, en tenant un surligneur à la main, à la recherche des gemmes dispersés dans ces ouvrages. Quant à le situer parmi les auteurs connus, sache simplement qu’il est quelque part entre Pierre Dac et Nietzsche. Sourire et profondeur.

Jean-Pierre Santini,
LA MISE AMOUR et la mise à mort : aphorismes.
Barrettali : A Fior di carta, 2014.
66 pages. 7,00 €.