LA REPUBLIQUE DAUMIER

À compter de ce week-end, Ghjuvanfelice Cacciamosca se réserve le droit d’élargir la liste de ses pseudonymes. Ainsi, dans ses interventions publiques, se dénommera-t-il « Le Républicain », chaque fois qu’il se trouve placé dans des circonstances où s’exercent des pressions sociales et politiques incitant fermement à laisser l’ironie au placard.

ILLUSTRATION
La République, Honoré Daumier, 1848
(Huile sur toile, détail)

Cette allégorie de la République met en scène une femme opulente et arrogante, assise parapluie à la main dans la salle d’attente d’un service de pédiatrie. Elle attend que vienne son tour de présenter à la consultation ses trois enfants. Deux tètent goulument, l’un la mamelle droite, l’autre la gauche (de gauche à droite). Le troisième, assis à même le sol, dévore un livre des yeux (en bas). Rien, dans une allégorie, n’étant insignifiant, on remarquera les différences de postures des deux têtards*. En effet, leurs cambrures sont inversées. Le têtard de droite se cambre en avant, se collant de manière fusionnelle et sensuelle à sa mère nourricière. Le têtard de gauche prend une posture plus détachée et presque rebelle, puisqu’il double sa tétée d’une ostension provocante de son postérieur. Au pied de cette scène, le têtard au sol opère un glissement de sens de la tétée à l’entêtement, préférant se mettre en tête de sublimes et fascinantes chimères plutôt qu’en bouche un téton concret à sucer. Mais, ne serait-il pas en train de s’abreuver de leçons de choses où il apprend que, repues, les sangsues lâchent prise et retombent au sol ?

[] CACCIAMOSCA


NOTARELLA
*
Au sens ancien de têtu et opiniâtre, mais aussi au sens populaire de bébé : « Ne voit-il pas (...) ce que serait fatalement devenu le tétard de ce monstre social, un gamin vicieux et vieillot » (A. Daudet, Crit. dram., 1897, p. 305)