COUV David Pietri

Spondi,  un nouvel éditeur corse ambitieux, nous offre comme première parution le livre revigorant d’un auteur, David Pietri, qui ne devrait pas laisser indifférent. En effet, loin de la flagornerie ambiante du régionalisme et de la quête d’une prose identitaire digne de Corse-Matin, tendance qui conduit le plus souvent au panthéisme ridicule qui va jusqu’à affirmer que les cailloux ont une âme, Pietri, loin de Kallisté, nous livre un état des lieux sinistre, sur une île réduite au sordide et à la misère morale. Dans une prose crue mais fluide Pietri parvient à trouver un style qui soit adéquat à la vision du narrateur, homosexuel diplômé de l’université de Corte.

Corse et pédé, ça vous tente ? Cela relève de la survie en milieu hostile. Le narrateur, pour sa part, parvient a trouver son trou au sein des profondeurs de la Corse profonde en la personne de Mounir, jeune étudiant Tunisien qui se fait sodomiser avec les Goldberg de Gould en fond sonore. Tous les personnages sont au diapason, perdus dans la misère existentielle, au sein d’une île qui est désormais terre de l’inquiétude. Tous s’agitent comme des ombres dans cette Corse étouffante, réduits à des gestes privés de sens.

Pour un premier roman, celui ci est agencé avec une maîtrise certaine. Ainsi, au moment où chacun semble plongé dans la tourbe sous le regard cruel du narrateur, quelque chose et certes la plus inattendu va se produire : l’amour et sa tendre lévitation. Par delà les conventions sociales un couple improbable va s’épanouir pour la délurée Tata Françoise et son amant trop heureux de sortir de la routine du missionnaire.

Mission, David Pietri en à une : donner le coup de grâce à tous les clichés qui hantent la littérature Corse. Exercice délicat mais ici maîtrisé.

[] Alexandre Ducommun

David Pietri, Le jour où Napoléon rencontra Michaël Phelps, Lormont : Le Bord de l’Eau, janvier 2016 (Coll. Spondi).
Broché, format 130x200, 160 pages, 15,00 € 
ISBN : 978-2-35687-364-4