PAS L’AMOUR

(XC à DO, verbatim). Tu vois, cette fois-ci le critique littéraire latéral (Les positions centrales ne sont-elles pas verrouillées ?) va te parler direct, d’ombre à ombre (Me dis pas que t’es davantage que moi dans la lumière du jour, celle qui éclaire l’air du temps de belles dystopies dont le pire-obscur corrige la fadeur froides des espérances factices et frelatées).

« Récit », dis-tu sous le titre Pas l’amour. Vois-tu, je prends ça pour un coup de tampon de ton éditeur. Il n’en a pas cinquante. Tu aurais pu faire comme Marie-Jean[1] et ajouter « onirique ». En effet, page 1, je lis « et légender mes propres rêves ».

« Récit » ? Pas vraiment. Acte. « Et ce sera ton livre, Anna », dis-tu en le faisant. Alors que la rhétorique préconise la capture liminaire de la bienveillance du lecteur, ce que tu annonces est la captation d’Anna, son enfermement dans ton récit-légende.

Légende ? Oui, mais dans le sens de mots jetés sous une image. Image fugace dans le rêve, obsédante dans les hallucinations. Jamais montrée. Jamais décrite. À peine évoquée, et légendée. À l’emporte-pièce. Avec les mots qui passent, qui s’imposent, qui résonnent, qui se répondent, comme les vagues circulaires sur la peau tendue du lac écrivent la légende du pavé jeté dans la mare.

Jeté quand ? Comment ? Pourquoi ? Va savoir… « Tu as chaque fois moins de souvenirs et les douleurs s’amenuisent au grand soleil libre qui (après le pavé, voici venir les vagues, dit le commentateur) gèle ses menteurs, foudroie ses arpenteurs, stupéfie ses maîtres chanteur… ». Tu vois ? L’émotion pure était là. Aussi transcendante que la raison kantienne. Il n’en reste que l’écho. L’écriture est toujours après coup. L’instant n’existe pas. Il submerge. Il ébranle. Il te jette dans l’océan des mots où tu t’accroches à ceux qui remontent à la surface. En vrac. Libres. Pas englués dans les « régimes de vérité » (merci Michel) où rien ne dérange les évidences pas davantage que les certitudes. Libérés de leur gangue par le choc du pavé. L’image du désir. L’énergie. Primordiale. La vie. Comptée, chez les mortels. Inquiète. Mais, « ne t’en fais pas, n’aie plus peur de rien, plus de craintes ni de regrets, l’immortalité c’est tout de suite, à cet instant précis, (voici encore venir les vagues, ajoute à nouveau le commentateur) sarabandes dérisoire, défis lilas face à la peur, rafales de fusil automatique dans la cible de l’éternité, maladresse enchantée… »Je vois alors la danse de tes doigts sur le clavier, ou peut-être, comme autrefois, leur pas de deux avec un stylo à plume d’or, insatiable et nécessaire. Je lis un « récit » qui échappe sans partage ni concession à ces mises en écriture où la précision biographique sert tout autant à héroïser les uns qu’à assujettir les autres dans une distribution normée d’exploits de demi-dieux et de symptômes de moitié fous. « À chacun de calculer sa vie, sans la salir. »

Pas l’amour, s’il ne s’agit que d’un mot soigneusement rangé, comme les restes d’un repas[2] (voici venir les derniers mots du texte) « en bon ordre dans le vieux Frigidaire blanc (…) qui date de ma naissance. » Est-ce vraiment utile de les remettre au frais à la dernière page quand à la première tu as annoncé « C’est ma dernière traversée, Capitaine… » ? Oui. D’autres feront la leur. Traversée ou révolte. En mer. En chambre. Toujours devancés par l’énigme du désir et le tourbillon des mots.

Enivrant. Tu vois ? Mon texte est bien une recension. Mais d’un « récit » si contagieux…

[] Un extrait lu par l'auteur (vidéo)

Dominique Ottavi, Pas l'amour : récit,
Paris : L'Harmattan, 2012 (Coll. Ecritures).
68 pages / 10,50 €

[1] Marie-Jean Vinciguerra, Bastion sous le vent : récit onirique,
Colonna Edition, 2011.
[2] Reste d’un repas : analecta, en grec (si tu vois ce que je veux dire).