COUV MODERNISATION CORSE

Marco Cini, qui enseigne l’histoire économique à l’Université de Pise, vient de verser à la « Bibliothèque d’histoire de la Corse » un volume consacré aux mutations majeures que connaît l’île au XIXe siècle.

Se porte ainsi sur notre histoire – comme par exception – un regard distinct du francocentrisme qui d’ordinaire la façonne. Ce regard embrasse un monde méditerranéen d’où la France n’a eu de cesse de vouloir extraire la Corse, à ses seuls profits. Ce regard est porté depuis le littoral toscan et dresse le portrait d’un archipel dont une des îles majeures s’éloigne sous l’effet d’une conjonction de facteurs économiques et politiques. Dans son ouvrage, Marco Cini s’attache essentiellement aux paramètres économiques en leur consacrant 60% des pages, réservant les 40% restant aux aspects politiques et culturels. L’ensemble donne un ouvrage apportant un éclairage précieux sur la manière dont la Corse a traversé ce XIXe siècle fortement marqué par l’avancée des sciences et de leurs applications, notamment dans la conduite des travaux agricoles et le développement de l’industrie. Pour la Corse, on peut sans risque parler de mutation, dont les traces les plus visibles aujourd’hui sont le réseau des routes insulaires ouvertes sous le Second Empire, tout autant que celui des routes maritimes où dominent depuis lors celles qui relient la Corse à Marseille, Toulon et Nice, loin devant les liaisons vers le littoral ligure ou toscan.

L’ouvrage – qui sans conteste fera référence – n’intéressera pas que les économistes et les historiens. Toute histoire, même économique, est avant tout une histoire humaine. À cet égard, Marco Cini offre un tableau très documenté des flux migratoires entre la Corse et la Toscane, liant les faiblesses démographiques de l’île et les surplus de main d’œuvre, durables ou saisonniers, propres aux montagnes dominant le littoral toscan. Dans sa seconde partie, il consacre un chapitre aux proscrits et réfugiés passés de la Péninsule à la Corse au cours des soubresauts politiques du Risorgimento. Bastia est alors observé depuis les états italiens. Ces derniers suivent avec intérêt les mutations en cours dans une bourgeoisie d’abord dressée contre les Bourbon puis les Orléans, mais qui par la suite accueillera favorablement la IIIe République et le Second Empire, prenant alors durablement ses distances à l’égard de la Péninsule et de la difficile constitution de son unité politique. Un long développement est consacré aux lois douanières, qui annihilent tous les résultats obtenus dans les domaines agricoles et industriels, en maintenant la Corse dans un commerce inégal jusqu’en 1912.

Au premier regard, l’ouvrage a toutes les apparences d’un livre universitaire austère, avec ses 539 notes de bas de pages. Au demeurant, cette impression s’efface dès que l’on entre dans le texte, admirablement servis sous une traduction aussi fluide qu’élégante. C’est dommage, à cet égard, que certains de nos universitaire se privent – dès lors qu’ils écrivent directement en français – du lissage qu’apporterait à leurs texte leur traduction s’ils pouvaient la confier à un expert partageant les qualités du traducteur de :

Marco Cini,
Modernisation de la Corse au XIXe siècle :
économie, politique, identité,
Ajaccio : Albiana, 2016.
Coll. Bibliothèque d’histoire de la Corse.
Trad. de l’italien par Petr’Antò Scolca.
Broché, 226 pages, 16,00 €
ISBN 978-2-8241-0791-2

Petr’Antò Scolca
est par ailleurs le traducteur de
Francesco Domenico Guerrazzi :
– La Tour de Nonza,
– Pasquale Paoli ou la déroute de Ponte Novu.