COUV ADAR FULL BIG

Xavier Casanova. – Avec la parution de Adar, en octobre 2016, les éditions Dystopia ont publié le quatrième volume de la série déployée dans l’univers de Yirminadingrad, l’improbable cité imaginée par deux comparses en invention et en écriture, Léo Henry et Jacques Mucchielli. Si l’écriture a commencé à quatre mains, deux ont tragiquement disparu lors de cette aventure au long cours, avec le décès de Jacques Mucchielli, un certain 26 novembre 2011. Les deux premiers opus de la série étaient déjà sortis : Yama Loka Terminus et Bara Yogoï. Le troisième, Tadjélé, était déjà entre les mains de son éditeur, qui l’a publié en 2012. Au-delà des textes posthumes, Léo Henry a entretenu la flamme, aidé de brouillons, de notes et de souvenirs, pour conduire jusqu’à son terme le projet initial, aidé d’une solide équipe. Il n’est de plus bel hommage que tenir ses promesses au delà de la disparition d’un ami. Léo Henry ne s’y est pas dérobé, pas plus que son éditeur. À la veille des fêtes de fin d’année Dystopia a en effet publié, en plus des éditions courantes, un coffret (épuisé) réunissant les quatre volumes en édition “collector” reliée (disponibles). Adar est ainsi une œuvre où 12 auteurs et un illustrateur se réunissent pour poursuivre jusqu’au bout l’exploration de Yirminadingrad, cette cité imaginaire qu’un destin bien trop réel a transmuée pour eux en véritable cité fantôme autant que pour nous en vénérable ville sacrée. []

Alexandre Ducommun. – Jacques Mucchielli est mort prématurément, trop tôt sans doute pour pouvoir réaliser les promesses que la vigueur de son imagination laissait augurer. Ses textes étonnaient par leur puissance d’évocation. Or c’est cette puissance même qui fait le départ entre deux livres de science-fiction, le but étant d’évoquer un monde inouï et cohérent qui nous tombe, pour ainsi dire, sur la caboche. Un univers cohérent qui soit un lieu pour mettre en œuvre une intention politique qui pour Jacques Mucchielli est la lutte contre les forces captieuse de la fachosphère. Car c’est ici que l’auteur peut impunément projeter ses convictions. Les deux complices avaient donc comme projet de produire quatre recueils de ce qui prenait l’allure et le souffle d’une saga, et c’est pourquoi Dystopia a pris le risque de produire la quatrième partie de l’évocation de Yirminadingrad, ville de tous les possibles, ville de l’inquiétude au même titre que la ville d’Arkham pour Lovecraft, immergée au sein d’une eau saumâtre. Et miracle : la qualité d’écriture est au rendez vous et le livre, à ce niveau remarquablement homogène. Ceci sans prétention excessive. Cependant on ne saurait parler de ce livre sans mettre en avant sa qualité graphique et le travail d’édition qui a produit ce bel objet qu’on aime à feuilleter ; à prendre entre les mains doucement pour ne pas le salir ; et à ouvrir au hasard des pages. []

Yirminadingrad en 4 volumes

  1. Léo Henry, Jacques Mucchielli,
    Yama Loka Terminus, Evry : Dystopia, 2016 (nouvelle édition)
  2. Léo Henry, Jacques Mucchielli, Stéphane Perger,
    Bara Yogoï, Evry : Dystopia, 2016 (nouvelle édition)
  3. Léo Henry, Jacques Mucchielli, Stéphane Perger, Laurent Klœtzer,
    Tadélé : récits d’exil, Evry : Dystopia, 2012
  4. Collectif,
    Adar, Evry : Dystopia, 2016
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