sécurité civile

Vertu du plan rapproché : il donne de très belles photos de scène en l’absence de tout public. Pourquoi donc tenir salon dans une cour géante et surchauffée quand un studio d’enregistrement climatisé permettrait de débattre au frais et entre soi ? Pourquoi se répandre dans l’espace public et occuper la surface d’une foire aux bestiaux alors qu’on ne fait que réunir une poignée d’auteurs, chacun attirant, pour former un public, une ou deux bonnes âmes passant de temps à autre rompre l’ennui de derrière les piles de livre, surveiller les déshydratations, ou apporter d’urgence un chapeau de paille pour compenser la défaillance des parasols, si rares et si étroits ?

Alors je surveillerai la presse du lendemain et je comprendrai que je jouais sans le savoir au figurant d’une mascarade qui ne produit ses effets que le jour d’après, quand tombent dans les colonnes l’image d’une table ronde et un texte saluant l’immense succès d’une manifestation qu’il suffit de commenter d’un couplet disant le consensus portant aux nues le livre et la littérature, sa place dans les politiques culturelles, le rôle irremplaçable, généreux et impliqué du monde associatif, la valorisation incidente du patrimoine pédagogique bâti et son ouverture aux publics avides de beaux textes… en oubliant que la célébration avait hier pour cadre une cour de récréation, c’est-à-dire un espace nu, calibré pour la surveillance, sans ombre et sans recoins où abriter les transactions secrètes, et où des élèves se valorisent en exposant à heure fixe le catalogue qui les habille, tout en scrutant et commentant la panoplie de leurs codétenus.

J’avoue avoir hésité à franchir la grille lorsque j’ai découvert le cadre offert à ce salon du livre. Mais j’y suis entré, par compassion pour ceux qui y étaient déjà. Le premier vers lequel je me suis précipité m’a glissé à l’oreille, pendant que nous nous donnions l’accolade : « On s’est fait piéger. »

Alors, comme le fait la presse du lendemain lorsque la crudité des faits rapportés interdit d'en donner une image directe, où que la vespa du photographe n'a pas démarré ce jour-là, je me contenterai de faire le copier-coller d'une photo montrant une machine à écoper-répandre pour notre sécurité à tous. Imaginons, au delà de cette image, un autodafé illustré le lendemain par le plan rapproché d’un camion de pompier…