GALIBERT

Il va de soi que dans une société de consommation pure et parfaite les bons livres sont ceux qui satisfont tous les membre d’une catégorie bien délimitée et numériquement consistante de consommateurs solvables. On y rêve alors de livres épousant totalement les opinions déjà formées et leurs cohortes de jugements déjà énoncés. Pourquoi ne pas écrire alors un livre de dénonciation où seraient cloués au pilori tous les auteurs qui se satisfont eux-mêmes ? On l’appellerait « Anthologie du solipsisme » en s’indignant d’avoir réuni autant de textes flottant au dessus de toutes les communautés humaines sans réussir, dans les temps présents, à en accrocher aucune. Les plus beaux extraits se trouvent dans la littérature palliative que s’administrent à eux-mêmes les survivants pour se garantir une mort certes égoïste mais néanmoins digne.

Y échapperait un ouvrage donnant, outre des extraits, des conseils sur le livre le mieux assorti aux accessoires permettant de sublimer le style vestimentaire approprié à telle ou telle circonstance de la vie. C’est ce que j’appele le « livre ensemble ». À cet égard, j’ai de longue date adopté le casual chic même pour descendre la poubelle (c’est dire à quel point j’y suis addict). Bien accessorisé, ce style charme six femmes sur dix. Je garantis que l’on passe sans souci à sept avec mon « Analecta Corsicæ » à la main. Une expérience à faire d’urgence !

Par contre, je m’interroge encore sur le style vestimentaire à adopter pour sublimer – le 14 juillet, jour de sa sortie – le « Traité de savoir mourir à l’usage des survivants » de Charlie Galibert. Je retiens, provisoirement, le bermuda Chino Battle surmonté d’un tee shirt à capuche Berry Denim avec casquette Fitted Tactical Urban Digital Camo et baskets sneaker assorties, solaires ronde Lennon en sus. Raisons budgétaires, essentiellement, pour laisser un peu de place aux 20,00 € prix public hors taxes de l’opus format généreux A4 design polycop vintage à laisser dépasser de sa musette toile troupes coloniales 1,00 € au vide-grenier de Travo. Le top c’est de trouver sur la route une auto stoppeuse collège street style accent tchèque, ou mieux campus fashion tendance oldy certifiée COLT, communication opérationnelle en langue territoriale, pour la conversation.

Lui parler du livre, bien sûr. Mais simplement en rapportant ce qui s’en dit. Se montrer bien informé, et c’est dans la poche. Pas de souci. Il y a déjà de l’actu sur Facebuzz…