PARADOXES III BLOG

— Si tu lis par dévotion, c’est bien. Par réflexion, c’est pas pareil : on sait jamais à quoi tu réfléchis. Mon pauvre ! Dans ta vie militante, à coup sûr, tu t’en es pris plein les dents. Quand l’apparatchik te cite le Livre, tu crois que c’est pour que tu le lises ? Tu crois qu’il l’a lu ? Non. Il l’a mis sur le buffet avec plein de bougies autour. S’il te le donne, c’est pour que tu fasses pareil.
— J’ai fait pareil. Mais j’avais laissé un ticket de métro là où j’en étais. Il dépassait. Ça lui a pas plu.
— Et alors ?
— Il a dit que je cherchais des poux, que si c’était ça, je perdais mon temps, et que si j’étais un bon, et un vrai, j’aurais déjà tout ça en moi.
— Toujours le même cinéma. On te bassine pour que tu viennes au catéchisme, et là on te raconte qu’il faut détester ceux qui ont besoin de l’apprendre, puisque ça montre que, chez eux, c’est pas naturel.

Strattu di : 
Cacciamosca, Paradoxes III
La Gare, 2018 (Coll. « The French Collection »).