COUV BIANCHI GLASNOST

C’est la première fois que je reçois un « service de presse », remis de la main à la main, par le patron de la Maison de la presse de Ghisonaccia, avec une mission très simple : « Tu me diras ce que tu en penses ».

Le libraire vient de recevoir par courrier Glasnost corse, de Didier Bianchi. Ce mode de trasmission directe, passant au dessus du diffuseur et de sa logistique, place d'office l'ouvrage dans la catégorie des livres suspects, rejoignant ainsi le flux des livres auto édités ou publiés hors-circuit, faute de transiter par un canal habituel. Or, nous sommes très loin d’une autoédition. L’ouvrage est sorti sous la marque des éditions Emotion primitive, un éditeur installé à Aix-en-Provence, doté d’un catalogue spécialisé de plus de 170 titres autour de la chasse, des armes, des métiers d’autrefois et de l’histoire militaire, notamment. Cet éditeur est très fortement lié aux éditions Crépin-Leblond, qui éditent des revues telles que CiblesPlaisir de la chasse ou Excalibur, pour ne citer que les plus connues. 

Didier Bianchi a signé de nombreux articles dans ces magazines et leurs hors série. Il figure, en outre, sur ces catalogues spécialisés en tant qu’auteur depuis une quinzaine d’année, à travers une dizaine d’ouvrages reflétant sa passion des armes, à travers ce que l'on appelle des « beaux livres », dont deux dédiés au couteau corse. 

Avec Glasnost corse, l’auteur semble ainsi sortir de ses tiroirs une œuvre de plus longue haleine, un roman d’espionnage de plus de 300 pages, dans lequel, à la faveur de sa retraite, il recycle depuis plusieurs années sa carrière d’officier de police toute entière effectuée dans la DST. 

Le premier chapitre de l’ouvrage met en scène un tel policier corse affecté à Marseille, sur le point de s’en retourner au village y vivre, comme tant d’autres, la seconde vie qu’offrent, à cinquante ans, les retraites anticipées des policiers et des militaires. Hélas ! Il est abattu avec son épouse au bord de la piscine de sa maison de Bandol. Commence alors un roman qui est tout l’inverse d’un roman d’initiation puisque s’emparent de l’affaire deux proches, tous deux corses, tous deux aguerris et tous deux retraités de ce que l’on appelle, très officiellement depuis une décennie « la communauté du renseignement ».

Y a-t-il, en Corse, un public pour un tel ouvrage ? Oui, mais on le trouvera plutôt dans les clubs de tir que dans les salons littéraires. Là, les ouvrages précédents de Didier Bianchi serviront de bonne incitation à la lecture de ce Glasnost corse, qui fait entrer le roman d’espionnage dans la littérature insulaire d’expression française. Mais on peut aussi faire le pari que la Corse compte suffisamment d’anciens flics dans ses générations du papy boom pour faire bon accueil à un récit qui rappellera aux plus âgés l’omniprésence du KGB, et aux autres la complexité de la nébuleuse résultant de sa fragmentation après l’effondrement de l’URSS.

En matière de librairie, il s’agit d’aller chercher le lecteur dès lors que se présente un ouvrage qui ne s’inscrit pas dans le courant dominant des littératures dont on parle et dont il est bon de parler dans les salons littéraires. Ce que j’ai immédiatement testé auprès d’un détenteur d’une licence de tir valide. « Bianchi, ça me dit quelque chose. Il a pas fait un truc sur les couteaux ? » Il faudrait que je complète le test auprès, par exemple, d’un retraité des RG… Mais il faudrait aussi que je puisse répondre d’avance à la question la plus fréquente : « Il est d’où ? ». Pour l’instant, disons-le nordiste. Pour plus de détails sur le pitch de ce roman d'espionnage, cliquez donc sur ce lien.

[] Xavier Casanova

À tout hasard, j’ai concocté un barillet à six coups chargé avec six des dix couvertures des ouvrages antérieurs de Didier Bianchi :

COUV BIANCHI FRISE