COUV NIETZSCHE DICO PLEIAGE

Ceux qui auront survécu à l’entrée en Pléiade de Jean d’Ormesson verront d’un bon œil la parution en cette collection du deuxième volume des œuvres complètes de Nietzsche. « Enfin ! » diront certains tant l’attente fut longue [1]. Le voilà, dans une bonne édition, dotée d’une traduction remarquable. Il nous propose trois grands livres du moustachu : Humain, trop humain (1878), Aurore (1881), et Le Gai Savoir (1882).

Humain, trop humain appartient à la période dite « positiviste » du philosophe,  qui voyait là une cure contre le romantisme. L’auteur affute ses propres armes pour tarauder, avec une perception qui doit beaucoup aux psychologues français comme La Rochefoucaud,  le socle de nos croyances : la morale judéo-chrétienne en premier lieu, et s’affranchir de l’influence de Schopenhauer.

Aurore est à ce titre un livre de transition vers les notions originales ainsi que son propre découpage du réel. On y voit l’apparition d’une « doctrine du sentiment de puissance » qui serait le moteur du vivant.

On voit de plus dans ces deux ouvrages l’invention des esprits libre, le vrai public de Nietzsche, qui n’existent pas mais peut être un jour. À ce titre, Nietzsche avait pu dire : « on ne comprendra mes œuvres qu’en l’an 2000 »

Le Gai Savoir est par contre une œuvre de maturité qui, dans un style superbe, déroule les acquisitions de la philosophie de Nietzsche. Le morceau de bravoure en est sûrement la préface qui pose la question du rapport entre la connaissance et la maladie. C’est la maladie qui se fait entendre chez les hommes de savoir. C’est leur maladie qui parle dans leurs théories. Tout ceci ouvre à la notion d’inconscient, qui fera la fortune de certains.

On profitera de tout ceci pour saluer rétrospectivement la parution d’un Dictionnaire Nietzsche (2017) qui propose au fil des entrées une interprétation cohérente de l’œuvre du philosophe, ce bon Friedrich. Travail indispensable et somme pour le petit nietzschéen.

Il n’y a qu’à lire l’article sur la « volonté de puissance ». Il dégage cette notion de tous les contresens, dont le plus commun est de croire qu’il s’agit d’une volonté qui voudrait la puissance. La volonté de puissance est un jeu différentiel de forces qui synthétise des rapports de puissance.

[] Alexandre Ducommun, juillet 2019.


[1] Près de 20 ans ! Le premier volume des œuvres de Nietzsche est en effet sorti de presse en octobre 2000.