05/05/08
Lignes Blanches : alcool, drogue et accidents
Les Ateliers du Teatrinu, sous la conduite de Corinne Mattei, ne manquent pas d'audace.
Cette école de théâtre, qui ressemble de plus en plus à une troupe, s'est lancée dans une aventure totale à travers Lignes Blanches, une comédie dramatique dont la première sera donnée le 30 juin au théâtre de Furiani.
Mise en branle
L'idée est née il y a un peu plus de dix ans dans la tête de Joseph Frappaolo, un des pensionnaires autopensionnés (ce que deviennent irrésistiblement les élèves de l'Atelier). L'dée va faire un drôle de chemin. De son côté, ce quinagénére fonde Mane Tese, une association qui a pour vocation de créer un théâtre d'interventioin sociale offrant à des jeunes en difficulté la possibilité de se restructurer à travers l'expression théâtrale. Et comme les chemins directs n'existent que pour ceux qui détiennent de naissance les clefs de la réussite, il crée au passage un magazine culturel, réunissant autour de lui un vieux routier de la photo de presse, Louis Vignaroli, un consultant en ingénierie éditoriale piétinant en gare de Ghisonaccia, Xavier Casanova, et une journaliste dispersant, de pige en pige, ses talents et diluant sa connaissance approfondie de la Corse, Francesca Quilichini. Ce magazine n'est autre que Ci Simu, avec son édition papier et ses blogs satellites. L'association et le magazine dotent ainsi les Ateliers du Teatrinu d'une puissance de frappe médiatique dont bien des troupes pourraient rêver.
Mise en texte
Le matériau de base est apporté par Comme au Cinéma, une pièce écrite par Corinne Mattei pour les Ateliers du Teatrinu, et présentée au public il y a deux ans. Dominique Orsatelli s'est attaché à la transposer, en donnant une seconde vie à quelques personnages déjà cernés, en créant quelques nouveaux rôles, en déplaçant le cadre et en introduisant une thématique nouvelle : l'ivresse. L'alcool et ses facilités. La drogue et ses tentations. La vitesse et ses dérapages tragiques. Trois fléaux qui guettent la jeunesse, notamment dans la période fragile des premiers pas dans l'âge adulte, ou se joue parfois de manière dramatique la conquête de soi, des autres et du monde, à travers la recherche effreinées de toutes sortes de sensations fortes. Les ivresses immédiates de la bouteille et de la seringue. Les ivresses complexes et aléatoires de l'amour. Les ivresses mécaniques de la vitesse. Trois ivresses qui, parfois, forment un cocktail léthal, surtout quand s'y ajoute la réaction un peu trop vive à une de ces nombreuses déceptions où s'effritent et s'effondrent les rêves d'enfant.
Mise en scène
La mise en scène est dirigée par Corinne Mattei, qui y injecte sa culture théâtrale. Elle a néammoins demandé à Christophe Frassati de l'assiter, notammant dans la direction d'acteur, jugeant qu'il était essentiel d'apporter à la troupe le double regard d'une spécialiste du théâtre de texte et d'un spécialiste du théâtre d'improvisation, comme d'ajouter à sa sensibilité féminine une perspective masculine, et, au final, de réussir à mélanger sans hiatus le tragique et le comique, les larmes et les rires. Et ce n'est pas un vain mot lorsqu'on sait quel drame intervient au cours de la pièce, et qu'il faudra bien surmonter — à tous points de vue — pour arriver jusqu'au tableau final…
Pour en savoir plus• Lignes Blanches / Le Blog
Et rendez-vous au Théâtre de Furiani le 30 juin ou le 1er juillet 2008 à 21h00. Mais nous en reparlerons certainement d'ici là…
• Jean Félix Cacciamosca
01/02/08
Tu as revu Rachel et Betty ?
PRIMOT. — Tu as revu Rachel et Betty ?
SECONDEAU. — Pas vraiment…
PRIMOT. — Pas vraiment ! Tu les as vu comment alors ?
SECONDEAU. — Toutes les deux en même temps.
PRIMOT. — Et alors ? T'es content !
SECONDEAU. — Tu crois ? Quand elles sont ensemble, c'est impossible d'en glisser une…
PRIMOT. — Tu voulais en glisser une ? Laquelle ?
SECONDEAU. — Waf ! Waf ! Waf ! Très très drôle ! Je me pète de rire…
PRIMOT. — Tu sais quoi ?
SECONDEAU. — Que tu vas m'en sortir une autre.
PRIMOT. — Non ! Sérieux ! On va faire un numéro comique : j'improvise et tu fais les rires enregistrés…
SECONDEAU. — Waf ! Waf ! Waf ! Très très drôle ! Je me pète de rire…
PRIMOT. — Tu sais que tu y es presque ?
• Jeannot Pseudeau
16/12/07
Prions pour elles !
Corinne Mattei et Coco Orsoni
Rachel & Betty ont été sélectionnées parmi les dix premiers à auditionner lundi 17 décembre sur la scène du théâtre des Bouffes Parisiens à Paris. Ce jour là sur les dix candidats, trois seront sélectionnés pour jouer le soir même sur cette même scène.
Prier pour elles ? Prions plutôt pour ceux qui vont mourir de rire !
Un duo décapant de Corinne Mattei et Coco Orsoni,
sur un texte écrit par Coco Orsoni.
Cris hystériques et chuchottements hispaniques
BASTIA. — Les 14 et 15 décembre, les Ateliers du Teatrinu donnaient, au Théâtre de Poche Sant'Angelo « La Maison de Bernarda Alba », une pièce de Garcià Lorca, mise en scène par Corinne Mattei (Ci Simu n° 4, p. 51).
La Maison de Bernarda Alba
Les pensionnaires sans pension — mais non sans passion — de ce qui prend de plus en plus des allures de troupe amateur, nous ont plongé dans l'athmospère pesante de « La Maison de Bernarda Alba ». Un huis-clos féminin à l'espagnole, où la mère de famiille vit comme une espèce de délice absolu sa promotion au statut de veuve. Une sorte de revirginisation par la mort de l'homme. Il y avait déjà les mantilles pour fermer les regards, les persiennes pour clore les fenêtres, il y a maintenant le deuil pour colmater de manière absolue toutes les femmes de la maisonnée. Le mariage de l'ainée des filles, annoncé et préparé, n'est qu'une boutonnière à orner de dentelles. Une concession, sans aucun jeu de mot.
Dans la caverne de Platon, l'extérieur n'est qu'ombres projetées. Dans la maison de Bernarda, ce ne sont que des bruits. Les cloches, qui signalent les offices, les chiens, qui signalent les approches, et les coups de feu, qui signalent les drames. L'homme, le mâle, le mal, rôde… Et chaque irruption extérieure — une femme et son ragot — est, dès son départ, sanctionnée par un coup de serpillère sur la trace de ses pas.
Une pièce dure. Les femmes de l'Atelier du Teatrinu, sous la conduite de Corinne Mattei, ont réussi avec brio à en restituer l'athmosphère pesante, opressante. À la mort symbolique du père, mise en scène par une psychanalyse ancrée dans la culture nordique, elles ont ajouté la mort symbolique de la mère, figure clef de nos cultures méditerranéennes. Une représentation qui sentait bon l'audace, le travail et la sensibilité. Bravo. Et dites-nous vite à quoi vous vous attaquez maintenant !
• Xavier Casanova
