PRAXIS NEGRA

Praxis : l’action, conduite hors toute théorie préalable, et sans autre finalité que le perfectionnement de ceux-là même qui la conduisent. Negra : voyez par vous-même…

Le premier janvier 2013, une nouvelle revue littéraire — Praxis Negra — naissait avec la mise en ligne d’un texte de Jean-Yves Acquaviva dévoilant déjà les bonnes feuilles d’un roman en cours d’écriture. Une semaine après, suivait un texte de Jean-François Rosecchi, annoncé comme la première livraison d’une série de trois publications.

Pour ma part, je suis avant tout sensible au canevas dressé : il offre à la fois un guide d’écriture et un guide de lecture. Des guides d’action simples, clairs et efficaces. Sur un manifeste bref et précis : réunir des textes sans autre liens que « d’être tous issus d’un imaginaire commun », et rassembler avant tout des auteurs ayant « tété les mêmes mamelles et goûté le même lait, parfois amer mais rarement fade ». C’est parfaitement ciblé, sans enfermer, et pour cause, dans la moindre limite théorique.

Je perçois cette nouvelle revue comme la cristallisation d’une matière déjà brassée de manière jubilatoire dans les laboratoires précédents, notamment « A Gazetta di Mirvella », « Tarrori è fantasia » ou « The old Pievan Chronicle ». Cristallisation d’ « ébauches littéraires, (…) éruptions, (…) bafouilles, (…) ersatz de textes », le plus souvent couplées à des forums de discussion aussi actifs que débridés. Ces multiples initiatives, toutes marquées du sceau constant de Marcu Biancarelli, semblent ainsi avoir réussi, au fil du temps et des expérimentations, à passer du bouillonnement impétueux à un flux tout aussi savoureux et truculent, mais désormais davantage canalisé et maîtrisé. Effet pratique de la pratique sur la pratique.

Inutile de dire que ça ne peut qu’accroître l’envie de lire et de l’élargir à des horizons dépassant très largement le réseau des complicités initiales. Voire, susciter ici ou là le désir de verser ses propres perles noires à cette praxis en marche. Et, peut-être même, inviter de fait quelques praticiens de la théorie à se pencher, pour une fois, sur la théorie de la pratique.

[] Xavier Casanova