Isularama

02/08/16

Musée de nulle part / Museu senza locu

MUSEE DE NULLE PART

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Lama 2016 : le prix du livre corse fait son cinéma

Cette année, le festival du film de Lama s’est ouvert sur « un double hommage, au cinéma et à la littérature, tant il est vrai que bien souvent les bons livres ont donné de bons films. » C’est, en effet, dans ce cadre que le jury du livre corse, présidé par Jocelyne Casta, a remis les prix 2016. Isularama a réussi à glisser un Nikon au milieu des caméras officielles et des multiples imageurs personnels, pour un reportage à sa façon de cet événement admirablement orchestré.

LAMA 2016 01

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18/07/16

À Fior di Carta / 10e anniversaire : Marina d’Albu

Le 17 juillet 2016, Toussaint Morganti accueillait sur la terrasse de son restaurant capcorsin un des événements nomades marquant le dixième anniversaire des éditions À Fior di Carta. Sous la direction de Jean-Pierre Santini, une petite caravane d’auteurs a donné lecture de morceaux choisis, avant d’inviter l’assistance à prendre la plume pour un petit atelier d’écriture public.


160717 DOMINIQUE PIFERINIDominique Piferini. – Lecture d’un extrait de Ribella (Marie-Paule Dolovici, 2016) et de La Vie en négatif (Dominique Piferini, 2016).

160717 Jacky CasanovaJacky Casanova. – Lecture de « Conscience » (Jacky Casanova in Tarra d’Accolta, 2015).

160717 HENRY DAYSSOLHenry Dayssol. – Lecture de « Ouhibbouka » (Henry Dayssol in Tarra d’Accolta, 2015).

160717 Xavier CasanovaXavier Casanova. – Lecture de trois extraits de L’Ultimu (Jean-Pierre Santini, 2012).

160717 Jacques DenisJacques Denis. – Lecture commentée d’extraits de Brève histoire des consultes de Corse (Jacques Denis, 2016) et de « Mobiliser contre la fachosphère » (Xavier Casanova in Tarra d’Accolta, 2015).

160717 JP SANTINIJean-Pierre Santini. – Lecture d’extraits de Retour à Tippale (Guidu Benigni, 2016) et de la préface de Analecta Corsicæ (Xavier Casanova, 2016, préface de Petr’Antò Scolca).

160717 ATELIER D’ECRITUREUn jeune anonyme. – Après les extraits du corpus operatum, le modus operandi. Le benjamin de l’assistance, écrivant sur ses genoux, verse sa contribution à l’œuvre collective à naître des ateliers d’écriture publics qui suivent immédiatement la présentation des éditions À Fior di Carta et la lecture, par les auteurs eux-mêmes, de quelques belles pages de son catalogue.

Images. – 7 ph. MC © by À Fior di Carta, 2016.

08/07/16

Séminaire : U Trinighellu en gare pour exégèse

COUV TRINICHELLU

L’histoire à venir – et à écrire à plusieurs mains dans le projet éditorial conduit par Olivier Collard – s’est ouverte avec la création d’un personnage dénommé « le glébeux ». Cette nomination est l’acte initial de sa naissance au texte, comme de la naissance des textes. C’est uniquement à cet acte qu’est consacré le présent séminaire où La Gare accueille U Trinichellu, pour exégèse. Ce qui est la moindre des choses à la sortie des deux premières rames.

Naissance au texte

En son temps viendra dans le texte, dès la page 16, une allusion à La Bible de Chouraqui, ce qui autorise les rapprochements massorétiques avec une autre naissance au texte : celle d’Adam, au deuxième chapitre de la Genèse. Notons alors précisément que dans Gn 2:7 « Elohim forma ha-adam, poussière de ha-adama ». En hébreu, adm désigne l’humanité, ha-adam l’homme et ha-adama, la glaise. Ainsi Adam est-il, littéralement, « le glaiseux ». Il n’est pas nécessaire d’être érudit pour le savoir puisque qu’il suffit d’être curieux, en des temps où en tous lieux, quiconque peut s’extraire d’un propos pédant pour s’en aller lire par lui-même, sur son portable, sa tablette ou son ordi, ce que de ceci Wiki en dit (art. Adam).

Substitution : le recours à l'hébreu

Ce « glaiseux » biblique devient, dans Trinichellu (1) le « glébeux », soit une substitution de « b » à « s ». Si on veut bien admettre la mise en relation de ces deux termes, alors on admettra que l’on s’autorise à passer par l’hébreu pour interpréter le passage de l’un à l’autre, comme on passe parfois d’une métrique à l’autre à la jonction de deux réseaux ferrés distincts.

Ainsi :
– Au « s » de « gléseux » correspond, en hébreu, la lettre zaïn | ז | prononcée /z/, signifiant « arme », de valeur numérique 7.
– Au « b » de « glébeux » correspond, en hébreu, la lettre beth | ב | prononcée /b/, signifiant « maison », de valeur numérique 2.

Le passage de gléseux à glébeux peut ainsi se lire comme dépôt des armes | ז | et retour à la maison | ב |. De même que passer de 7 à 2 peut s’interpréter comme sortir du jeu des 7 familles, de ses rivalités et de ses alliances, pour entrer dans un jeu à deux. N’est-ce point quitter la place publique où on tente vainement à 7 de refaire le monde (par ailleurs, créé en 7 jours) ? Et se retirer à 2 dans la bulle intime où se mêleront les désirs d’où naîtra du neuf ? Et il en est né.

Surinterprétation ? Pas tant que ça. Le Glébeux a une histoire. Il est le fruit fortuit de la rencontre d’une femme ayant quitté sa maison pour fuir le fascisme mussolinien, et d’un homme ayant quitté la sienne pour fuir le fascisme franquiste. Tous deux se rapprochent par le même combat qu’ils poursuivent tous deux hors sol, sans trop prêter d’attention au désir qui entre eux s’éveille, comme un élan vital, animal et impensé, d’où naîtra un désir autre que le leur, celui du fils qu’ils firent ainsi ensemble. Un désir hors sol cherchant sa maison. Un désir désarmé, ce qui ne veut pas dire sans puissance mais simplement libre et non pas dirigé d’avance par l’arsenal déposé à ses pieds à la naissance pour que se forme au plus vite le désir d’en user.

Extension : le recours au latin

Glèbe, du lat. class. gleba, æ, subst. f., motte de terre : glebis aliquem agere, chasser quelqu’un à coup de mottes de terre. – Par ext. : sol, terrain ; taxe sur une terre, sur un domaine ; domaine lui-même, ensemble des terres soumises à la même taxe. – Par ext. : population soumise à cette taxe, serfs attachés à un domaine. –

Que révèle cette archéologie du sens ? On voit bien comment glebo, onis, subst. m., cultivateur, désigne à l’origine celui qui est attaché à la glèbe, à la terre, matière nourricière qu’il travaille, puis celui qui doit, pour travailler, acquitter la taxe attachée à cette terre, puis celui qui est lui-même inclus dans la propriété du seigneur possédant tout, la terre et ses fruits, les hommes et leur labeur. Que révèlent donc ces glissement de sens si ce n’est la victoire progressive de désirs dévoyés s’accaparant tout, par la ruse ou la violence, dans une compétition effrénée visant la domination de la Terre entière, humanité comprise ? En celà, est-ce l’exégète qui spécule ? Main mise sur le sens ou éclairage des mots ?

Gleba donne l’adverbe glebatim, agir en cultivateur, guidé par le bon sens paysan. Cet adverbe peut être rapproché de verbatim, mot pour mot, et donc donner motte pour motte (dent pour dent), voire motte à motte (mot à mot). Ainsi le glébeux est-il celui qui pensera et agira glebatim, ce qui s’entend par terre à terre, dans une économie simple et directe de défense et consolidation du seul territoire qui lui appartient : lui-même. Le ressort ainsi bandé est similaire à celui qu’en d’autres temps bandèrent les pionniers de la littérature picaresque.

Conclusion : le retour au francorse

Ce séminaire n’aura rien brassé d’autre qu’un mot. Fécond. L’instant initial libérant la faconde. Elle se jouera en parsemant le texte d’expressions restituant les métissages en cours fusant et fusionnant dans le parler populaire. Bonne lecture !

NOTULINA
(1) Celui qui avance en tremblant, mais sans jamais sortir des rails. On voit alors qu'est ainsi désigné celui qui se conforme à l'état de fait, tout en pouvant trembler de deux choses distinctes : d’une pression interne où se joue la peur de mal faire (dévotion), ou bien d’une pression externe engendrant cette peur et contraignant ainsi à se laisser guider par la seule voie possible (soumission). Qu’est alors le glébeux si ce n'est celui qui ne tremble de rien et se fait son chemin tout seul ?

Christian Maïni, Jean-Paul Ceccaldi, Olivier Collard,
Des pruneaux dans la pulenda,
Bastia : Editions du Cursinu, 2016
Coll. Trinichellu

Christian Maïni, Jean-Paul Ceccaldi, Olivier Collard, Pascal Sain,
Boues rouges colère noire,
Bastia : Editions du Cursinu, 2016
Coll. Trinichellu

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18/06/16

Albiana consacre un second ouvrage à Ginette Cals. Monumental

COUV GINETTE CALS

Il y a quinze ans, les éditions Albiana avaient déjà consacré un ouvrage à Ginette Cals, une artiste ayant découvert la Corse dès 1960 et s’y étant installée en 1968, à l’âge où reviennent sur l’île les insulaires ayant fait carrière dans un des corps de l’état offrant des retraites précoces. Sous le titre Séjour au Maghreb, ce premier livre n’était qu’une toute petite fenêtre. Elle ne donnait, en effet, à voir que des œuvres de jeunesse, des dessins et aquarelles croqués sur le vif dans les années 50. Cette fenêtre ouverte, plus que son effet d’optique, était un appel d’air. Quinze ans plus tard, s’ouvre une grande baie embrassant la quasi totalité de l’œuvre picturale de Ginette Cals, transformant le courant d’air en tourbillon de formes et de couleurs, d’huiles, d’aquarelles et de dessins. 64 pages en 2000. 440 pages en 2016. 975 reproductions. Un livre monumental, signé par Valérie Biancarelli, architecte de formation et maître d’œuvre de ce livre hors du commun à paraître en pleine lumière au solstice d’été sous le titre Ginette Cals : la passion du portrait.

On trouvera un portrait de Ginette Cals sur la longue notice consacrée à cette artiste corse par Wikipedia. Nul doute que l’enthousiasme avec lequel les éditions Albiana ont conduit la publication de ce magnifique ouvrage d’art – et grand livre de référence – ne tardera pas a être unanimement salué et très largement partagé. Il lève le secret sur l’éblouissante étendue de l’œuvre picturale d’une artiste tôt passée de la peinture à la sculpture. Ginette Cals, en effet, est essentiellement connue et reconnue pour son travail de la pierre et du bronze. Sur les formes lisses et abstraites de ses sculptures se projette ainsi sa fascination pour le fait humain, saisi par son regard dans le visage des autres et restitué dans une innombrable galerie de portraits, jusqu’alors conservés dans l’intimité retenue de son atelier.

Valérie Biancarelli,
Ginette Cals : la passion du portrait,
Ajaccio : Albiana, 2016

Ginette Cals,
Séjour au Maghreb : dessins et aquarelles : 1947-1951,
Ajaccio : Albiana, 2000

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14/06/16

Book and look : Les Nouvelle Polygraphies Corses

RIBELLA old & new

npc logo baroque

Avec la réédition en format poche du Ribella de Marie-Paule Dolovici, les éditions À Fior di Carta ont joué à leur façon un épisode inédit d’une de ces séries télé où s’accomplit le miracle d’un relookage du tout venant en pépite, sous l’effet de quelques tours de main bien maîtrisés plutôt que sous celui de quelque baguette magique capable de transformer les citrouilles en carosses.

Voici donc réapparaître, du côté de Barrettali, une griffe signalant une œuvre littéraire traitée selon les règles de l’art, et non pas comme un vrac en sac, insensible aux variations de granularité de sa semoule, tout autant qu’à la forme du récipient et à son décor. Nul doute que l’on en reparlera à Pigna, où les éditions À Fior di Carta célèbreront, le 3 juillet prochain, leur dixième anniversaire.

« L’écriture met en majesté ce que les multitudes racontent au fil des jours », dit Jean-Pierre Santini dans Enduro, son dernier roman. Alors, que cette « majesté » reste visible et éclatante sur tous les supports démultipliant l’écriture et les regards qui l’accueillent.

Ci-dessous, Ribella et Analecta Corsicæ, les deux premiers ouvrages parus aux éditions À Fior di Carta, sous la griffe « npc » ou Nouvelles Polygraphies Corses.

RIBELLA ANALECTA

13/06/16

Jean-Pierre Santini : Enduro

COUV ENDURO

« L’écriture met en majesté ce que les multitudes racontent au fil des jours. » (p. 109) Voilà l’exergue, me dis-je ! Il me saute aux yeux lorsque je feuillette à nouveau Enduro. Je l’ai lu il y a deux semaines. D’un trait, le crayon à la main. C’est ma manière de m’aventurer dans les textes de Jean-Pierre Santini. Je sais que je vais être entrainé dans un récit dont le fil ordinaire charrie une multitude de notations d’un autre ordre. Je les vois comme les pépites d’une littérature sacrée noyées dans les évidences banales d’histoires profanes. À cet égard, Enduro développe les interrogations d’un instituteur en retraite découvrant le nom d’un de ses anciens élèves au palmarès d’une épreuve sportive. Le roman démarre ainsi sur quatre lignes liminaires concentrant l’étonnement avec autant d’efficacité que l’emballage d’un Malabar d’autrefois livrant son « incroyable mais vrai » propre à muer une mastication singulière en méditation générale. Mâchons !

Voilà donc notre retraité plongeant dans ses souvenirs, dressant un tableau rapide de la petite société d’un petit village vu sous la perspective de sa petite école réunissant les petits du cru, du plus haut jusqu’au plus bas de la petite hiérarchie locale, du fils du maire jusqu’à celui de son factotum de service, arabe de surcroît. Voilà qui fait passer de la sociologie des positions à celle des trajectoires. Quel itinéraire a donc suivi Hicham ? Quel ascenseur social l’a hissé sur un podium ? Ainsi démarre une sorte d’enquête policière, si on accepte d’intégrer dans le polar une affaire qui au premier abord ne relève pas de la police judiciaire mais des renseignements généraux. Cette enquête reconstitue le parcours de vie d’une intégration réussie. Succes story ? Permettez-moi de remettre immédiatement le couvercle sur cette question pour ne rien altérer, ni des saveurs du texte, ni des surprises qu’il ménage. Mais, rassurez-vous, « il y a autant de romans que de vivants sur terre » (p. 75), et quelques auteurs sachant les cueillir au passage. Jean-Pierre Santini est de ceux-là.

Jean-Pierre Santini, Enduro,
Barrettali : À Fior di Carta, 2016.
Broché, 118 pages, 13,00 €.

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12/06/16

À Fior di Carta : 10 ans de littérature

AFFICHE PIGNA

Exergue
Jean-Pierre Santini, Enduro (p. 109)

Dimanche 3 juillet, l’auditorium de Pigna accueille sous sa coupole une petite académie célébrant la dixième année des éditions À Fior di carta, fondées en 2006 à Barrettali par Jean-Pierre Santini. Outre les traditionnelles présentations et dédicaces des nouveautés, s’ouvrira une séance de travail où tous les présents seront invités à participer à un atelier d’écriture où ils concocteront un fragment à verser à une œuvre collective appelée à être publiée. À suivre…

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19/05/16

Préparer ses vacances en Corse avec un livre de poche à glisser furtivement dans son sac à dos ou son sac de plage

ANALECTA COUV 2e édition

Xavier Casanova signe ses Analecta Corsicæ qui viennent de paraître à Barrettali sur le catalogue des éditions À Fior di Carta.

Pour un consultant en ingénierie éditoriale basé en Corse, c’était la moindre des choses que de commettre un livre donnant un reflet de ce qui n’est pas, ce qui est le meilleur moyen de contrer tous ceux qui s’attachent à ce que leurs préjugés soient la seule manière légitime de parler de ce qui est et de faire en sorte qu’il ne puisse en être autrement. L’entre deux qui s’ouvre ainsi n’est autre que l’espace, parfois ténu, laissé libre entre les mouvements perpétuels d’attraction et de répulsion qu’engendrent cette île insolite et insolente.

En ça, certains, assez nombreux, voient l’étau, ne rêvant que de serrer ou desserrer la vis. D’autres, assez rares, voient la pièce à glisser entre ses mors, soupèsent l’élasticité de ses matériaux et estiment la rigidité de sa forme, de ses structures. Dans ces « analectes », la matière, c’est le texte et la souplesse de ses contorsions ; la structure, c’est le livre lui-même en sa manière de proposer un découpage permettant à chacun d’organiser son propre cérémonial de lecture, en picorant comme on calme ses petites fringales en ouvrant furtivement le frigo, ou en s’asseyant confortablement devant les couverts d’une table dressée annonçant déjà les moments important d’un repas complet, avec sous les yeux la carte des entrées, des plats et des desserts.

La métaphore du repas s’accorde bien avec le terme « analecte » qui, à l’origine, désigne, au singulier, l’esclave chargé de débarrasser les restes des ripailles, petites collations ou grands gueuletons. Au pluriel, ce sont les restes eux-mêmes. Puis, dans un glissement de sens très ordinaire passant des nourritures pour le corps aux victuailles pour l’esprit – de la manducatio à la meditatio –, le terme, au pluriel, a désigné un recueil de textes fragmentaires, notations isolées ou pièces extraites d’œuvres consistantes. De nos jours, qui voudrait se faire entendre, parlerait d’anthologie ou de morceaux choisis ; qui veut plutôt surprendre parle d’analectes, ou, d’analecta, pour pimenter son audace d’un zeste de latin, en des temps où il est de bon ton de tuer les langues mortes et de faire peu de cas des extinctions de voix naissant de la mort des idiomes.

Et la Corse dans tout ça ?

Comme il a été dit dans le Manifeste de Luri (2009) : « Dans l’espace géo-socio-politique français, la Corse occupe une place originale : la plus excentrique de ses Provinces et le moins exotique de ses Outre Mer. Une géographie des marges la situerait ainsi à la fois aux marges de son hexagone – royal et centralisateur –, distribuant parcimonieusement ses titres de noblesse au nom de l’Histoire de toujours, et à la fois aux marges des vestiges de son polygone – impérial et universalisant –, distribuant généreusement ses titres de civilité au nom de la Révolution d’autrefois. » Ce dont il a bien fallu tenir compte en acceptant de commettre un livre qui ne pourra être lu que comme une ingratitude absolue face à l’absolutisme civilisateur à qui l’auteur doit la langue dont il use, enrichissant ainsi la « littérature corse d’expression française » et, de manière générale, les « petites littératures des peuples sans état ». Dans la langue de l’autre, certes. Mais sans pour autant se plier aux pensées obligées des dominants et dominés.

Amie lectrice, ami lecteur, si tu as lu jusque là, c’est assez dit, non pas pour que tu achètes et lises à coup sûr ces Analecta Corsicæ, mais simplement pour que tu saches. Quoi ? Que vient de paraître dans une obscure officine éditoriale du Cap Corse un ouvrage singulier, de belle facture, dont personne d’autre que toi n’est en mesure de dire s’il est propre à te crisper ou te dérider, à éclaircir tes pensées ou à les troubler. Sachant ceci, ta curiosité étant établie et ta sagacité alertée, alors ton œil se posera sur lui à coup sûr, si sa couverture s’offre à ton regard sur la table où les bons libraires de Corse exposent les nouveautés insulaires de la saison. Sache, en outre, que si tu ne le vois pas, c’est que le libraire le tient sous le comptoir et le délivre comme de la contrebande. Prépare alors ton clin d’œil complice et donne discrètement le titre comme un mot de passe, Analecta Corsicæ. Mais, attention, mica nomi, pas de nom, comme il va sans dire. Va sans dire aussi qu’aussitôt pris, tu le glisseras furtivement dans ton sac à dos ou ton sac de plage, rêvant déjà de le dévorer sur un des sommets de l’île ou une de ses criques désertes. Va !

[] Xavier Casanova

ANALECTA COUV 2e édition vignette

Xavier Casanova,
Analecta Corsicæ,
Barrettali : À Fior di Carta, 2016
ISBN 979-10-95053-1

Broché
Format 110x180
256 pages
15,00 €

Disponible dans tous les points de vente en Corse.
À défaut, sur Amazon ou en commande directe après de l'éditeur :

À FIOR DI CARTA Hameau Casanova 20228 BARRETTALI
(Joindre un chèque de 15,00 € à l'ordre de À Fior di Carta)

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18/05/16

Dominique Piferini : La vie en négatif

COUV LA VIE EN NEGATIF

Dominique Piferini dédicaçait son précédent roman, La Photo couleur sépia, à « tous les maladroits de la tendresse, à tous les écorchés de l’abandon, tous les funambules du sentiment qui tremblent de perdre l’équilibre, tous les danseurs-étoiles du grand ballet de la vie. » C’était son deuxième livre. Le premier, Le Portrait blanc, était dédié « Aux hommes… à l’Homme, sans qui je n’aurais jamais découvert le vertigineux chemin de croix qu’est la passion. » Point de dédicace dans le toisième roman, qui vient de paraître.

La Vie en négatif s’ouvre, en effet, sur un extrait de La Longue attente, une chanson où Serge Reggiani prêtait sa voix à Edgar Faure, dernière piste de l’album J’t’aimerais (Polydor, 1979). Mais ces anciennes dédicaces méritent d’être rapatriées ici avant lecture, tant elles éclairent cette « longue attente » citée en exergue.

De même qu’il est utile de dater la chanson de Reggiani, qui renvoie aux années Giscard vues sous l’angle des convictions militantes en pleine ébullition qui nourrissaient alors la construction en cours du programme commun de la gauche. Période de passions fulgurantes et d’engagements indéfectibles. Période de foi, d’espérance et de charité, posée sur une empathie humaine balayant allègrement les apathies dévotes des temps passés, puritaines et étriquées.

« Avancer et aimer sans jamais renoncer », écrit Dominique Piferini, encore aujourd’hui, dans un récit éclaté qui rassemble dans une même dynamique des moments de vie posés entre « paisible banalité » et « paisible fantaisie ». Paix illusoire d’un quotidien habité de rêves passionnels tenaces, hantés par l’absence. Amour fou. Prégnant. Indélébile. Entier car il ne possède rien, et ne cherche pas plus à posséder qu’à être possédé.

Pensons, alors, au Cantique des Cantique, qui s’ouvre au premier vers sur « Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! », qui dit au dernier chapitre « Les grandes eaux ne peuvent éteindre l’amour », et qui lance, au début du dernier verset, « Fuis, mon bien aimé !  ».

Eviction ? Oh que non ! Liberté. Tout sauf une main mise sur l’être aimé. L’étalon. Au sens de gabarit donnant la mesure des autres amours.

Les derniers mots du Cantique évoquent « les montagnes des aromates ». Ce n’est pas l’aimé qui s’y rend, mais l’amante qui s’y réfugie. Au cœur de la Corse, à Venaco, dans un chalet, « droite dans (sa) conviction que (sa) façon d’aimer, (sa) force d’y croire constituaient les seules voies possibles du partage. »

On aura compris que ce roman d’amour est tout sauf une bluette à chanter aux sérénades. Il psalmodie jusqu’aux nuits de solitude tout juste adoucies par un plaid jeté sur les épaules, et leur transmutation en nuit d’écriture, l’autre voie possible du partage. Une écriture sensible, profonde et touchante.

Un texte à découvrir. Une émotion à partager. Une histoire d’amour aussi peu banale que les mots et les phrases agencées pour lui donner vie à chaque lecture, dans toute son insolite intensité, dans toute sa  lucidité, si douloureuse et si bien assumée.

LIRE la très belle préface d’Alain Giuseppelli. 

[] Xavier Casanova

Dominique Piferini,
La Vie en négatif,
Barrettali : À Fior di carta, 2016.
Broché, format 150x210, 84 pages, 10,00 €
ISBN 979-10-95053-8

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16/05/16

Guidu Benigni : Retour à Tippale

COUV TIPPALE

Guidu Benigni est avant tout connu à travers ses œuvres versées à la littérature insulaire en langue Corse, notamment sous forme de romans[1]. Espérons que les efforts aujourd’hui déployés en faveur de la langue élargiront un jour leur lectorat, hélas, bien trop restreint.

À cet égard, Retour à Tippale mérite une attention particulière : ses « chroniques », servies en français, s’offrent à ce que l’on appelle communément le grand public. Elles proposent quatre tableaux d’un même lieu, dressés quatre fois à vingt ans d’intervalle : 1920, 1940, 1960 et 1980.

L’Histoire s’écrit généralement dans la perspective des grands faits propulsant leurs influences générales dans de grands espaces. Retour à Tippale inverse la perspective et rend compte de la manière dont un lieu, proprement insignifiant au regard de cette grande histoire, s’est transformé sous son influence, dans la confrontation des raisons locales héritées de la nuit des temps et des rationalités modernes venues d’ailleurs, d’un monde extérieur de plus en plus prégnant.

À cet égard, Tippale n’est rien d’autre qu’un lieu typique, doté très exactement des vertus de ce que les sociologues, à la suite de Max Weber, appellent un idéal-type. Au demeurant, Guidu Benigni n’emprunte rien à la sociologie, sauf le regard bienveillant des démarches compréhensives conduites en immersion dans le milieu où se rencontrent le sens de l’histoire et le sens que des groupes humains donnent à leur vie. Guidu Benigni ne théorise pas : il raconte et met en récit les faits et dire des divers acteurs de ce microcosme exemplaire, dont il est facile d’imaginer qu’ils jouent une pièce qui se répète sans grandes variations de hameau en hameau, et de piève en piève. Une pièce en quatre actes distincts et quatre périodes très fortement marquées par l’histoire : l’entre deux guerres, l’occupation, la fin de l’empire colonial et le Riacquistu, où la Corse reprend en main son histoire singulière et son destin. Retour à Tippale permet de revenir à ces quatre grands tournants et de les revisiter à travers un texte mettant en récit des moments de vie ordinaire sur quatre générations successives confrontées à ce que fut, pour chacune d’elles, l’air du temps. Son choc.

Le prologue aura rappelé l’utilité d’en conserver la mémoire face au choc des temps présents, où toute l’énergie est absorbée par l’obsolescence programmée des certitudes, autant que celles des techniques sur lesquelles nous prenons nos appuis. L’épilogue signalera que « nous sommes (…) à l’agonie de ce que nous avons connu et dans l’incertitude de ce que nous allons vivre d’ici peu. » N’est-ce pas dire que l’accélération de l’histoire est désormais telle qu’aux grands chocs d’hier s’est substituée une pression – intense, générale et constante – ne laissant plus entrevoir qu’une régression sans fin ? Entre apocalypse écologique et résurgence des formes absolues de la barbarie.

[] Xavier Casanova

Guidu Benigni, Retour à Tippale,
Barrettali : À Fior di Carta, 2016
Broché, format 150x210, 105 pages, 12,00 €


[1] Amadeu u turcu, Albiana, 2002. – U Viaghju di a Fortunate, Albiana, 2007. – Corsicana, Sammarcelli, 2011. – L’Affreschi di a Santa Trinità, À Fior di Carta, 2012. – Medievu : trilugia, À Fior di Carta, 2015.

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28/04/16

Marie-Paule Dolovici, Ribella, nouvelle édition

COUV RIBELLA

La première édition de Ribella, parue en juin 2013, est épuisée alors que l’ouvrage est encore demandé. Une deuxième édition est à paraître en mai 2016, sous une nouvelle couverture, un nouveau format et une nouvelle maquette, tant ce recueil est loin d’avoir pleinement atteint le lectorat qu’il mérite, avec ses 23 brèves nouvelles, réparties en trois sections, puisant dans trois sources distinctes : l’histoire, les souvenirs et le temps présent.

Storia, offre une série de 9 petits tableaux illustrant diverses rencontres de l’imaginaire et de l’histoire. « Ribella », par exemple, l’inaugure en plongeant U Babbu di a Patria dans une romance inattendue, mais si crédible pour qui sait lire dans le cœur ce que les annales négligent de rapporter… « Tu m’uccide o crudele » change la perspective, évoquant l’emprise d’une figure historique sur un personnage d’aujourd’hui. Toutes les nouvelles jouent ainsi avec les multiples manières de se projeter dans le passé lointain, ou de s’en laisser pénétrer.

Nustalgia, est un point de passage obligé, une manière de se ressourcer à quelques souvenirs marquants d’avant l’âge adulte. Ils surgissent dans 7 nouvelles où le récit n’est parfois qu’un canevas réveillant une multitude de sensations, comme, par exemple, dans « Tempu passatu », brodées sur l’empreinte laissée par la grand-mère ; et parfois un vrai scénario conduisant à une émotion marquante, indélébile, comme dans « Semper fidelis ».

Saynètes, propose 7 séquences directement ancrées dans le présent, mais servies sur un mode distancé, avec des tonalités où l’ironie douce-amère dose bien la distribution des indulgences et des sévérités.  « Dancernapping », par exemple, met en scène un individu qui, cherchant sa salle de muscu, bascule dans un univers où il ne comprend plus ce qui lui arrive. « Débarras ! » n’est rien d’autre qu’une tranche de vie cocasse prélevée au scalpel dans le quotidien d’une équipe enseignante.

En couverture, « La Belle Rosine* », dans sa nudité sereine et assumée, me dispense de développer la manière dont, avec bonheur, Marie-Paule Dolovici ponctue son recueil de scènes ardentes. Préservons, ici, leur valeur de jolies surprises glissées dans l’œuf en chocolat (quoiqu’il ne s’agisse pas, loin de là, de Kinderlitteratur).

[] Xavier Casanova

Marie-Paule Dolovici,
Ribella et autre nouvelles,
Barrettali : A Fior di Carta, 2016
(Coll. npc. 1ère édition 2013)
 

Format poche 110x180, 128 pages
ISBN 979-10-95053-09-5
10,00 €

* Antoine Wiertz, 1847 (huile sur toile)

25/04/16

Entre Salines et Corte : le lieu d’un premier roman

COUV David Pietri

Spondi,  un nouvel éditeur corse ambitieux, nous offre comme première parution le livre revigorant d’un auteur, David Pietri, qui ne devrait pas laisser indifférent. En effet, loin de la flagornerie ambiante du régionalisme et de la quête d’une prose identitaire digne de Corse-Matin, tendance qui conduit le plus souvent au panthéisme ridicule qui va jusqu’à affirmer que les cailloux ont une âme, Pietri, loin de Kallisté, nous livre un état des lieux sinistre, sur une île réduite au sordide et à la misère morale. Dans une prose crue mais fluide Pietri parvient à trouver un style qui soit adéquat à la vision du narrateur, homosexuel diplômé de l’université de Corte.

Corse et pédé, ça vous tente ? Cela relève de la survie en milieu hostile. Le narrateur, pour sa part, parvient a trouver son trou au sein des profondeurs de la Corse profonde en la personne de Mounir, jeune étudiant Tunisien qui se fait sodomiser avec les Goldberg de Gould en fond sonore. Tous les personnages sont au diapason, perdus dans la misère existentielle, au sein d’une île qui est désormais terre de l’inquiétude. Tous s’agitent comme des ombres dans cette Corse étouffante, réduits à des gestes privés de sens.

Pour un premier roman, celui ci est agencé avec une maîtrise certaine. Ainsi, au moment où chacun semble plongé dans la tourbe sous le regard cruel du narrateur, quelque chose et certes la plus inattendu va se produire : l’amour et sa tendre lévitation. Par delà les conventions sociales un couple improbable va s’épanouir pour la délurée Tata Françoise et son amant trop heureux de sortir de la routine du missionnaire.

Mission, David Pietri en à une : donner le coup de grâce à tous les clichés qui hantent la littérature Corse. Exercice délicat mais ici maîtrisé.

[] Alexandre Ducommun

David Pietri, Le jour où Napoléon rencontra Michaël Phelps, Lormont : Le Bord de l’Eau, janvier 2016 (Coll. Spondi).
Broché, format 130x200, 160 pages, 15,00 € 
ISBN : 978-2-35687-364-4  

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13/04/16

Déclaration d'antériorité

ANALECTA NOUVEAUTE

Xavier Casanova retient le titre « Analecta corsicæ »
pour un ouvrage à paraître aux éditions A Fior di Carta
en juin 2016.

npc logo

Xavier Casanova retient le titre de collection « npc »
pour une collection à paraître aux éditions A Fior di Carta
à partir de juin 2016.
Ce titre réactive :
« Les Nouvelles Polygraphies Corses »
comme désignation complète de cette collection.

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22/03/16

Chronique des conneries chroniques

CERVUS ELAPHUS 2016

ACTE II
Scène 2
(extrait)

HI FI
Qui sait si le connard à l’hormone indécise,
Se cherchant une place entre neurone et couille,
N’a pas imaginé pour sa psychanalyse,
Du coup qu’il a tiré récupérer la douille ? 

JENNY
On dit que le viandard soigne ainsi sa fêlure,

En dressant son canon en guise d’érections.

HI FI
Puisse-t-il soulager sa culasse immature,

En déchargeant aussi dans d’autres directions.

JENNY
Hélas !

HI FI
              Vous vous taisez ?

JENNY
                                               Je pensais à la biche.

SOURCE

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21/03/16

Gilles Zerlini : Chutes

ZERLINI CHUTES

Les éditions Materia Scritta viennent de publier un deuxième ouvrage de Gilles Zerlini : Chutes ou Les mésaventures de Monsieur Durand. En rendre compte est une gageure, s’agissant de passer derrière la préface de François de Negroni, qui situe parfaitement ce roman noir dans les tendances actuelles de la littérature corse d’expression française, y introduisant un ton et une thématique totalement détachés des poncifs naturalistes ou touristiques servant de cadre aux regards couramment portés sur les choses insulaires ; détachés aussi des nostalgies qui les accompagnent souvent, parfois exacerbées lorsque la vision est autochtone. Subsistent, au demeurant, quelques touches discrètes.

Monsieur Durand ne porte pas d’autre héroïsme que son insignifiante normalité. La perte d’être proches, au cours de l’enfance, la renforce plus qu’elle ne l’altère : elle fait de lui un survivant, ce qui apporte au moins la satisfaction d’être supérieur aux morts. Son parcours scolaire est décrit comme un maintien exemplaire et constant dans la moyenne, ce qui apporte au moins la satisfaction de se fondre dans la masse des médiocres, sans plus s’en isoler en grimpant qu’en dégringolant. Lieu où l’égalité est maximale, donc. Son accès à un poste de cadre n’est rien d’autre qu’un hasard de la vie. Pas de la sienne. Celle de son père, que la guerre a doté d’un frère d’arme bien placé.

C’est cette fraternité là – guerrière – que les entreprises visent dans leurs les séminaires d’intégration. Certains misent sur deux valeurs sûre – le vide et la flexibilité – sublimement réunis dans une épreuve initiatique valant tous les parcours du combattant : le saut à l’élastique. Monsieur Durand sautera du mauvais côté de l’obstacle, là où la chute est lente, inexorable et très mal amortie.

C’est cette histoire de chute que raconte Gilles Zerlini, de manière très imagée et très bien conduite. Son texte a la saveur d’un conte philosophique étonnamment ambigu et indécis, tant il est difficile de départager la dynamique de ce saut dans le vide entre « l’acteur et le système », comme aurait dit Michel Crozier. Ce qui est certain, c’est qu’il marque bien les incertitudes du présent, en sa tendance à les projeter dans des récits d’effondrement, qui n’est peut-être, ici, qu’une Apocalypse de basse intensité.

Je n’en dirai pas davantage, tant la couverture incite à mettre la main sur l’objet et à se passer au doigt l’anneau de la goupille. Qui imaginerait plus beau mariage entre un auteur et ses lecteurs ? Au risque, s’entend, d’une relation plutôt explosive.

Une mention spéciale, donc, à Eric Cucchi pour la qualité graphique de l’ouvrage. Elle saute aux yeux en couverture, et c'est bien ce l’on en attend du graphiste. Au fil des pages, elle se fait oublier en faveur du texte, et c’est bien cette forme d’efficacité silencieuse que l’on espère du typographe. 

Gilles Zerlini,
Chutes ou Les aventures de Monsieur Durand,
Propriano : Materia Scritta, 2016

ON EN PARLE AILLEURS
René Merle
Côté littérature noire

UN RAPPEL / ISULARAMA
Mauvaises nouvelles.

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T'as fait tes piqûres de rappel ?

VOLTAIRE OU JIHAD

Conduit avec la flamme d’un pamphlet, l’essai de Jean-Paul Brighelli remet sur son piédestal – plutôt que son catafalque – la culture française, dans sa forme et sa force héritée des Lumières. C’est cette culture qu’il oppose à son actuelle segmentation en une nébuleuse de niches culturelles – si on se plie au langage du merchandising –, c’est-à-dire à l’éclatement de la société elle-même en une multitude de ghettos, tous dotés d’une culture propre, où vivre l’entre soi en intouchables, sur un fond sonore répétant en boucle les trois temps de la valse républicaine et les trois accords de sa basse continue – Lib min, Ega maj, Fra 7 –, animant en somme la démocratie comme on anime un centre commercial, en célébrant joyeusement l’ouverture 7/7 à toutes les différences.

C’est sur ce tableau de société ou tout se vaut – puisque tout se partage si bien et sans effort –, que l’auteur projette la figure du monstre : l’Etat Islamique. Bien que ce ne soit pas dit dans son livre, je rajouterai qu’il ne nous reste, hélas, pas d’autre analyseur que ce terrorisme d’une violence totale, pour forcer un peu à la dissection de ce qu’est le corps social devenu, sous les effets apparemment opposés – mais jouant en fait dans le même sens –, d’une avancée des thèses néo libérales, et d’une extension de l’égalitarisme. Au point que droite et gauche ne se disputent plus que sur leurs propres prétentions à mieux faire la même chose, c’est-à-dire toujours plus de la même chose – comme diraient les héritiers de Palo Alto –, dans une indifférenciation généralisée qui ressemble de plus en plus à une crise mimétique à la façon de René Girard.

C’est assez dire que c’est un livre assez dur à avaler, du moins si nous sommes encore accrochés à nos vieilles manières de politiser les choses par distribution d’anathèmes, selon nos propres tendances à stigmatiser les réactionnaires ou les fauteurs de troubles. Aussi, pour éviter à ceux qui ont le cœur à gauche un décrochage précoce aux premières turbulences, et à ceux qui l’ont à droite une fossilisation précoce dans leurs dernières croyances, conseillerai-je de commencer la lecture par le chapitre 23, où Jean-Paul Brighelli revient au siècle des Lumières, exhumant pour les confronter, Voltaire et Rousseau. Je n’en dirai pas plus. Demandez-vous simplement, avant de plonger dans l’ouvrage, vers lequel des deux votre cœur balance, et pourquoi. Sachez simplement que vous êtes averti : le titre de l’ouvrage met en avant Voltaire.

Sans cette précaution – rien d’autre qu’un examen de conscience –, vous risquez de mal prendre ce que vous lirez de mai 68, du pédagogisme, des « french studies », des culpabilités coloniales, et d’autres choses encore, que Jean-Paul Brighelli subsume sous la notion de « suicide de la culture occidentale ».

Jean-Paul Brighelli,
Voltaire ou le Jihad : le suicide de la culture occidentale,
Paris ; L’Archipel, 2015.

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17/02/16

Sviamentu di marca

SUMINU A E SETTE FIATI

Figura eluquenta mandata sensa discorsu.

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13/02/16

Natalucciu : L’Ultimu en fascicule

SANTINI NATALUCCIU

Décidemment, Jean-Pierre Santini n’est pas prêt à lever le pied, ajoutant en ce début d’année un nouveau titre à sa bibliographie luxuriante. Qui aurait cru à une pause ? Après U Fronte turchinu, Un petit commerce de nuit, et la conduite de Tarra d’accolta – qui, plus qu’une publication, est une véritable « bookmob » – voici donc Natalucciu : Sintinella di a memoria.

L’ouvrage est modeste, au vu du nombre de pages. Il n’en est pas moins ambitieux dans ses intentions, puisqu’il accorde de fait à L’Ultimu le statut de bible d’où extraire des morceaux choisis, comme on extrait une mélodie remarquable d’un opéra foisonnant, pour la faire entendre pour elle-même, tel un air versé au répertoire lyrique de récitals plus intimes et populaires. Une cavatine ? Pas vraiment.

Même s’il s’agit bien d’un monologue, ce n’est pas la Rosina de Rossini entonnant « Una voce poco fa ». C’est l’air rugueux d’un bourru illettré, cantonnier municipal, commentant par bribes décousues sa commune, qu’il balaye sous les pieds changeants de ses édiles successifs, les yeux rivés sur l’immuable socle de son canton, son sol, qu’il régénère inlassablement au râteau et à la pelle ; le regard fixé sur l’impérissable substrat de son microcosme, sa terre, qu’il affouille à la bêche et à la pioche non pas pour en extraire d’improbables trésors mais pour y ensevelir les défunts.

Souviens-toi de L’Ultimu, qui s’ouvre sur l’image du bulldozer érasant u campu santu, le cimetière, sous l’effet d’une rationalité supérieure spéculant sur les bénéfices à tirer d’un rejet des morts au large, en haute mer, en ses abysses. « Ils ont tué la mort, ces porc, ces bâtards ! », marmone Natalucciu, dans une émotion à fleur de peau où se mélangent envolées lyriques et épanchements vulgaires. « T’annu tombu a morte, sti purcacci, sti razzoni ! », pensa è lampa Natalucciu, cummu una cundanna accanita.

La mise à distance, plutôt qu’en parallèle, du testu corsu et du texte français estompe un peu tout ce que révèle le passage de l’un à l’autre, et les effets de transmutation qui se jouent bien au-delà de la traduction, ouvrant en fait à la lecture deux univers incommensurables. La distance les séparant est ainsi déjà marquée par la substitution à « soliloque » de « a voce ». Le premier terme ouvre une lecture archéologique s’élevant jusqu’aux soliloquia augustiniens. Le second à une ontogénèse plongeant sans filtre jusu’au cri primal, comme si passer d’une inscription à l’autre c’était traduire de la plume d’oie en couteau à désosser, des pleins et déliés en inzecche è solchi.

Quissa putenta chi si squassa, cumme suppa zeppa tracambiata in brodu lindu. Da leghje è da sente.

[] Xavier Casanova

Jean-Pierre Santini,
Natalucciu : sintinella di memoria,
Barrettali : À Fior di carta, 2016.
Broché, 150x210, 100 pages, 10,00 €,
ISBN 979-10-95053-05-7

NOTULINA
Voir aussi notre billet : Les « soliloques de Natalucciu », version blog. Il ajoute à la réflexion sur le passage d'une langue à l'autre une réflexion sur le passage d’un support à l’autre, d'une « forme éditoriale » à une autre. Ce que je prêche dans le désert depuis mon passage d’une rive à l’autre, comme si c'était en débattre dans le vide, toute l'attention étant absorbée par la langue (et son statut), sans intégrer ce que lui ajoute en propre, au delà de l'oralité, sa dimension graphique, telle qu'elle se joue à l’œil et non plus à l’oreille.

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08/02/16

Augurii chinese

NOUVEL AN CHINOIS 2016

En mandarin, Ghjuvanfelice Cacciamosca, se fait appeler Ziu-Xa. C’est donc tout naturellement sous ce pseudo qu’il souhaite une bonne et heureuse année chinoise aussi bien à tous ceux qui ont raté la nouvelle année du calendrier républicain, qu’à tous ceux qui concentrent toute leur attention sur le calendrier chinois et ses diverses variantes asiatiques. C’est dommage que la réforme de l’orthographe ne soit pas tombée ce jour-là, compte tenu de toutes les « chinoiseries » l’ayant commentée à la française, c’est-à-dire en entamant la litanie du circonflexe et en pleurant aux oignons faute de pouvoir, à ce légume, mettre désormais les points sur les i. Du moins, de manière neutre et certaine, sans se sentir obligé de prendre parti entre les tenants de son maintien et les défenseurs de sa suppression. Il n’y a plus qu’à se chercher la protection d’un double passeport offrant le droit de passer à sa guise des pelures de l’un aux pelures de l’autre, sous réserve de trouver à s’abriter sous deux orthographes nationales distinctes. Reste le passeport de complaisance qu’une de nos îles pourrait fournir dès qu’il lui sera possible de coofficialiser vieilles lunes et récentes lubies.

Le premier point étant épuisé, passons au second. Les fins lettrés savent que le calendrier chinois nous entraîne aujourd’hui dans l’année du singe. Ils savent aussi que des gens plus ordinaires tendent à lire la figure animale de l’année comme une sorte de présage annonçant le basculement du monde dans les propriétés métaphoriques et symboliques de l’anmal de l’année. Etant admis que l’homme descendait du singe, joue de fait une règle implicite de substitution à cet annimal de tous ses descendants. Quelle figure prendre alors dans l’extrême variété des situations humaines ? Se poser la question, n’est-ce pas philosopher ? Tope-là ! Un philosophe. Ce qui dans le sceau fut aussitôt gravé (cf. ill. infra).

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