Isularama

11/08/17

Anthroposophie fondamentale de la Corse

Ceci n'est pas un drapeau

2017. – L’anthroposophe Galibert publie à Barrettali 200 pages hors collection [1]. Rien ne permet de dire que son éditeur, À Fior di Carta, ignorait totalement le Full Moon de Cacciamosca [2] qui donne pourtant des conseils très précis permettant de déterminer les dates de parution des ouvrages en fonction des phases de la lune. Dès le cycle lunaire suivant, l’auteur publie à Ajaccio 2 pages d’entretien dans le supplément hebdomadaire de l’unique quotidien local. Soit, 200 pages versées en milieu rural contre 2 en milieu urbain. D’un côté, un codex réunissant en « pot-pourri » un maquis textuel diversifié, complexe et déroutant. Il est symboliquement placé sous la signature d’un couple de cochons sauvages insulaires : Cazzettu (la plume) et Muzzetta (l’encrier). De l’autre, un volumen déployant des commentaires sages, ordonnés, truffé de citations empruntés à des auteurs de référence, et passés sous la signature d’un couple fonctionnel comme il s’en forme beaucoup dans le monde du média papier : un penseur et un passeur. Le premier répond très savamment à quelques questions très ordinaires posées par le second. Or, on ne lâche dans le maquis ni les mêmes substances, ni en même quantité, que dans le milieu urbain et domestique. Cela s’illustre parfaitement en opposant un Dash [3] et un Sicli [4]. Le livre, comme l’article, se termine par un exercice imposé, qui mérite d’être passé au crible de l’anthropologie locale : la proclamation de son amour pour la Corse. Elle est à rapprocher de l’avis de décès et à traduire dans le langage des survivants éplorés. Ils pourraient remercier tout le personnel soignant ayant accompagné le futur défunt dans sa longue maladie, avec une mention spéciale pour l’anthropologue, qui n’a ménagé ni ses efforts taxidermiques ni ses effets taxonomiques. C’est là que Cacciamosca signale que tout délire est anthropologique dès lors qu’il déploie du langage [5]. Or le langage crée l’illusion de la stabilité de ce que peuvent désigner les mots, induisant par là l’illusion d’une permanence des choses et la quête d’un absolu immortel et transcendant. Désillusion que de mettre les pieds et le nez dans l’évanescence de ce qui est au monde sous les espèces du vivant, la vie n’étant qu’une perpétuation de sa propre transformation. Sagesse suprême que d’accompagner sans cesse la mort lente des concepts. Folie que de voir le monde s’écrouler sous ses pieds parce que les vieilles théories s’effritent. La culture, au sens anthropologique du terme, n’est qu’une nébuleuse de théories vagues, approximatives et mouvantes. Un voile pudique dissimulant la crudité des pulsions, arrêtant le regard sur les étoffes, et faisant naître une sublime esthétique du pli : le drapé [6]. Ce que sublime le drapeau. Génuflexion. Amen.

1699. – Le Seder olam ha-Korsa [7] définissait Korsa, la Corse, comme une île nue recevant des quatre vents une « pluie » de monades continentales. Autant qu’en n’importe quel lieu de Terre Ferme, Korsa ne s’engendre aucunement d’elle-même, mais naît de l’accrétion locale d’unités primordiales venues d’ailleurs, déplacées par les mouvements de l’air et des eaux, ou s’y déplaçant en exerçant la plus simple vertu des êtres animaux : leur mobilité autogène [8]. Ainsi s’abattent sur les crêtes élevées des nuées de pigeons ramiers ; ainsi les anguilles quittent-elles la mer pour remonter les cours d’eau ; ainsi, du temps où les eaux du monde étaient prisonnières d’immenses glaciers, quelques mammifères s’aventurèrent sur l’île, sans avoir à nager guère plus qu’il n’en faut pour passer d’une rive d’un fleuve à l’autre. Nul ne saurait dire si dès lors des hommes suivirent, où s’il fallut attendre que s’invente la barque, ou tout au moins le radeau. Nul ne saurait davantage dire s’ils se nommèrent sur le champ Korsaïm, noyant ainsi dans l’oubli leurs origines continentales. Il est certain, cependant, qu’avec la lente remontée des eaux, chaque génération se sentait d’autant plus Korsaïm que s’élargissait le bras de mer les séparant de la Terre Ferme. Cette séparation a fait émerger au fil des siècles un peuple autochtone, dès lors qu’il acquit la capacité de se nourrir, se reproduire, se diriger et s’interpréter sur place. Ces transformations lentes, guidées par la tectonique et l’évolution des climats, sont achevées de longue date lorsque se rédige le Seder olam ha-Korsa. Ce texte rejoint, sans le connaître, le paradoxe sorite qui concluait à l’impossibilité de constituer un tas de sable grain à grain. Il pose, de son côté, qu’il est impossible de faire disparaître un peuple homme par homme : au final, le dernier homme – L’Ultimu [9] – serait le peuple à lui tout seul. Cela ayant été posé, il fut évident qu’éliminer un à un les membres d’un peuple ne faisait pas pour autant disparaître ce groupe d’appartenance. Il était donc possible de trucider les siens sans attenter à son propre peuple. Dès lors germa une longue guerre fratricide où chacun des protagonistes se targuait d’être plus que tout autre à même de devenir peuple, lui tout seul, au terme de la raréfaction avancée des survivants. Ainsi le peuple avait-il un avenir – sa réduction à l’unité – et chacun de ses membres un enjeu, dont l’importance était telle qu’il suffisait à lui seul à animer tous les actes de la vie commune. Ils consistaient, pour l’essentiel, à s’entourer d’amis pour hâter l’élimination de tous ceux qui manifestaient, plus que les autres, de bonnes aptitudes à s’entourer d’amis. La légende locale rapporte ainsi le cas exemplaire d’une tante qui, la mort du père s’approchant, lui dicta des dispositions testamentaires telles qu’elles rejetaient hors de la famille les plus brillants de ses neveux, enfants de son aînée honnie. Ce qui vaut pour les peuples valant pour les familles, elle n’attentait pas à la sienne en en diminuant le nombre. Mieux, elle fabriquait ainsi une famille résiduelle pouvant dès lors, plus que toute autre, être celle d’où sortirait L’Ultimu [10], une fois achevée la réduction du peuple à son expression parfaite, quand plus personne n’aura à se disputer la propriété singulière d’être enfin et réellement le meilleur représentant de la monade Korsaïm. Unità !

2017. – Commentaire de Jean-Félix Cacciamosca : « Dans le Seder Olam ha-Korsa, la monade est la plus petite partie d’un tout capable d’en refléter l’ensemble. Deux monades se singularisent, l’une vis-à-vis de l’autre, en occupant des positions temporelles et spatiales distinctes. Dans le temps, la vieille monade reproche à la jeune de n’avoir rien vécu du passé ayant profondément marqué le Tout. Inversement, la jeune monade reproche à l’ancienne d’être si aveuglée par le passé et engluée dans ses habitudes que, non seulement sa vue du présent est déformée, mais qu’elle est totalement aveugle à un avenir qui, vu son âge et le peu qu’il lui reste à vivre, ne peut que lui échapper. Forte, alors la vieille monade réussissant à coincer la jeune en lui imposant un devoir de mémoire récompensant son aptitude à se souvenir de ce qu’elle n’a ni vécu ni connu. Forte, alors la jeune monade s’emparant elle-même du discours récurent des générations finissantes, y trouvant de bons arguments pour éclaircir les rangs dans les monades de son âge. Dans l’espace, chaque monade prétend occuper le point donnant la meilleure image du Tout. De ce fait, elle s’enorgueilli de détenir une vérité à nulle autre pareille. Forte, alors la monade sans complaisance, car elle se dote ainsi d’une bonne raison de faire disparaître toutes les monades gâtées par diverses compromissions. Forte, ainsi celle qui non seulement ose prononcer « plus Korsaïm que moi, tu meurs », mais en plus n’hésite pas à tuer en priorité celle qui l’oserait aussi. L’unité véritable ne se gagne qu’à ce prix. Piètre monade celle qui n’en prendrait pas conscience, contre celle qui porte de tous temps cette conscience gravée au plus profond de son être. »



  • [1] Charlie Galibert, La Corse après la Corse. Barrettali, À Fior di Carta, 2017. [VOIR]
  • [2] Voir à ce propos « L’édition au clair de lune » in Isularama, 24 novembre 2010
  • [3] Figure typique du bombardier d’eau déversant des tonnes de produits retardants sur des feux dévorant des espaces sauvages : friches agricoles, maquis et forêts. [VOIR]
  • [4] Figure typique de l’extincteur portable permettant d’attaquer un feu naissant dans une cellule du monde urbain hypercloisonné. La société SICLI (secours immédiat contre l’incendie) a été créée en 1924 [VOIR].
  • [5] Faute de langage, le délire des nématodes n’a rien d’anthropologique, à l’inverse de celui de l’anthropologue fou.
  • [6] Oui ! L’auteur du présent billet ose une allusion à Deleuze et à la manière magistrale dont il a démontré en quoi le pli était l’essence même du Baroque. Aussi osera-t-il dire que deux souffles distincts plissent le drapeau : celui du vent, lorsqu’il est hissé sur sa hampe, mais aussi celui de l’âme qui, vibrante et plissée, projette sur ce morceau d’étoffe la fougue de ses vibrations et le cloisonnement d’un relief insulaire tourmenté par les plissements multiples et très accusés de ses reliefs défiant jusqu’aux plus enragées des vagues de la mer.
  • [7] Ordo Seculorum Corsicæ (1699), selon la traduction communément attribuée à Fra Luigi Natale Cacciamosca, comme le révèle le paraphe apposé au colophon : « FLNC ».
  • [8] Le terme « Korsa » restitue cette accrétion à travers trois lettres : KRS (Kof, Rèch, Shine). En premier lieu, on remarquera que, dans l’alphabet, ces trois lettres se succèdent. Elles occupent, respectivement, les 19ème, 20ème et 21ème places, marquant ainsi un profond respect de l’ordre (seder) de la création tout entière (olam), c’est-à-dire choses et signes confondus. Leur valeur symbolique est des plus éclairante, associant Kof (le partage de la connaissance et de l’amour de la vie au sein de la communauté, mais aussi le Soleil répandant sur tous sa lumière et sa chaleur équitables), Rèch (le plus haut niveau de l’intellect, celui qui donne la certitude de marcher vers la sortie du labyrinthe et d’échapper au désert) et Shine (la libre activité de la force vitale, celle qui permet de répéter ensemble, inlassablement, envers et contre toutes les vicissitudes de l'existence, les mêmes actes salvateurs et les même pas en avant).
  • [9] Lire « uLTiMu » : LTM (Lamed, Tav, Mem). Au centre, Tav, la dernière et 22ème lettre de l’alphabet. Elle s’insère entre Lamed, la 12ème et Mem, la 13ème. Tav (le terme de la révélation) sépare ou rapproche Lamed (l’étude, lieu de jonction des apprentissages et des enseignements) et Mem (le retour sur soi, qui permet de trouver au fond de son être la part la plus secrète de la révélation : celle qui concerne la mort. À l’inverse de toutes les horreurs qu’elle inspire, la mort est en vérité ce qui permet le renouvellement). C’est ainsi au fond de soi-même que l’on verra si Tov sépare Lamed et Mem comme un coin enfoncé (suggérant un coup de hache, Heth : la séparation, la frontière) entre l’étude et la révélation, ou bien s’il les rapproche et les accole comme un joint de mortier, reconstituant ainsi l’unité indissociable (Aleph) de la vie et de la mort.
  • [10] Relire, supra, la note 9.

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25/07/17

Frédérique Ettori : métamorphose de la métaphysique

COUV METAPHYSIQUE HERON

« Elle va rougir, hausser les épaules et dire que ce n’est qu’un petit livre », annonce Laurent Cachard, dans sa préface. À la journée des éditeurs, Frédérique Ettori a réalisé la prophétie du préfacier lorsque je lui ai demandé de me dire deux mots du livre qu’elle signait sous les palmiers de la Place Foch. Petit livre. Vite lu. Effectivement. J’ai compté 20 nouvelles, en mettant à part la dernière, que j’ai perçu comme une sorte de postface. Deux pages de plus consacrée à la plus récente des émotions de Frédérique : le bouclage de son premier recueil. Une inconnue ? Pas vraiment. Du moins, pour ceux qui ont remarqué la nouvelle qu’elle avait versée à Tarra d’Accolta, et qui est reprise dans sa Métaphysique du héron.

« Que ne suis-je la fougère [1] » peuvent se dire tous ceux qui ont été accueillis À Fior di Carta, quelque part parmi les quelques 107 titres produits à Barrettali, mélangeant des signatures déjà confirmées, des premières publications et quelques œuvres collectives cueillies dans des manifestations littéraires très éloignées de la littérature mondaine et de ses jeux de société.

La Métaphysique du Héron s’inscrit parfaitement dans ce que l’on pourrait appeler une littérature en sourdine où survit encore le plaisir d’écrire pour soi et pour les siens. Une manière de se garder quelques capacités de production dans un monde qui engendre massivement du consommateur, et réserve l’exercice de la chose littéraire à une cléricature bien encadrée, que toutes sortes de subterfuges permet de présenter comme une classe humaine distincte de l’humanité ordinaire.

Les prétentions à l’universalité ne sont, en effet, qu’une manière de fonder la supériorité de certains en évacuant les vieilles théologies, mais en conservant la mécanique sociale qui en résultait, qu’il s’agisse de placer au dessus du vulgum pecus des élus dotés d’un supplément d’âme ou des consacrés dotés d’un surcroît de légitimité.

C’est cette métaphysique que piétine superbement le héron, et qui sera piétinée une seconde fois lorsque la paire de Louboutin perd sa valeur de piédestal haussant qui les porte au plus près de l’Olympe, quand d’autres vaquent en espadrilles à leurs tâches domestiques. La littérature Louboutin marche toute seule. En espadrilles, c’est œuvre militante. Folle beauté des défis assumés. Reste à extraire de cette expérience collective, portée à bout de bras par Jean-Pierre Santini, ce que j’ai osé appeler « littérature en bande organisée ».


[1] Premier vers d’un poème de Charles-Henri Ribouté (1708-1740) intitulé « Tendres souhaits », mis en musique par Antoine Albanèse (1729-1800). Son thème musical est gravé dans l’oreille des quinquagénaires et des sexagénaires, s’ils se souviennent encore de la série télé « Bonne nuit les petits » (1962-1973). 

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08/07/17

Littérature et styles anthropologiques

GALIBERT

Il va de soi que dans une société de consommation pure et parfaite les bons livres sont ceux qui satisfont tous les membre d’une catégorie bien délimitée et numériquement consistante de consommateurs. On y rêve alors de livres épousant totalement les opinions déjà formées et leurs cohortes de jugements déjà énoncés. Pourquoi ne pas écrire alors un livre de dénonciation où seraient cloués au pilori tous les auteurs qui se satisfont eux-mêmes ? On l’appellerait « Anthologie du solipsisme » en s’indignant d’avoir réuni autant de textes flottant au dessus de toutes les communautés humaines sans réussir, dans les temps présents, à en accrocher aucune. Les plus beaux extraits se trouvent dans la littérature palliative que s’administrent à eux-mêmes les survivants pour se garantir une mort certes égoïste mais néanmoins digne.

Y échapperait un ouvrage donnant, outre des extraits, des conseils sur le livre le mieux assorti aux accessoires permettant de sublimer le style vestimentaire approprié à telle ou telle circonstance de la vie. C’est ce que j’appele le « livre ensemble ». À cet égard, j’ai de longue date adopté le casual chic même pour descendre la poubelle (c’est dire à quel point j’y suis addict). Bien accessorisé, ce style charme six femmes sur dix. Je garantis que l’on passe sans souci à sept avec mon « Analecta Corsicæ » à la main. Une expérience à faire d’urgence !

Par contre, je m’interroge encore sur le style vestimentaire à adopter pour sublimer – le 14 juillet, jour de sa sortie – le « Traité de savoir mourir à l’usage des survivants » de Charlie Galibert. Je retiens, provisoirement, le bermuda Chino Battle surmonté d’un tee shirt à capuche Berry Denim avec casquette Fitted Tactical Urban Digital Camo et baskets sneaker assorties, solaires ronde Lennon en sus. Raisons budgétaires, essentiellement, pour laisser un peu de place aux 20,00 € prix public hors taxes de l’opus format généreux A4 design polycop vintage à laisser dépasser de sa musette toile troupes coloniales 1,00 € au vide-grenier de Travo. Le top c’est de trouver sur la route une auto stoppeuse collège street style accent tchèque, ou mieux campus fashion tendance oldy certifiée COLT, communication opérationnelle en langue territoriale, pour la conversation.

Lui parler du livre, bien sûr. Mais simplement en rapportant ce qui s’en dit. Se montrer bien informé, et c’est dans la poche. Pas de souci. Il y a déjà de l’actu sur Facebuzz…

07/07/17

Donner sens à ses actes : travailler ou consommer ?

COUV Intelligence du travail

« Une nation
est le produit du travail accompli
par ceux qui la constituent. »
Pierre-Yves Gomez,
4ème de couverture.

Ami lecteur, si tu cherches des livres de recettes et rejettes les livres inspirés, passe ton chemin. Ami lecteur, si ta réflexion sur le travail se borne à faire faire aux autres de mieux en mieux ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse faire de temps en temps, n’ouvre pas ce livre. Surtout pas. Surtout pas toi. Mais s’il t’es arrivé, ne serait-ce qu’une fois, de te demander si ce que tu fais a du sens, comme ce que tu fais faire, ou ce que tu fais avec d’autres… alors lis Intelligence du travail.

En 21 points (ci-dessous), Pierre-Yves Gomez te rappellera, si tu ne l’as pas oublié, l’importance du travail dans ta vie. Ton travail. Celui des autres. C’est là que tu frottes ta cervelle contre celle d’autrui, comme disait le Lagarde et Michard du temps où on guidait encore les Humanités avec quelques pieux recueils de morceaux choisis. Sais-tu ce que tu fais dans ce temps-là de ta vie ?

• Tu (1) y fabriques de la vie collective.

• Tu (2) y affrontes des contraintes pour produire des choses pouvant servir aux autres.

• Tu (3) y engages ton habileté et y ressens ton utilité.

• Tu (4) y savoures le plaisir de ne pas être relégué dans le monde inepte des inaptes.

• Tu (5) y oublies, souvent, que dans ce monde parallèle, domestique et politique, un autre travail se fait, discret, gommé, impensé, sans fiches de tâches ni fiche de paye.

• Tu (6) y découvres, parfois, la contribution bénévole d’une association ou les tâches accomplies gracieusement par le client lui-même, quand il remplit les cases d’un formulaire ou les containers séparant les déchets recyclables des biodégradables, par exemple.

• Tu (7) y touches du doigt la diversité des modes de rétribution et des degrés d’autonomie, dans l’engagement des tâches et dans leur conduite, si voisines dans leurs effets et si différentes selon les statuts.

• Tu (8) y affrontes la tension constante entre ceux qui réalisent les choses et ceux qui en bénéficient, comme tu te demandes parfois qui es vraiment ce client final à satisfaire ou ce marché jugeant de manière discrétionnaire de la valeur des choses à travers le plaisir qu’on en tire plus que par le labeur qu’on y met.

• Tu (9) y entrevois alors ce qui sépare la « cité du travailleur » de la « cité du consommateur », et ce qui distingue la liberté que l’on demande ici de celle que l’on exige là.

• Tu (10) y devines que celui qui façonne a encore une tête et des mains, quand celui qui consomme pourrait n’être qu’une bouche et un anus.

• Tu (11) y constates que le discours social, autrefois porté par des militants armés de théories imprégnées de marxisme – mais aussi de la doctrine sociale de l'Eglise –, a cédé le pas à des postures décontractées, ludiques, rigolardes, portant un regard distrait et distant sur le travail, qui n’est guère plus qu’une sorte de temps mort avant le retour à la consommation.

• Tu (12) y flaires à quel point la volonté dominante de faire de tout un marché t’atomise et te coupe de ce qui te relie à la communauté de travail que forme encore l’entreprise où tu exerces tes talents ; ou à la communauté de vie que forme encore ta famille où tu t’efforces de rapporter un peu plus que du pouvoir d’achat à chacun et des capacité de consommer.

• Tu (13) y affrontes le déni de tes apports singuliers à la chose commune, puisqu’il n’y en a rien d’autre à faire que de se fondre dans une des multiples distractions de masse, qui toutes se gagnent davantage en léchant les vitrines ou les écrans, et en se retroussant les babines plutôt que les manches.

• Tu (14) y touches du doigt le rétrécissement du temps sur le court terme que l’on t’impose, et qui ne fait que traduire la recherche effrénée d’une satisfaction totale et instantanée, à travers toutes sortes d’addictions gloutonnes, aussi peu sensibles à l’épuisement des ressources qu’un drogué l’est de l’épuisement de son corps.

• Tu (15) y as aussi senti l’ambivalence du rapport aux machines, oscillant entre un regard fasciné par la puissance qu’elles délivrent, et la crainte de plier ton corps, ton intelligence et ta volonté à l’ordre qu’elles instaurent… au risque d’inverser la domination des techniques par l’homme en domination de l’homme par la technologie.

• Tu (16) y mesures aussi la distance qui, dans des réseaux planétaires, peut tout autant séparer tes actes du lieu qui les commande que de celui qui les consomme, entre la circulation des paquets de données et celle des containers de produits.

• Tu (17)  y constates aussi que les interfaces numériques les plus globales deviennent des monopoles privés dont la puissance peut dépasser celle des Etats, en fédérant les comportements grégaires au-delà de toute frontière.

• Tu (18) y détectes la figure du robot dévoreur d’emploi, mais aussi celle du réseau de micro entreprises créées, par exemple, autour d’imprimantes 3D travaillant à façon comme des intermittents de l’industrie.

• Tu (19) y décèles les limites de l’organisation rationnelle du travail appliquée par les émules de Taylor, en voyant autour de toi des jeunots inventer de nouvelles manières de travailler de concert, en passant du campus au fab lab, du labo à la start up, et de la bande de copains à la multinationale…  En remarquant dans les entreprises une tendance à l’aplatissement de la pyramide hiérarchique et au dégraissage des bureaucraties de contrôle…  Alors, tu saisis tout d’un coup que «  dans les entreprises se joue une des transformations les plus sérieuses de notre lien social. »

• Tu (20) entrevois un peu mieux, désormais, ce que recouvre la guerre que se livrent deux conceptions de la liberté, entre les tenant de la consommation sans entrave et ceux qui cherchent avant tout à rester maîtres du sens de leurs actes.

• Tu (21) jettes aux ortie tous les bavardages stériles sur l’identité nationale. Ce ne sont que des leurres évitant à la « cité de la consommation » de porter le regard sur la production de ce dont elle se gave. Mais, fais attention à une chose : cette guerre entre la « cité de la consommation » et la « cité du travail » se déroule en nous. « Deux désirs de liberté inspirent deux citoyens : l’un est fier d’exhiber tout ce qu’il peut consommer ; l’autre trouve le respect de lui-même en se sentant utile. Ce sont deux façons de vivre ensemble en jouissant du bonheur d’exister. »

[] Xavier Casanova, juillet 2017

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03/07/17

Le memento mori du Sus scrofa domesticus nustrale

COUV LA CORSE APRES LA CORSE

Ce livre [1] n’a qu’une innocence : son édition sous la forme brute d’un tapuscrit [2], ou tout au plus d’un polycop. Chez Jean-Pierre Santini, fondateur et animateur de À Fior di Carta, la publication sur coup de cœur est instantanée. Ainsi, le brut de frappe tombe-t-il parfois dans le circuit d’impression sans transiter par la « supply chain [3] » où relecteurs, correcteurs et graphistes apportent au projet la valeur ajoutée des experts habituels en charge de la police des lettres et des arts graphiques. Rural design, donc. Anti hype, aussi. Œuvre radicale et cochonne.

De toutes manières, à quoi sert-il d’encadrer sa lecture dans une trame théorique apparente servie sur vergé chiffon dans les canons d’un in quarto du temps des Humanistes ? La quête effrénée des émotions a remplacé les antiques figures fixant et nommant la diversité des positions amoureuses – éprouvées et convenues – où s’enlaçaient jadis – de A à Z, dico sensu – la raison et l’imagination. Les tropes [4]. Avec leur disparition, l’anthropologue s’efface sous un pseudonyme porcin. Et il s’en va labourer les paysages théoriques comme les cochons sauvages retournent les pelouses, défoncent les chemins, ruinent les murets et préparent à coup de groin le lessivage des sols au retour des pluies d’automne.

Si sauvage que soit le fouissage de l’humus, le parcours des deux suidés n’a rien de naturel. Il se projette, en fait, sur une cartographie délimitant cinq territoires de notre réalité augmentée [5]. Ce sont les cinq parties du livre. Nous les présenterons comme cinq domaines où nos systèmes de mesure ordinaires s’effondrent, dépassés par la démesure des phénomènes « hyper » qui nous subjuguent et submergent :

  • 1. Hyper monde.
  • 2. Hyper consumérisme.
  • 3. Hyper individualisme.
  • 4. Hyper identité.
  • 5. Hyper instantanéité (fin de l’histoire).

Fin de l’histoire. L’anthropologue se suicide. Enfin, pas vraiment. Il sus-cide : il trucide le cochon (sus scrofa domesticus) si prompt à se laisser engraisser par toutes sortes d’agrainages. Le problème, c’est qu’après lui, il n’y a plus rien. Enfin, presque. Le désir est mort. Reste l’instinct.

  • Sous presse, parution prévue fin juillet :
    Cazzettu & Muzzeta, La Corse après la Corse : traité de savoir mourir à l'usage des derniers survivants : Contre dictionnaire amoureux. Barrettali : À Fior di Carta, 2017. (Trad. du Grouiko-Corsien de la Basse Vallée de la Gravona par Charlie Galibert).

[1] Patience ! L’opus est sous presse. Il sera disponible sur la période du chassé-croisé entre juilletistes et aoûtiens. Vigilance ! C’est un tirage limité…

[2] Néologisme désignant un manuscrit composé (tappé) sur le clavier d’une machine à écrire ou d’un ordinateur.

[3] Ainsi désigne-t-on l’enchaînement des tâches, dans la gestion opérationnelle du processus de transformation d’une idée vague en produit fini apte à satisfaire les normes en vigueur et les attentes du marché.

[4] « A tropa stropia », disait Cacciamosca (référence insuffisante).

[5] Augmentée à l’ancienne, s’entend, c’est-à-dire dépliée par la raison et amplifiée par l’imagination.

 

 

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25/06/17

Signalement : une vision lumineuse

COUV ENRICHISSEMENT

La lecture de ce livre est impérative pour toutes les personnes engagées dans la réflexion sur la manière dont l’économie corse peut tirer parti du passé autrement qu’en égrenant les divers handicaps hérités de son insularité tranquille et de son histoire mouvementée. L’ouvrage ne prophétise rien : il ne fait que dégager de manière lumineuse un modèle économique qui, ces dernières années, s’est déployé de lui-même, dans toute l’Europe de l’Ouest, sans dire son nom, et sans forcément mettre en relation les diverse facettes de ses incontestables succès. Leur « critique de la marchandise » conduisent Luc Boltanski et Arnaud Esquerre à décrire et définir ce qu’ils appellent « économie de l’enrichissement ». Une vision de la richesse croisant l’économique, le culturel, l’anthropologique et le politique. Dà leghje !

Luc Boltanski, Arnaud Esquerre,
Enrichissement : une critique de la marchandise,
Paris : Gallimard, 2017. (Coll. NRF Essais).

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24/06/17

Salon du livre de Bastia : immense succès

sécurité civile

Vertu du plan rapproché : il donne de très belles photos de scène en l’absence de tout public. Pourquoi donc tenir salon dans une cour géante et surchauffée quand un studio d’enregistrement climatisé permettrait de débattre au frais et entre soi ? Pourquoi se répandre dans l’espace public et occuper la surface d’une foire aux bestiaux alors qu’on ne fait que réunir une poignée d’auteurs, chacun attirant, pour former un public, une ou deux bonnes âmes passant de temps à autre rompre l’ennui de derrière les piles de livre, surveiller les déshydratations, ou apporter d’urgence un chapeau de paille pour compenser la défaillance des parasols, si rares et si étroits ?

Alors je surveillerai la presse du lendemain et je comprendrai que je jouais sans le savoir au figurant d’une mascarade qui ne produit ses effets que le jour d’après, quand tombent dans les colonnes l’image d’une table ronde et un texte saluant l’immense succès d’une manifestation qu’il suffit de commenter d’un couplet disant le consensus portant aux nues le livre et la littérature, sa place dans les politiques culturelles, le rôle irremplaçable, généreux et impliqué du monde associatif, la valorisation incidente du patrimoine pédagogique bâti et son ouverture aux publics avides de beaux textes… en oubliant que la célébration avait hier pour cadre une cour de récréation, c’est-à-dire un espace nu, calibré pour la surveillance, sans ombre et sans recoins où abriter les transactions secrètes, et où des élèves se valorisent en exposant à heure fixe le catalogue qui les habille, tout en scrutant et commentant la panoplie de leurs codétenus.

J’avoue avoir hésité à franchir la grille lorsque j’ai découvert le cadre offert à ce salon du livre. Mais j’y suis entré, par compassion pour ceux qui y étaient déjà. Le premier vers lequel je me suis précipité m’a glissé à l’oreille, pendant que nous nous donnions l’accolade : « On s’est fait piéger. »

Alors, comme le fait la presse du lendemain lorsque la crudité des faits rapportés interdit d'en donner une image directe, où que la vespa du photographe n'a pas démarré ce jour-là, je me contenterai de faire le copier-coller d'une photo montrant une machine à écoper-répandre pour notre sécurité à tous. Imaginons, au delà de cette image, un autodafé illustré le lendemain par le plan rapproché d’un camion de pompier…

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22/06/17

Démocratiser le travail : une saine activité

COUV Démocratiser le travail

Les Editions de l’Atelier annoncent pour fin août la sortie de Démocratiser le travail : un nouveau regard sur le Lean management, un ouvrage de Michel Sailly préfacé par Laurent Berger.

Commenter sans avoir lu. – Inutile de préciser que nous n’avons pas lu le livre puisqu’il n’est pas encore sorti. Mais nous nous sommes déjà exercé par ailleurs à donner des commentaires de livres avant qu’ils ne soient disponibles : rien n’interdit, en effet, d’expliciter ce que l’on attend d’un ouvrage dont on ne connaît rien de plus que ce qu’en donne la notice qui le présente. Tous ceux qui se sont penchés sur la lecture savent bien que lire est d’autant plus profitable que cet acte est précédé d’hypothèses. La nouveauté n’est ainsi qu’un palimpseste appelé à recouvrir ce qui est déjà écrit dans la tête du lecteur, alimenté par ses quêtes personnelles et ses lectures antérieures.

Cependant…Ne sommes-nous pas, depuis plusieurs années, dans une situation où toutes les questions relatives au travail se trouvent obscurcies par les chiffres du chômage et parasitées par la question de l’emploi ? Nous sommes aussi dans une période où le Lean Management se pose en nouveau paradigme de la conduite du processus de production, désormais totalement orienté vers la recherche de la qualité totale et la satisfaction du client final.

Le Lean : un point d’entrée.Ce Lean n’est autre que la récupération, par l’industrie des USA, de la manière dont l’industrie japonaise a réussi à se relever des désastres de la Seconde Guerre mondiale, en inventant, à partir du Fordisme, une organisation du travail pour l’essentiel fondée sur la gestion des pénuries. L’industrie française s’est à son tour lancée dans la récupération du TPS, Toyota Production System, via sa récupération par le Lean, en lui donnant un blason conforme à la culture hexagonale, parlant alors de « recherche de l’excellence opérationnelle ». Cette dénomination reflète bien le poids et l’impact, dans le champ industriel de la France, des plus prestigieuses de ses écoles d’ingénieurs, ses pépinières de l’excellence.

Ingénieurs et financiers. – Or, cette récupération, conduite au plus haut niveau de la pensée industrielle, se heurte à la perte de son propre poids, devant la pensée financière. Le pouvoir s’est déplacé de la maîtrise de l’organisation des actes d’industrie, à celle des flux financiers qui les permettent et, à la fois, qu’ils induisent. Aux ingénieurs, la chaine de commandement permettant d’imaginer, construire et faire tourner le dispositif matériel. À d’autres de se propulser au dessus, dans cette sphère supérieure où on abandonne le commandement pour s’emparer de la « gouvernance ».

Philosophies comparées. – Si on verse à la philosophie du Lean la recherche effrénée et infinie de la satisfaction du client final, que verser à la philosophie de la « gouvernance » ? Peut-être l’acceptation de l’ordre qu’elle instaure, par les opinions qu’elle gouverne. Or, cette opinion est aujourd’hui si saturée par la question de l’emploi, qu’elle pourrait bien se détacher de toutes les bien vieilles préoccupations liées au travail, notamment le vieux triptyque des sociologues : les conditions de travail, la division du travail et l’organisation du travail. Notamment, aussi, les vieilles rengaines des appareils collectifs structurant le point de vue et le discours des employés, et ayant réussi à imposer, à travers un surcroît de « saines » activités déployées hors travail, un minimum de sécurité dans l’exercice du travail.

Conceptions opposées. – Présentant le livre, sa notice souligne l’opposition entre deux conceptions du Lean. L’une, centrée sur les outils du Lean, les met en œuvre dans une chasse aux gaspillages où les gains de productivité se retournent contre les opérateurs, en réduisant leur nombre et en accroissant leur charge mentale. L’autre, centrée sur l’esprit ou la philosophie du Lean, restitue aux opérateurs leur capacité à juger la portée de leurs actes, et à en débattre au sein des collectifs engagés dans l’action.

Mécaniser. – Dans le premier cas de figure, l’individu au travail reste autant mécanisé qu’il l’était depuis le Taylorisme. À juste titre, on parle simplement de changement de logiciel : les opérateurs sont guidés vers les bonne pratiques par les bons protocoles, élaborés au bon endroit, c’est-à-dire au sommet, là où s’opère une hyper concentration des rationalités valides.

Humaniser. – Dans le deuxième cas de figure, les multiples dimensions humaines de l’opérateur sont davantage reconnues, sollicitées et développées. À juste titre, on parlera alors de changement de paradigme. Qu’importe l’hyper concentration de rationalités valides en un point du collectif puisque ce qui s’additionne, dans le processus global, ce sont les rationalités effectives. Ceci ne fait qu’étendre l’idée selon laquelle la qualité finale n’est jamais plus que la plus faible qualité locale. Qu’importe la validité intrinsèque de la procédure : il n’en sera jamais retenu, localement, que ce qui s’accorde avec ce qui est déjà intériorisé. La nouveauté n’entre que si elle peut être assimilée par l’existant. Au manager de repérer la « zone proximale de développement », comme dirait Lev Vigotsky, parlant des bonnes pratiques pédagogiques.

Mettre en pratique. – Qu’ai-je fait d’autre, avant d’ouvrir le livre, que d’ouvrir une « zone proximale » sur la laquelle accrocher l’ouvrage ? Et la partager. Nous sommes en effet dans un monde où réfléchir sur le travail s’impose. Il ne faudrait pas que l’on nous serve, comme un remède à la mécanisation d’hier, un asservissement consenti à tous ces dispositifs de contrôle qui nous restituent notre individualité souveraine, quoique fortement connectée, pour n’avoir plus aucun collectif qui les dérangent.

[] Xavier Casanova

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11/06/17

Propos oisifs sous la tonnelle aux haricots

Peinture chinoise

Las de commenter en pures pertes les nouveautés des lettres insulaires, sous l’œil narquois d’une maîtresse inculte, bavarde, acariâtre, jalouse et désaxée, un vieux solitaire se plonge avec délice dans la littérature continentale. Son île n’étant jamais que la caricature de cette « Terre Ferme » qui lui donne son histoire, il décide de se projeter au loin, bien au-delà des mers qui l’enserrent et des rivages qui les bordent. Quoi de plus décalé dans l’espace et le temps que les classiques chinois ? C’est ainsi qu’il se plonge dans les catalogues à la recherche de sa distraction. Quête vague et ouverte à toutes les surprises. Ah ! Si on pouvait choisir les livres comme on choisit les chiots ! Tu veux un dominant ? Adopte celui qui, plus vif que les autres, saute du panier et se précipite à tes pieds. Un dominé ? Prend par la peau du cou celui qui, en tremblant, est allé s’aplatir derrière sa mère et poussera des petits cris plaintifs lorsque tu le serreras dans tes bras. Inutile de préciser que les livres sont inertes. Quoique… Un titre peut te sauter à la figure, s’imposer à toi, et te troubler par l’adéquation soudaine qui se forme entre ton état d’esprit, où des sentiments diffus peinent à former des mots clairs, et cette formule lapidaire qui soudain te pénètre et te submerge. Propos oisifs sous la tonnelle aux haricots

PEINTURE CHINOISE : [SOURCE]
TONNELLE CHINOISE : [SOURCE]

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04/05/17

Présidentielles, tu hésites ? Pense à la banane.

REP BANANE 2017

Tout beau, l’ami !

Si je t’ai bien entendu, tu as peur que Marine, dans son show télévisé, ait raflé des voix. Et, pour te faire peur jusqu’au bout, tu imagines – nous tombant dessus comme une déferlante – le vote massif de tous les hurluberlus qu’elle est allée chercher dans les chaumières en les regardant droit dans les yeux.

Au lieu de trembler à l'idée du vote con, choisis donc le vote contre. Contre donc le FN et verse ta voix à EM. Ni abstention, ni nul, ni blanc. C'est pas une prise de position idéologique. C'est juste de l'arithmétique électorale. Basique. 

Marine a tout intérêt à ce que ne s'expriment surtout pas les ni-ni, ceux qui sont contre les deux candidats. En effet, le score final est calculé en % sur les votes exprimés, et ses réserves de voix sont limitées. Donc, moins il y aura de votes exprimés, plus son score en % sera élevé.

Même éliminée, elle clamera que le FN est la première force d'opposition, et embrayera sur les législatives en espérant une dynamique encore plus forte que celle qui a joué aux municipales et aux territoriales.

Pour ma part, j'ai donc décidé de faire en sorte que Macron soit élu sur un score de république bananière, et de l'assumer en me faisant aussitôt peau de banane.

Que t'en semble ?

Tiens ! Bonus ! Mon échantillon représentatif de gens qui vont faire comme moi pour le vote. Pour la banane, j’ai pas encore sondé. Je sais pas trop s’il pensent à la peau ou s’ils sont prêts à se la faire mettre encore plus, façon assurance vie à 0,75 % avec ponction de 2,25 % sur tous leurs petits dépôts et 3 ans pour s’en remettre.

Ils pensent comme moi

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31/01/17

Help ! C'est quoi cette épigraphe ?

AIOHEORA

La manie des acronymes ne facilite pas la lecture ! Si quelqu’un a une idée, je suis preneur. Merci.

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Yirminadingrad 4 : l’empreinte de Jacques Mucchielli

COUV ADAR FULL BIG

Xavier Casanova. – Avec la parution de Adar, en octobre 2016, les éditions Dystopia ont publié le quatrième volume de la série déployée dans l’univers de Yirminadingrad, l’improbable cité imaginée par deux comparses en invention et en écriture, Léo Henry et Jacques Mucchielli. Si l’écriture a commencé à quatre mains, deux ont tragiquement disparu lors de cette aventure au long cours, avec le décès de Jacques Mucchielli, un certain 26 novembre 2011. Les deux premiers opus de la série étaient déjà sortis : Yama Loka Terminus et Bara Yogoï. Le troisième, Tadjélé, était déjà entre les mains de son éditeur, qui l’a publié en 2012. Au-delà des textes posthumes, Léo Henry a entretenu la flamme, aidé de brouillons, de notes et de souvenirs, pour conduire jusqu’à son terme le projet initial, aidé d’une solide équipe. Il n’est de plus bel hommage que tenir ses promesses au delà de la disparition d’un ami. Léo Henry ne s’y est pas dérobé, pas plus que son éditeur. À la veille des fêtes de fin d’année Dystopia a en effet publié, en plus des éditions courantes, un coffret (épuisé) réunissant les quatre volumes en édition “collector” reliée (disponibles). Adar est ainsi une œuvre où 12 auteurs et un illustrateur se réunissent pour poursuivre jusqu’au bout l’exploration de Yirminadingrad, cette cité imaginaire qu’un destin bien trop réel a transmuée pour eux en véritable cité fantôme autant que pour nous en vénérable ville sacrée. []

Alexandre Ducommun. – Jacques Mucchielli est mort prématurément, trop tôt sans doute pour pouvoir réaliser les promesses que la vigueur de son imagination laissait augurer. Ses textes étonnaient par leur puissance d’évocation. Or c’est cette puissance même qui fait le départ entre deux livres de science-fiction, le but étant d’évoquer un monde inouï et cohérent qui nous tombe, pour ainsi dire, sur la caboche. Un univers cohérent qui soit un lieu pour mettre en œuvre une intention politique qui pour Jacques Mucchielli est la lutte contre les forces captieuse de la fachosphère. Car c’est ici que l’auteur peut impunément projeter ses convictions. Les deux complices avaient donc comme projet de produire quatre recueils de ce qui prenait l’allure et le souffle d’une saga, et c’est pourquoi Dystopia a pris le risque de produire la quatrième partie de l’évocation de Yirminadingrad, ville de tous les possibles, ville de l’inquiétude au même titre que la ville d’Arkham pour Lovecraft, immergée au sein d’une eau saumâtre. Et miracle : la qualité d’écriture est au rendez vous et le livre, à ce niveau remarquablement homogène. Ceci sans prétention excessive. Cependant on ne saurait parler de ce livre sans mettre en avant sa qualité graphique et le travail d’édition qui a produit ce bel objet qu’on aime à feuilleter ; à prendre entre les mains doucement pour ne pas le salir ; et à ouvrir au hasard des pages. []

Yirminadingrad en 4 volumes

  1. Léo Henry, Jacques Mucchielli,
    Yama Loka Terminus, Evry : Dystopia, 2016 (nouvelle édition)
  2. Léo Henry, Jacques Mucchielli, Stéphane Perger,
    Bara Yogoï, Evry : Dystopia, 2016 (nouvelle édition)
  3. Léo Henry, Jacques Mucchielli, Stéphane Perger, Laurent Klœtzer,
    Tadélé : récits d’exil, Evry : Dystopia, 2012
  4. Collectif,
    Adar, Evry : Dystopia, 2016
Isularama : Tous les articles sur Jacques Mucchielli

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12/01/17

Ils arrivent ! Mobilisons les troupes !

ILS ARRIVENT 3 AFFICHES

À Fior di Carta ne manque ni d’audace ni d’imagination pour poursuivre la “bookmob” inaugurée par Tarra d’accolta.  Enfin, pour l’instant, parlons simplement de “netmob” puisque le livre annoncé n’est pas encore sorti. Disons plutôt le livret puisque le texte qu’il véhicule est destiné au théâtre, comme le laisse ouvertement entendre la consultation lancée sur Facebook sur le choix d'une affiche.

La salle ? – Pour l’instant, faute de pâtissiers, de pâte à choux, de chantilly et de caramel, on ne peut pas encore parler de pièce montée. Au demeurant, la cuisine éditoriale fait déjà monter la mayonnaise avec les moyens du bord, c’est-à-dire sans fouet ni cul-de-poule. Seulement de l’audace et de l’imagination, osons-nous répéter faute de déjà  répéter la pièce elle-même. Mais, nul doute que ça viendra : la balle est lancée. D’abord aux enfants de la balle et ensuite à leurs troupes.

Le thème ? – Le 1er juillet 2015, un communiqué de France 3 Corse annonce la présence d'un bateau suspect au large de nos côtes. Aussitôt, un des animateurs de la fachosphère corse sur Facebook annonce : « Il semblerait qu'ils débarquent par Bonifacio cet après-midi ». « Ils », ce sont des migrants que le navire en question transporterait. La panique s'empare alors de tous ceux, hommes et femmes, dont la parole exacerbée révèle une véritable hystérie raciste et xénophobe. On crie aux armes et à l'accueil des migrants en se postant sur les tours anciennes pour leur tirer dessus !

L’auteur ? – En fait, tous ceux qui, chauffés par le facho, se sont précipités au bureau de change pour convertir leurs petites pétoches intimes en bonnes grosses haines collectives. Tous ceux qui sont montés au créneau avec le slogan qui tue et qui pue, pour le personnaliser, le décliner, le styliser, le dramatiser, l’amplifier, l’hystériser, l’enkyster et même le fossiliser. Facebook assurant le dépôt légal de tout, du pire “like” comme du meilleur “fuck”, s’y déploient de temps à autre des sortes de chromatographies révélant le spectre hallucinant des non-dits rampant sous les moquettes, prêts à sortir la tête si l’aspirateur reste au placard. Jean-Pierre Santini a simplement fait la récolte et joué les arrangeurs, donnant les petits coups de patte permettant de verser les raclures dans un autre récipient, en y ajoutant les petits coups de plume permettant de balayer – des yeux, s’entend – les ordures, en minimisant les accidents de lecture.

L’enjeu ? – Depuis, d'autres évènements se sont succédés, qui témoignent de la progression de l'idéologie fasciste dans certaines fractions de la population insulaire. Les Corses ont le devoir de dénoncer et de combattre une telle dérive incompatible avec les valeurs fondamentales qui ont animé les luttes menées en Corse au XVIIIe siècle, et qui ne se sont jamais effacée, pas plus dans les épisodes les plus apaisés que dans les périodes les plus agitées. Que notre force morale et nos mécanismes de défense, si bien aiguisés au cours des siècles, ne se retournent pas contre nous, et qu’ils continuent à étendre leur protection à tous ceux qui voient la Corse comme un refuge plutôt que comme un appât alléchant ou une proie facile, où domicilier leurs appétits sans bornes et leurs haines sans limites. Le théâtre est le lieu idéal où projeter, contre certaine folies du temps, un discours fort, mais sans haine : le matamore n’y est-il pas devenu un personnage pathétique ?

[] Xavier Casanova

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10/01/17

Pasquale Paoli et la fille de l’aube

COUV PASCAL PAOLI DOLOVICI

Marie-Paule Dolovici est en train de réussi son pari fou : faire naître de sa fascination pour Pascal Paoli une œuvre aussi originale qu’audacieuse, inaugurant un genre nouveau entre roman historique, admirablement documenté, et romance sentimentale, indéniablement palpitante. Les passions fortes n’ayant pas de limite, Pasquale Paoli et la fille de l’aube s’annonce comme une véritable saga en trois volumes dont le premier, L’asphodèle et l’olivier, vient d’arriver sur les rayons des librairie, où il mérite – tout au moins en Corse dans un premier temps – d’être d’entrée de jeu présenté à plat, au milieu des meilleures ventes escomptées.

Soyons honnête, lorsque je dis ça, je parie du très gros en jugeant de très peu. Je n’ai pas lu davantage que le prologue et le premier chapitre. Mais rares sont les livres dont je me sente expulsé en une trentaine de page, non pas par l’ennui mais par l’impérieuse nécessité d’aller aussitôt confier mon enthousiasme à mon clavier.

Vous imaginez bien que je ne suis pas entré totalement neutre dans ce roman qui touche à une figure sacrée. Le sacre instaure avec lui la crainte du massacre, où, tout au moins de l’affadissement du héros, en osant glisser des instants de vie très ordinaire entre deux images d’épinal. La piste empruntée par Marie-Paule Dolovici, à cet égard, est imparable. Elle a avant tout exploité la correspondance de Paoli, c’est-à-dire une somme de documents distincts des déclarations publiques et des actes officiels. L’abondance et la diversité de ses lettres laisse en effet filtrer son lot de situations banales, de pensées spontanées et d’émotions natives.

Vous imaginerez, aussi, que je ne suis pas entré neutre dans ce roman, ayant eu assez récemment l’honneur et le plaisir de conduire la réédition de Ribella. Marie-Paule Dolovici y faisait ses gammes à travers un recueil de nouvelles, où émerge déjà la rencontre de son héros et de son héroïne. Dans cette œuvre première, cette rencontre est pour l’essentiel fantasmée et limitée à une nouvelle. Dans l’œuvre magistrale, point de fantasme, ni même de fantaisie. Tout reste scrupuleusement encadré par le chemin de vérité que cherchent à tracer les historiens. L’auteur le double simplement d’un chemin de véracité, permettant quelques plaisantes ondulations vagabondes. Mais, est-ce vraiment loin de ce à quoi les historiens eux-mêmes s’abandonnent lorsqu’ils caressent les hypothèses, sans pour autant donner dans le merveilleux ?    

La lecture du prologue et du premier chapitre satisfait pleinement à ce que l’on attend en premier lieu d’un roman historique : se sentir plongé dans une période révolue, dont l’auteur reconstitue l’ambiance générale, de scène en scène, de manière crédible. Ainsi en est-il de la scène où une maison se transforme en auberge pour l’accueil de la petite troupe accompagnant Paoli, fraichement débarqué. Ce que l’on en attend, aussi, c’est d’être entrainé dans une intrigue. Ici, elle se met en place dès le premier chapitre, en douceur, à travers les regards et les quelques paroles qu’échangent entre eux la toute jeune Anna et le futur Général de la nation. Intrigue sentimentale. Mais elle n’en reste pas là. Anna accomplit aussi la transformation qui la désigne comme héroïne : elle se coupe les cheveux et endosse les vêtement de son frère. Métamorphose. Elle se fait alors admettre dans l’escorte de Paoli. « Anna-morphose », dirons nous alors, pour souligner d’un jeu de mot qu’Anna est le point de vue sous lequel l’Histoire change d’aspect tout en conservant ses propriétés fondamentales.

Cette « Anna-morphose » fait de Anna un personnage de transition, qui adopte les habits masculins pour introduire sa féminité dans le monde des mâles. Elle s’offre ainsi comme fil conducteur des projections masculines tout autant que des projections féminines, par un subterfuge qui avive la circulation de ce qui circule si mal sous un joug tyrannique et à peine mieux dans les combats pour s’en libérer : le désir. Et si nous acceptions de réécrire l’histoire en ouvrant davantage les yeux sur ce flux là ?

C’est ce que tente Marie-Paule Dolovici avec son Pasquale Paoli, qui promet un ouvrage aussi historiquement succulent que le Pascal Paoli de Francesco Domenico Guerrazzi, mais sans les longueurs et les lourdeurs de ce tribun en exil, servant le Général en exemple et contre-exemple à la kyrielle de révolutions diverses et variées qui secouaient la Péninsule italienne à la fin du XIXe siècle. La Corse est aujourd’hui à un tout autre tournant et peut s’essayer à parcourir à nouveau avec fierté son passé. Sans luttes, nous ne serions pas ce que nous sommes. Sans amour, nous ne serions plus.

Dà leghje ! À deux, pour une fois.

[] Xavier Casanova, janvier 2017

Marie-Paule Dolovici,
Pasquale Paoli et la fille de l’aube :
l’asphodèle et l’olivier (volume 1),

Lormont : Le Bord de l’eau, 2017.
(Coll. Spondi).
Broché, format 140x210, 350 pages, 20,00 €.
ISBN 978-2-35687-0

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07/01/17

L’herbe du bonheur dans l’eau de la malice

COUV Herbe du bonheur

« Il faut répondre alors par une œuvre nouvelle
qui inscrive dans l’espace la passion d’être seul. »

L’ouvrage, lui, n’est pas seul. Il vient s’ajouter à une bibliographie qui en énumère déjà 28, si on écarte du décompte les œuvres collectives. Elle couvre une période de 16 ans, si on écarte du décompte Le non-lieu. Ce premier roman, paru en 1967 au Mercure de France, restera en effet sans suite pendant 33 ans.  En 2000 s’ouvre alors une période prolixe avec la publication d’un essai politique, Front de libération nationale de la Corse : de l’ombre à la lumière, publié en 2000 à l’Harmattan, suivi un an plus tard par Le froid au cœur, publié en 2001 par Lacour-Ollé.

En quatrième de couverture de ce dernier ouvrage, on lisait : « Pour Julien qui, avec d’autres, avait lutté pour une communauté de rêve, l’histoire tournait au cauchemar. Dans cette île désormais innommable, l’exil était en soi. » Second exil. Bien longtemps auparavant, Jean-Pierre Santini s’était exilé du cercle prestigieux où il avait été accueilli avec son premier roman, en s’engageant corps et âme dans l’écriture collective du nouveau destin d’une Corse se remettant en marche vers son émancipation.

Trois décennies de luttes, entachées par ces années de plomb où les boussoles s’affolent, où « l’herbe du bonheur » est submergée par « l’eau de la malice ».  Mot d’enfant. Titre d’ouvrage. Le dernier né dans ce second exil où se ressassent des histoires de plus en plus intimes et détachées de l’Histoire, qui ne transparait plus qu’à travers quelques rares allusions aux gestes militants, autrefois sûrs d’écrire la Geste de l’île. Sans rature. Sans bavure. Sans césure.

Au dessus ? – La vie. Mais « Paul avait renoncé au voyage. Il resterait là, le corps embossé comme un vaisseau dans l’anse noire de l’ultime refuge ».
Est-ce un roman ? – Non, c’est la vie. L’attente d’une « tendresse silencieuse qui rende les instants supportables. »
Est-ce un récit ? – Oui. « On peut toujours résister à l’ordre des choses en se faisant un spectacle de la vie. »
Où conduit-il ? – Nulle part. Peut-être en soi. « On ne part pas pour être ailleurs, mais pour éviter d’être encore là. »

Oui, il y a bien un récit, entre ces propos. Plusieurs récits, même. 70 récits, pour être exact. Mais il n’est pas sûr qu’ils surgissent dans l’ordre chronologique. Et si tu reprends la lecture, in extenso ou en grappillant, le temps se brouille encore plus. L’exil conduit chaque fois à faire le deuil de tant de choses…

« Les hommes sont faits pour commencer les histoires
et leur donner une suite, pas pour y mettre un terme
. »

Lis donc ! Impérativement, si tu es passé à côté des 28 ouvrages précédents. D’urgence, si tu n’en a raté aucun. 

[] Xavier Casanova

Jean-Pierre Santini,
L’herbe du bonheur dans l’eau de la malice,
Barrettali : À Fior di Carta, 2016.
Format 110x180, 104 pages, 12,00 €
ISBN979-10-95053-16-3

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06/01/17

Modernisation de la Corse au XIXe

COUV MODERNISATION CORSE

Marco Cini, qui enseigne l’histoire économique à l’Université de Pise, vient de verser à la « Bibliothèque d’histoire de la Corse » un volume consacré aux mutations majeures que connaît l’île au XIXe siècle.

Se porte ainsi sur notre histoire – comme par exception – un regard distinct du francocentrisme qui d’ordinaire la façonne. Ce regard embrasse un monde méditerranéen d’où la France n’a eu de cesse de vouloir extraire la Corse, à ses seuls profits. Ce regard est porté depuis le littoral toscan et dresse le portrait d’un archipel dont une des îles majeures s’éloigne sous l’effet d’une conjonction de facteurs économiques et politiques. Dans son ouvrage, Marco Cini s’attache essentiellement aux paramètres économiques en leur consacrant 60% des pages, réservant les 40% restant aux aspects politiques et culturels. L’ensemble donne un ouvrage apportant un éclairage précieux sur la manière dont la Corse a traversé ce XIXe siècle fortement marqué par l’avancée des sciences et de leurs applications, notamment dans la conduite des travaux agricoles et le développement de l’industrie. Pour la Corse, on peut sans risque parler de mutation, dont les traces les plus visibles aujourd’hui sont le réseau des routes insulaires ouvertes sous le Second Empire, tout autant que celui des routes maritimes où dominent depuis lors celles qui relient la Corse à Marseille, Toulon et Nice, loin devant les liaisons vers le littoral ligure ou toscan.

L’ouvrage – qui sans conteste fera référence – n’intéressera pas que les économistes et les historiens. Toute histoire, même économique, est avant tout une histoire humaine. À cet égard, Marco Cini offre un tableau très documenté des flux migratoires entre la Corse et la Toscane, liant les faiblesses démographiques de l’île et les surplus de main d’œuvre, durables ou saisonniers, propres aux montagnes dominant le littoral toscan. Dans sa seconde partie, il consacre un chapitre aux proscrits et réfugiés passés de la Péninsule à la Corse au cours des soubresauts politiques du Risorgimento. Bastia est alors observé depuis les états italiens. Ces derniers suivent avec intérêt les mutations en cours dans une bourgeoisie d’abord dressée contre les Bourbon puis les Orléans, mais qui par la suite accueillera favorablement la IIIe République et le Second Empire, prenant alors durablement ses distances à l’égard de la Péninsule et de la difficile constitution de son unité politique. Un long développement est consacré aux lois douanières, qui annihilent tous les résultats obtenus dans les domaines agricoles et industriels, en maintenant la Corse dans un commerce inégal jusqu’en 1912.

Au premier regard, l’ouvrage a toutes les apparences d’un livre universitaire austère, avec ses 539 notes de bas de pages. Au demeurant, cette impression s’efface dès que l’on entre dans le texte, admirablement servis sous une traduction aussi fluide qu’élégante. C’est dommage, à cet égard, que certains de nos universitaire se privent – dès lors qu’ils écrivent directement en français – du lissage qu’apporterait à leurs texte leur traduction s’ils pouvaient la confier à un expert partageant les qualités du traducteur de :

Marco Cini,
Modernisation de la Corse au XIXe siècle :
économie, politique, identité,
Ajaccio : Albiana, 2016.
Coll. Bibliothèque d’histoire de la Corse.
Trad. de l’italien par Petr’Antò Scolca.
Broché, 226 pages, 16,00 €
ISBN 978-2-8241-0791-2

Petr’Antò Scolca
est par ailleurs le traducteur de
Francesco Domenico Guerrazzi :
– La Tour de Nonza,
– Pasquale Paoli ou la déroute de Ponte Novu.

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01/01/17

Criazione di cappu d'annu : u garbu è la manera

CAPPU D’ANNU MMXVII

Sia dolce l'annu novu.

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Criazione di cappu d'annu : laziu è risa

# AUGURI 2017

Dolce sia l'annu novu.

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31/12/16

Chjudemu l'una pè spalancà l'altra

DEMUCI A PENA D’ARIA

Demuci à pena d’aria.

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23/12/16

Oïkos, un polar attique et atypique

COUV OÏKOS MOSAIC

Oïkos est le cinquième polar versé par Jean-Louis Tourné à la Nera d’Albiana [•], une collection née en 2004 et s’approchant désormais de la quarantaine de titres. Comme dans L’Or est un poison, l’intrigue a pour cadre la Grèce, et remet en scène le même narrateur et son acolyte, Ploutarchos. À leur côté, apparaît Aphrodite, une jeune et belle chanteuse. Ce trio, éperdument complice et amoureux, entre en scène, marchant vers une maison, un manoir, un oïkos, vers lequel ils se dirigent en prestataires de services.

Cet oïkos est un univers à part, féodal et suffisant, où le palais vit des rentes tirées sur son domaine, sur ses dépendances et sur sa cohorte de serviteurs. Cet oïkos est aussi un théâtre immense et sans gradins où gens du même monde s’offrent aux uns aux autres de somptueuses réceptions, où se donne sans réserve le spectacle outrecuidant de leur toute puissance, de leur capacité à vivre comme des dieux, au dessus des contingences ordinaires des simples mortels.

Cet oïkos prend la parole, dit et répète : « Je suis la maison. Je suis celle que chacun convoite. » Au début du livre, de brefs chapitres interrompent ainsi le fil du récit pour évoquer sur un autre ton – lyrique, sibyllin et tourmenté – ce que chacun a sur le cœur, plus haut ou plus profond que les péripéties qui s’accumulent à la surface des choses. À travers l’enquête, la narration va bien les réduire à un ordre logique : des causes et des effets, des crimes et des coupables. Saurait-elle en dévider le fil dramatique ? Un fil infiniment plus long, plus durable et plus coriace que les petits segments disséqués par la raison : la convoitise. Sempiternelle. Insatiable. Vampirique.

Le trio apaise cette source de discorde en partageant entre eux affection et plaisir. Le monde clinquant dans lequel ils pénètrent l’exacerbe en appétits sans limites et rivalités sans mesures. Les trois amoureux projettent sur ce monde leurs regards saltimbanques et désabusés d’artistes et de fonctionnaires, membres d’une classe moyenne impuissante à opposer à cette démesure un juste milieu fondé sur les harmonies de l’art, les rigueurs de la raison et la vérité des sentiments.

Plus que la maison, l’oïkos désignait jadis la maisonnée, le lieu où des individus se groupent pour produire, accumuler et partager les ressources d’un domaine. L’oïkonomia désignait alors – avant de se dévoyer en doxa frelatée – l’art de gérer cet ensemble de biens et de personnes, d’y faire naître, entre les rivalités, un juste milieu, un intérêt commun. « Mais, déjà, ce n’est plus notre histoire. Notre histoire à nous, recommence avec ses nuits douces et ses caresses. » Repli sur cet improbable équilibre entre les doubles – Ploutarchos et le narrateur – dont Aphrodite est le fléau.

Ça se lit comme un bon polar, mais les ficelles du genre y déroulent une pelote aux parfums de tragédie antique, comme s’il était aujourd’hui suicidaire d’évoquer ouvertement les puanteurs glaçantes du présent. Cristallin, donc, mais biréfringent. Dà leghje !

[] Xavier Casanova

Jean-Louis Tourné, Oïkos,
Ajaccio : Albiana, 2016. (Coll. Nera)
Broché, 144 pages, 14,00 €
ISBN 9782824107370


[•]
Du même auteur, dans la même collection : 
– L’or est un poison, 2013.
– Jeux de vilains, 2010.
– Noire Formose, 2009.
– Les saints et les morts
, 2008.

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