Isularama

25/06/17

Signalement : une vision lumineuse

COUV ENRICHISSEMENT

La lecture de ce livre est impérative pour toutes les personnes engagées dans la réflexion sur la manière dont l’économie corse peut tirer parti du passé autrement qu’en égrenant les divers handicaps hérités de son insularité tranquille et de son histoire mouvementée. L’ouvrage ne prophétise rien : il ne fait que dégager de manière lumineuse un modèle économique qui, ces dernières années, s’est déployé de lui-même, dans toute l’Europe de l’Ouest, sans dire son nom, et sans forcément mettre en relation les diverse facettes de ses incontestables succès. Leur « critique de la marchandise » conduisent Luc Boltanski et Arnaud Esquerre à décrire et définir ce qu’ils appellent « économie de l’enrichissement ». Une vision de la richesse croisant l’économique, le culturel, l’anthropologique et le politique. Dà leghje !

Luc Boltanski, Arnaud Esquerre,
Enrichissement : une critique de la marchandise,
Paris : Gallimard, 2017. (Coll. NRF Essais).

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24/06/17

Salon du livre de Bastia : immense succès

sécurité civile

Vertu du plan rapproché : il donne de très belles photos de scène en l’absence de tout public. Pourquoi donc tenir salon dans une cour géante et surchauffée quand un studio d’enregistrement climatisé permettrait de débattre au frais et entre soi ? Pourquoi se répandre dans l’espace public et occuper la surface d’une foire aux bestiaux alors qu’on ne fait que réunir une poignée d’auteurs, chacun attirant, pour former un public, une ou deux bonnes âmes passant de temps à autre rompre l’ennui de derrière les piles de livre, surveiller les déshydratations, ou apporter d’urgence un chapeau de paille pour compenser la défaillance des parasols, si rares et si étroits ?

Alors je surveillerai la presse du lendemain et je comprendrai que je jouais sans le savoir au figurant d’une mascarade qui ne produit ses effets que le jour d’après, quand tombent dans les colonnes l’image d’une table ronde et un texte saluant l’immense succès d’une manifestation qu’il suffit de commenter d’un couplet disant le consensus portant aux nues le livre et la littérature, sa place dans les politiques culturelles, le rôle irremplaçable, généreux et impliqué du monde associatif, la valorisation incidente du patrimoine pédagogique bâti et son ouverture aux publics avides de beaux textes… en oubliant que la célébration avait hier pour cadre une cour de récréation, c’est-à-dire un espace nu, calibré pour la surveillance, sans ombre et sans recoins où abriter les transactions secrètes, et où des élèves se valorisent en exposant à heure fixe le catalogue qui les habille, tout en scrutant et commentant la panoplie de leurs codétenus.

J’avoue avoir hésité à franchir la grille lorsque j’ai découvert le cadre offert à ce salon du livre. Mais j’y suis entré, par compassion pour ceux qui y étaient déjà. Le premier vers lequel je me suis précipité m’a glissé à l’oreille, pendant que nous nous donnions l’accolade : « On s’est fait piéger. »

Alors, comme le fait la presse du lendemain lorsque la crudité des faits rapportés interdit d'en donner une image directe, où que la vespa du photographe n'a pas démarré ce jour-là, je me contenterai de faire le copier-coller d'une photo montrant une machine à écoper-répandre pour notre sécurité à tous. Imaginons, au delà de cette image, un autodafé illustré le lendemain par le plan rapproché d’un camion de pompier…

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22/06/17

Démocratiser le travail : une saine activité

COUV Démocratiser le travail

Les Editions de l’Atelier annoncent pour fin août la sortie de Démocratiser le travail : un nouveau regard sur le Lean management, un ouvrage de Michel Sailly préfacé par Laurent Berger.

Commenter sans avoir lu. – Inutile de préciser que nous n’avons pas lu le livre puisqu’il n’est pas encore sorti. Mais nous nous sommes déjà exercé par ailleurs à donner des commentaires de livres avant qu’ils ne soient disponibles : rien n’interdit, en effet, d’expliciter ce que l’on attend d’un ouvrage dont on ne connaît rien de plus que ce qu’en donne la notice qui le présente. Tous ceux qui se sont penchés sur la lecture savent bien que lire est d’autant plus profitable que cet acte est précédé d’hypothèses. La nouveauté n’est ainsi qu’un palimpseste appelé à recouvrir ce qui est déjà écrit dans la tête du lecteur, alimenté par ses quêtes personnelles et ses lectures antérieures.

Cependant…Ne sommes-nous pas, depuis plusieurs années, dans une situation où toutes les questions relatives au travail se trouvent obscurcies par les chiffres du chômage et parasitées par la question de l’emploi ? Nous sommes aussi dans une période où le Lean Management se pose en nouveau paradigme de la conduite du processus de production, désormais totalement orienté vers la recherche de la qualité totale et la satisfaction du client final.

Le Lean : un point d’entrée.Ce Lean n’est autre que la récupération, par l’industrie des USA, de la manière dont l’industrie japonaise a réussi à se relever des désastres de la Seconde Guerre mondiale, en inventant, à partir du Fordisme, une organisation du travail pour l’essentiel fondée sur la gestion des pénuries. L’industrie française s’est à son tour lancée dans la récupération du TPS, Toyota Production System, via sa récupération par le Lean, en lui donnant un blason conforme à la culture hexagonale, parlant alors de « recherche de l’excellence opérationnelle ». Cette dénomination reflète bien le poids et l’impact, dans le champ industriel de la France, des plus prestigieuses de ses écoles d’ingénieurs, ses pépinières de l’excellence.

Ingénieurs et financiers. – Or, cette récupération, conduite au plus haut niveau de la pensée industrielle, se heurte à la perte de son propre poids, devant la pensée financière. Le pouvoir s’est déplacé de la maîtrise de l’organisation des actes d’industrie, à celle des flux financiers qui les permettent et, à la fois, qu’ils induisent. Aux ingénieurs, la chaine de commandement permettant d’imaginer, construire et faire tourner le dispositif matériel. À d’autres de se propulser au dessus, dans cette sphère supérieure où on abandonne le commandement pour s’emparer de la « gouvernance ».

Philosophies comparées. – Si on verse à la philosophie du Lean la recherche effrénée et infinie de la satisfaction du client final, que verser à la philosophie de la « gouvernance » ? Peut-être l’acceptation de l’ordre qu’elle instaure, par les opinions qu’elle gouverne. Or, cette opinion est aujourd’hui si saturée par la question de l’emploi, qu’elle pourrait bien se détacher de toutes les bien vieilles préoccupations liées au travail, notamment le vieux triptyque des sociologues : les conditions de travail, la division du travail et l’organisation du travail. Notamment, aussi, les vieilles rengaines des appareils collectifs structurant le point de vue et le discours des employés, et ayant réussi à imposer, à travers un surcroît de « saines » activités déployées hors travail, un minimum de sécurité dans l’exercice du travail.

Conceptions opposées. – Présentant le livre, sa notice souligne l’opposition entre deux conceptions du Lean. L’une, centrée sur les outils du Lean, les met en œuvre dans une chasse aux gaspillages où les gains de productivité se retournent contre les opérateurs, en réduisant leur nombre et en accroissant leur charge mentale. L’autre, centrée sur l’esprit ou la philosophie du Lean, restitue aux opérateurs leur capacité à juger la portée de leurs actes, et à en débattre au sein des collectifs engagés dans l’action.

Mécaniser. – Dans le premier cas de figure, l’individu au travail reste autant mécanisé qu’il l’était depuis le Taylorisme. À juste titre, on parle simplement de changement de logiciel : les opérateurs sont guidés vers les bonne pratiques par les bons protocoles, élaborés au bon endroit, c’est-à-dire au sommet, là où s’opère une hyper concentration des rationalités valides.

Humaniser. – Dans le deuxième cas de figure, les multiples dimensions humaines de l’opérateur sont davantage reconnues, sollicitées et développées. À juste titre, on parlera alors de changement de paradigme. Qu’importe l’hyper concentration de rationalités valides en un point du collectif puisque ce qui s’additionne, dans le processus global, ce sont les rationalités effectives. Ceci ne fait qu’étendre l’idée selon laquelle la qualité finale n’est jamais plus que la plus faible qualité locale. Qu’importe la validité intrinsèque de la procédure : il n’en sera jamais retenu, localement, que ce qui s’accorde avec ce qui est déjà intériorisé. La nouveauté n’entre que si elle peut être assimilée par l’existant. Au manager de repérer la « zone proximale de développement », comme dirait Lev Vigotsky, parlant des bonnes pratiques pédagogiques.

Mettre en pratique. – Qu’ai-je fait d’autre, avant d’ouvrir le livre, que d’ouvrir une « zone proximale » sur la laquelle accrocher l’ouvrage ? Et la partager. Nous sommes en effet dans un monde où réfléchir sur le travail s’impose. Il ne faudrait pas que l’on nous serve, comme un remède à la mécanisation d’hier, un asservissement consenti à tous ces dispositifs de contrôle qui nous restituent notre individualité souveraine, quoique fortement connectée, pour n’avoir plus aucun collectif qui les dérangent.

[] Xavier Casanova

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11/06/17

Propos oisifs sous la tonnelle aux haricots

Peinture chinoise

Las de commenter en pures pertes les nouveautés des lettres insulaires, sous l’œil narquois d’une maîtresse inculte, bavarde, acariâtre, jalouse et désaxée, un vieux solitaire se plonge avec délice dans la littérature continentale. Son île n’étant jamais que la caricature de cette « Terre Ferme » qui lui donne son histoire, il décide de se projeter au loin, bien au-delà des mers qui l’enserrent et des rivages qui les bordent. Quoi de plus décalé dans l’espace et le temps que les classiques chinois ? C’est ainsi qu’il se plonge dans les catalogues à la recherche de sa distraction. Quête vague et ouverte à toutes les surprises. Ah ! Si on pouvait choisir les livres comme on choisit les chiots ! Tu veux un dominant ? Adopte celui qui, plus vif que les autres, saute du panier et se précipite à tes pieds. Un dominé ? Prend par la peau du cou celui qui, en tremblant, est allé s’aplatir derrière sa mère et poussera des petits cris plaintifs lorsque tu le serreras dans tes bras. Inutile de préciser que les livres sont inertes. Quoique… Un titre peut te sauter à la figure, s’imposer à toi, et te troubler par l’adéquation soudaine qui se forme entre ton état d’esprit, où des sentiments diffus peinent à former des mots clairs, et cette formule lapidaire qui soudain te pénètre et te submerge. Propos oisifs sous la tonnelle aux haricots

PEINTURE CHINOISE : [SOURCE]
TONNELLE CHINOISE : [SOURCE]

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04/05/17

Présidentielles, tu hésites ? Pense à la banane.

REP BANANE 2017

Tout beau, l’ami !

Si je t’ai bien entendu, tu as peur que Marine, dans son show télévisé, ait raflé des voix. Et, pour te faire peur jusqu’au bout, tu imagines – nous tombant dessus comme une déferlante – le vote massif de tous les hurluberlus qu’elle est allée chercher dans les chaumières en les regardant droit dans les yeux.

Au lieu de trembler à l'idée du vote con, choisis donc le vote contre. Contre donc le FN et verse ta voix à EM. Ni abstention, ni nul, ni blanc. C'est pas une prise de position idéologique. C'est juste de l'arithmétique électorale. Basique. 

Marine a tout intérêt à ce que ne s'expriment surtout pas les ni-ni, ceux qui sont contre les deux candidats. En effet, le score final est calculé en % sur les votes exprimés, et ses réserves de voix sont limitées. Donc, moins il y aura de votes exprimés, plus son score en % sera élevé.

Même éliminée, elle clamera que le FN est la première force d'opposition, et embrayera sur les législatives en espérant une dynamique encore plus forte que celle qui a joué aux municipales et aux territoriales.

Pour ma part, j'ai donc décidé de faire en sorte que Macron soit élu sur un score de république bananière, et de l'assumer en me faisant aussitôt peau de banane.

Que t'en semble ?

Tiens ! Bonus ! Mon échantillon représentatif de gens qui vont faire comme moi pour le vote. Pour la banane, j’ai pas encore sondé. Je sais pas trop s’il pensent à la peau ou s’ils sont prêts à se la faire mettre encore plus, façon assurance vie à 0,75 % avec ponction de 2,25 % sur tous leurs petits dépôts et 3 ans pour s’en remettre.

Ils pensent comme moi

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31/01/17

Help ! C'est quoi cette épigraphe ?

AIOHEORA

La manie des acronymes ne facilite pas la lecture ! Si quelqu’un a une idée, je suis preneur. Merci.

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Yirminadingrad 4 : l’empreinte de Jacques Mucchielli

COUV ADAR FULL BIG

Xavier Casanova. – Avec la parution de Adar, en octobre 2016, les éditions Dystopia ont publié le quatrième volume de la série déployée dans l’univers de Yirminadingrad, l’improbable cité imaginée par deux comparses en invention et en écriture, Léo Henry et Jacques Mucchielli. Si l’écriture a commencé à quatre mains, deux ont tragiquement disparu lors de cette aventure au long cours, avec le décès de Jacques Mucchielli, un certain 26 novembre 2011. Les deux premiers opus de la série étaient déjà sortis : Yama Loka Terminus et Bara Yogoï. Le troisième, Tadjélé, était déjà entre les mains de son éditeur, qui l’a publié en 2012. Au-delà des textes posthumes, Léo Henry a entretenu la flamme, aidé de brouillons, de notes et de souvenirs, pour conduire jusqu’à son terme le projet initial, aidé d’une solide équipe. Il n’est de plus bel hommage que tenir ses promesses au delà de la disparition d’un ami. Léo Henry ne s’y est pas dérobé, pas plus que son éditeur. À la veille des fêtes de fin d’année Dystopia a en effet publié, en plus des éditions courantes, un coffret (épuisé) réunissant les quatre volumes en édition “collector” reliée (disponibles). Adar est ainsi une œuvre où 12 auteurs et un illustrateur se réunissent pour poursuivre jusqu’au bout l’exploration de Yirminadingrad, cette cité imaginaire qu’un destin bien trop réel a transmuée pour eux en véritable cité fantôme autant que pour nous en vénérable ville sacrée. []

Alexandre Ducommun. – Jacques Mucchielli est mort prématurément, trop tôt sans doute pour pouvoir réaliser les promesses que la vigueur de son imagination laissait augurer. Ses textes étonnaient par leur puissance d’évocation. Or c’est cette puissance même qui fait le départ entre deux livres de science-fiction, le but étant d’évoquer un monde inouï et cohérent qui nous tombe, pour ainsi dire, sur la caboche. Un univers cohérent qui soit un lieu pour mettre en œuvre une intention politique qui pour Jacques Mucchielli est la lutte contre les forces captieuse de la fachosphère. Car c’est ici que l’auteur peut impunément projeter ses convictions. Les deux complices avaient donc comme projet de produire quatre recueils de ce qui prenait l’allure et le souffle d’une saga, et c’est pourquoi Dystopia a pris le risque de produire la quatrième partie de l’évocation de Yirminadingrad, ville de tous les possibles, ville de l’inquiétude au même titre que la ville d’Arkham pour Lovecraft, immergée au sein d’une eau saumâtre. Et miracle : la qualité d’écriture est au rendez vous et le livre, à ce niveau remarquablement homogène. Ceci sans prétention excessive. Cependant on ne saurait parler de ce livre sans mettre en avant sa qualité graphique et le travail d’édition qui a produit ce bel objet qu’on aime à feuilleter ; à prendre entre les mains doucement pour ne pas le salir ; et à ouvrir au hasard des pages. []

Yirminadingrad en 4 volumes

  1. Léo Henry, Jacques Mucchielli,
    Yama Loka Terminus, Evry : Dystopia, 2016 (nouvelle édition)
  2. Léo Henry, Jacques Mucchielli, Stéphane Perger,
    Bara Yogoï, Evry : Dystopia, 2016 (nouvelle édition)
  3. Léo Henry, Jacques Mucchielli, Stéphane Perger, Laurent Klœtzer,
    Tadélé : récits d’exil, Evry : Dystopia, 2012
  4. Collectif,
    Adar, Evry : Dystopia, 2016
Isularama : Tous les articles sur Jacques Mucchielli

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12/01/17

Ils arrivent ! Mobilisons les troupes !

ILS ARRIVENT 3 AFFICHES

À Fior di Carta ne manque ni d’audace ni d’imagination pour poursuivre la “bookmob” inaugurée par Tarra d’accolta.  Enfin, pour l’instant, parlons simplement de “netmob” puisque le livre annoncé n’est pas encore sorti. Disons plutôt le livret puisque le texte qu’il véhicule est destiné au théâtre, comme le laisse ouvertement entendre la consultation lancée sur Facebook sur le choix d'une affiche.

La salle ? – Pour l’instant, faute de pâtissiers, de pâte à choux, de chantilly et de caramel, on ne peut pas encore parler de pièce montée. Au demeurant, la cuisine éditoriale fait déjà monter la mayonnaise avec les moyens du bord, c’est-à-dire sans fouet ni cul-de-poule. Seulement de l’audace et de l’imagination, osons-nous répéter faute de déjà  répéter la pièce elle-même. Mais, nul doute que ça viendra : la balle est lancée. D’abord aux enfants de la balle et ensuite à leurs troupes.

Le thème ? – Le 1er juillet 2015, un communiqué de France 3 Corse annonce la présence d'un bateau suspect au large de nos côtes. Aussitôt, un des animateurs de la fachosphère corse sur Facebook annonce : « Il semblerait qu'ils débarquent par Bonifacio cet après-midi ». « Ils », ce sont des migrants que le navire en question transporterait. La panique s'empare alors de tous ceux, hommes et femmes, dont la parole exacerbée révèle une véritable hystérie raciste et xénophobe. On crie aux armes et à l'accueil des migrants en se postant sur les tours anciennes pour leur tirer dessus !

L’auteur ? – En fait, tous ceux qui, chauffés par le facho, se sont précipités au bureau de change pour convertir leurs petites pétoches intimes en bonnes grosses haines collectives. Tous ceux qui sont montés au créneau avec le slogan qui tue et qui pue, pour le personnaliser, le décliner, le styliser, le dramatiser, l’amplifier, l’hystériser, l’enkyster et même le fossiliser. Facebook assurant le dépôt légal de tout, du pire “like” comme du meilleur “fuck”, s’y déploient de temps à autre des sortes de chromatographies révélant le spectre hallucinant des non-dits rampant sous les moquettes, prêts à sortir la tête si l’aspirateur reste au placard. Jean-Pierre Santini a simplement fait la récolte et joué les arrangeurs, donnant les petits coups de patte permettant de verser les raclures dans un autre récipient, en y ajoutant les petits coups de plume permettant de balayer – des yeux, s’entend – les ordures, en minimisant les accidents de lecture.

L’enjeu ? – Depuis, d'autres évènements se sont succédés, qui témoignent de la progression de l'idéologie fasciste dans certaines fractions de la population insulaire. Les Corses ont le devoir de dénoncer et de combattre une telle dérive incompatible avec les valeurs fondamentales qui ont animé les luttes menées en Corse au XVIIIe siècle, et qui ne se sont jamais effacée, pas plus dans les épisodes les plus apaisés que dans les périodes les plus agitées. Que notre force morale et nos mécanismes de défense, si bien aiguisés au cours des siècles, ne se retournent pas contre nous, et qu’ils continuent à étendre leur protection à tous ceux qui voient la Corse comme un refuge plutôt que comme un appât alléchant ou une proie facile, où domicilier leurs appétits sans bornes et leurs haines sans limites. Le théâtre est le lieu idéal où projeter, contre certaine folies du temps, un discours fort, mais sans haine : le matamore n’y est-il pas devenu un personnage pathétique ?

[] Xavier Casanova

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10/01/17

Pasquale Paoli et la fille de l’aube

COUV PASCAL PAOLI DOLOVICI

Marie-Paule Dolovici est en train de réussi son pari fou : faire naître de sa fascination pour Pascal Paoli une œuvre aussi originale qu’audacieuse, inaugurant un genre nouveau entre roman historique, admirablement documenté, et romance sentimentale, indéniablement palpitante. Les passions fortes n’ayant pas de limite, Pasquale Paoli et la fille de l’aube s’annonce comme une véritable saga en trois volumes dont le premier, L’asphodèle et l’olivier, vient d’arriver sur les rayons des librairie, où il mérite – tout au moins en Corse dans un premier temps – d’être d’entrée de jeu présenté à plat, au milieu des meilleures ventes escomptées.

Soyons honnête, lorsque je dis ça, je parie du très gros en jugeant de très peu. Je n’ai pas lu davantage que le prologue et le premier chapitre. Mais rares sont les livres dont je me sente expulsé en une trentaine de page, non pas par l’ennui mais par l’impérieuse nécessité d’aller aussitôt confier mon enthousiasme à mon clavier.

Vous imaginez bien que je ne suis pas entré totalement neutre dans ce roman qui touche à une figure sacrée. Le sacre instaure avec lui la crainte du massacre, où, tout au moins de l’affadissement du héros, en osant glisser des instants de vie très ordinaire entre deux images d’épinal. La piste empruntée par Marie-Paule Dolovici, à cet égard, est imparable. Elle a avant tout exploité la correspondance de Paoli, c’est-à-dire une somme de documents distincts des déclarations publiques et des actes officiels. L’abondance et la diversité de ses lettres laisse en effet filtrer son lot de situations banales, de pensées spontanées et d’émotions natives.

Vous imaginerez, aussi, que je ne suis pas entré neutre dans ce roman, ayant eu assez récemment l’honneur et le plaisir de conduire la réédition de Ribella. Marie-Paule Dolovici y faisait ses gammes à travers un recueil de nouvelles, où émerge déjà la rencontre de son héros et de son héroïne. Dans cette œuvre première, cette rencontre est pour l’essentiel fantasmée et limitée à une nouvelle. Dans l’œuvre magistrale, point de fantasme, ni même de fantaisie. Tout reste scrupuleusement encadré par le chemin de vérité que cherchent à tracer les historiens. L’auteur le double simplement d’un chemin de véracité, permettant quelques plaisantes ondulations vagabondes. Mais, est-ce vraiment loin de ce à quoi les historiens eux-mêmes s’abandonnent lorsqu’ils caressent les hypothèses, sans pour autant donner dans le merveilleux ?    

La lecture du prologue et du premier chapitre satisfait pleinement à ce que l’on attend en premier lieu d’un roman historique : se sentir plongé dans une période révolue, dont l’auteur reconstitue l’ambiance générale, de scène en scène, de manière crédible. Ainsi en est-il de la scène où une maison se transforme en auberge pour l’accueil de la petite troupe accompagnant Paoli, fraichement débarqué. Ce que l’on en attend, aussi, c’est d’être entrainé dans une intrigue. Ici, elle se met en place dès le premier chapitre, en douceur, à travers les regards et les quelques paroles qu’échangent entre eux la toute jeune Anna et le futur Général de la nation. Intrigue sentimentale. Mais elle n’en reste pas là. Anna accomplit aussi la transformation qui la désigne comme héroïne : elle se coupe les cheveux et endosse les vêtement de son frère. Métamorphose. Elle se fait alors admettre dans l’escorte de Paoli. « Anna-morphose », dirons nous alors, pour souligner d’un jeu de mot qu’Anna est le point de vue sous lequel l’Histoire change d’aspect tout en conservant ses propriétés fondamentales.

Cette « Anna-morphose » fait de Anna un personnage de transition, qui adopte les habits masculins pour introduire sa féminité dans le monde des mâles. Elle s’offre ainsi comme fil conducteur des projections masculines tout autant que des projections féminines, par un subterfuge qui avive la circulation de ce qui circule si mal sous un joug tyrannique et à peine mieux dans les combats pour s’en libérer : le désir. Et si nous acceptions de réécrire l’histoire en ouvrant davantage les yeux sur ce flux là ?

C’est ce que tente Marie-Paule Dolovici avec son Pasquale Paoli, qui promet un ouvrage aussi historiquement succulent que le Pascal Paoli de Francesco Domenico Guerrazzi, mais sans les longueurs et les lourdeurs de ce tribun en exil, servant le Général en exemple et contre-exemple à la kyrielle de révolutions diverses et variées qui secouaient la Péninsule italienne à la fin du XIXe siècle. La Corse est aujourd’hui à un tout autre tournant et peut s’essayer à parcourir à nouveau avec fierté son passé. Sans luttes, nous ne serions pas ce que nous sommes. Sans amour, nous ne serions plus.

Dà leghje ! À deux, pour une fois.

[] Xavier Casanova, janvier 2017

Marie-Paule Dolovici,
Pasquale Paoli et la fille de l’aube :
l’asphodèle et l’olivier (volume 1),

Lormont : Le Bord de l’eau, 2017.
(Coll. Spondi).
Broché, format 140x210, 350 pages, 20,00 €.
ISBN 978-2-35687-0

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07/01/17

L’herbe du bonheur dans l’eau de la malice

COUV Herbe du bonheur

« Il faut répondre alors par une œuvre nouvelle
qui inscrive dans l’espace la passion d’être seul. »

L’ouvrage, lui, n’est pas seul. Il vient s’ajouter à une bibliographie qui en énumère déjà 28, si on écarte du décompte les œuvres collectives. Elle couvre une période de 16 ans, si on écarte du décompte Le non-lieu. Ce premier roman, paru en 1967 au Mercure de France, restera en effet sans suite pendant 33 ans.  En 2000 s’ouvre alors une période prolixe avec la publication d’un essai politique, Front de libération nationale de la Corse : de l’ombre à la lumière, publié en 2000 à l’Harmattan, suivi un an plus tard par Le froid au cœur, publié en 2001 par Lacour-Ollé.

En quatrième de couverture de ce dernier ouvrage, on lisait : « Pour Julien qui, avec d’autres, avait lutté pour une communauté de rêve, l’histoire tournait au cauchemar. Dans cette île désormais innommable, l’exil était en soi. » Second exil. Bien longtemps auparavant, Jean-Pierre Santini s’était exilé du cercle prestigieux où il avait été accueilli avec son premier roman, en s’engageant corps et âme dans l’écriture collective du nouveau destin d’une Corse se remettant en marche vers son émancipation.

Trois décennies de luttes, entachées par ces années de plomb où les boussoles s’affolent, où « l’herbe du bonheur » est submergée par « l’eau de la malice ».  Mot d’enfant. Titre d’ouvrage. Le dernier né dans ce second exil où se ressassent des histoires de plus en plus intimes et détachées de l’Histoire, qui ne transparait plus qu’à travers quelques rares allusions aux gestes militants, autrefois sûrs d’écrire la Geste de l’île. Sans rature. Sans bavure. Sans césure.

Au dessus ? – La vie. Mais « Paul avait renoncé au voyage. Il resterait là, le corps embossé comme un vaisseau dans l’anse noire de l’ultime refuge ».
Est-ce un roman ? – Non, c’est la vie. L’attente d’une « tendresse silencieuse qui rende les instants supportables. »
Est-ce un récit ? – Oui. « On peut toujours résister à l’ordre des choses en se faisant un spectacle de la vie. »
Où conduit-il ? – Nulle part. Peut-être en soi. « On ne part pas pour être ailleurs, mais pour éviter d’être encore là. »

Oui, il y a bien un récit, entre ces propos. Plusieurs récits, même. 70 récits, pour être exact. Mais il n’est pas sûr qu’ils surgissent dans l’ordre chronologique. Et si tu reprends la lecture, in extenso ou en grappillant, le temps se brouille encore plus. L’exil conduit chaque fois à faire le deuil de tant de choses…

« Les hommes sont faits pour commencer les histoires
et leur donner une suite, pas pour y mettre un terme
. »

Lis donc ! Impérativement, si tu es passé à côté des 28 ouvrages précédents. D’urgence, si tu n’en a raté aucun. 

[] Xavier Casanova

Jean-Pierre Santini,
L’herbe du bonheur dans l’eau de la malice,
Barrettali : À Fior di Carta, 2016.
Format 110x180, 104 pages, 12,00 €
ISBN979-10-95053-16-3

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06/01/17

Modernisation de la Corse au XIXe

COUV MODERNISATION CORSE

Marco Cini, qui enseigne l’histoire économique à l’Université de Pise, vient de verser à la « Bibliothèque d’histoire de la Corse » un volume consacré aux mutations majeures que connaît l’île au XIXe siècle.

Se porte ainsi sur notre histoire – comme par exception – un regard distinct du francocentrisme qui d’ordinaire la façonne. Ce regard embrasse un monde méditerranéen d’où la France n’a eu de cesse de vouloir extraire la Corse, à ses seuls profits. Ce regard est porté depuis le littoral toscan et dresse le portrait d’un archipel dont une des îles majeures s’éloigne sous l’effet d’une conjonction de facteurs économiques et politiques. Dans son ouvrage, Marco Cini s’attache essentiellement aux paramètres économiques en leur consacrant 60% des pages, réservant les 40% restant aux aspects politiques et culturels. L’ensemble donne un ouvrage apportant un éclairage précieux sur la manière dont la Corse a traversé ce XIXe siècle fortement marqué par l’avancée des sciences et de leurs applications, notamment dans la conduite des travaux agricoles et le développement de l’industrie. Pour la Corse, on peut sans risque parler de mutation, dont les traces les plus visibles aujourd’hui sont le réseau des routes insulaires ouvertes sous le Second Empire, tout autant que celui des routes maritimes où dominent depuis lors celles qui relient la Corse à Marseille, Toulon et Nice, loin devant les liaisons vers le littoral ligure ou toscan.

L’ouvrage – qui sans conteste fera référence – n’intéressera pas que les économistes et les historiens. Toute histoire, même économique, est avant tout une histoire humaine. À cet égard, Marco Cini offre un tableau très documenté des flux migratoires entre la Corse et la Toscane, liant les faiblesses démographiques de l’île et les surplus de main d’œuvre, durables ou saisonniers, propres aux montagnes dominant le littoral toscan. Dans sa seconde partie, il consacre un chapitre aux proscrits et réfugiés passés de la Péninsule à la Corse au cours des soubresauts politiques du Risorgimento. Bastia est alors observé depuis les états italiens. Ces derniers suivent avec intérêt les mutations en cours dans une bourgeoisie d’abord dressée contre les Bourbon puis les Orléans, mais qui par la suite accueillera favorablement la IIIe République et le Second Empire, prenant alors durablement ses distances à l’égard de la Péninsule et de la difficile constitution de son unité politique. Un long développement est consacré aux lois douanières, qui annihilent tous les résultats obtenus dans les domaines agricoles et industriels, en maintenant la Corse dans un commerce inégal jusqu’en 1912.

Au premier regard, l’ouvrage a toutes les apparences d’un livre universitaire austère, avec ses 539 notes de bas de pages. Au demeurant, cette impression s’efface dès que l’on entre dans le texte, admirablement servis sous une traduction aussi fluide qu’élégante. C’est dommage, à cet égard, que certains de nos universitaire se privent – dès lors qu’ils écrivent directement en français – du lissage qu’apporterait à leurs texte leur traduction s’ils pouvaient la confier à un expert partageant les qualités du traducteur de :

Marco Cini,
Modernisation de la Corse au XIXe siècle :
économie, politique, identité,
Ajaccio : Albiana, 2016.
Coll. Bibliothèque d’histoire de la Corse.
Trad. de l’italien par Petr’Antò Scolca.
Broché, 226 pages, 16,00 €
ISBN 978-2-8241-0791-2

Petr’Antò Scolca
est par ailleurs le traducteur de
Francesco Domenico Guerrazzi :
– La Tour de Nonza,
– Pasquale Paoli ou la déroute de Ponte Novu.

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01/01/17

Criazione di cappu d'annu : u garbu è la manera

CAPPU D’ANNU MMXVII

Sia dolce l'annu novu.

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Criazione di cappu d'annu : laziu è risa

# AUGURI 2017

Dolce sia l'annu novu.

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31/12/16

Chjudemu l'una pè spalancà l'altra

DEMUCI A PENA D’ARIA

Demuci à pena d’aria.

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23/12/16

Oïkos, un polar attique et atypique

COUV OÏKOS MOSAIC

Oïkos est le cinquième polar versé par Jean-Louis Tourné à la Nera d’Albiana [•], une collection née en 2004 et s’approchant désormais de la quarantaine de titres. Comme dans L’Or est un poison, l’intrigue a pour cadre la Grèce, et remet en scène le même narrateur et son acolyte, Ploutarchos. À leur côté, apparaît Aphrodite, une jeune et belle chanteuse. Ce trio, éperdument complice et amoureux, entre en scène, marchant vers une maison, un manoir, un oïkos, vers lequel ils se dirigent en prestataires de services.

Cet oïkos est un univers à part, féodal et suffisant, où le palais vit des rentes tirées sur son domaine, sur ses dépendances et sur sa cohorte de serviteurs. Cet oïkos est aussi un théâtre immense et sans gradins où gens du même monde s’offrent aux uns aux autres de somptueuses réceptions, où se donne sans réserve le spectacle outrecuidant de leur toute puissance, de leur capacité à vivre comme des dieux, au dessus des contingences ordinaires des simples mortels.

Cet oïkos prend la parole, dit et répète : « Je suis la maison. Je suis celle que chacun convoite. » Au début du livre, de brefs chapitres interrompent ainsi le fil du récit pour évoquer sur un autre ton – lyrique, sibyllin et tourmenté – ce que chacun a sur le cœur, plus haut ou plus profond que les péripéties qui s’accumulent à la surface des choses. À travers l’enquête, la narration va bien les réduire à un ordre logique : des causes et des effets, des crimes et des coupables. Saurait-elle en dévider le fil dramatique ? Un fil infiniment plus long, plus durable et plus coriace que les petits segments disséqués par la raison : la convoitise. Sempiternelle. Insatiable. Vampirique.

Le trio apaise cette source de discorde en partageant entre eux affection et plaisir. Le monde clinquant dans lequel ils pénètrent l’exacerbe en appétits sans limites et rivalités sans mesures. Les trois amoureux projettent sur ce monde leurs regards saltimbanques et désabusés d’artistes et de fonctionnaires, membres d’une classe moyenne impuissante à opposer à cette démesure un juste milieu fondé sur les harmonies de l’art, les rigueurs de la raison et la vérité des sentiments.

Plus que la maison, l’oïkos désignait jadis la maisonnée, le lieu où des individus se groupent pour produire, accumuler et partager les ressources d’un domaine. L’oïkonomia désignait alors – avant de se dévoyer en doxa frelatée – l’art de gérer cet ensemble de biens et de personnes, d’y faire naître, entre les rivalités, un juste milieu, un intérêt commun. « Mais, déjà, ce n’est plus notre histoire. Notre histoire à nous, recommence avec ses nuits douces et ses caresses. » Repli sur cet improbable équilibre entre les doubles – Ploutarchos et le narrateur – dont Aphrodite est le fléau.

Ça se lit comme un bon polar, mais les ficelles du genre y déroulent une pelote aux parfums de tragédie antique, comme s’il était aujourd’hui suicidaire d’évoquer ouvertement les puanteurs glaçantes du présent. Cristallin, donc, mais biréfringent. Dà leghje !

[] Xavier Casanova

Jean-Louis Tourné, Oïkos,
Ajaccio : Albiana, 2016. (Coll. Nera)
Broché, 144 pages, 14,00 €
ISBN 9782824107370


[•]
Du même auteur, dans la même collection : 
– L’or est un poison, 2013.
– Jeux de vilains, 2010.
– Noire Formose, 2009.
– Les saints et les morts
, 2008.

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20/12/16

Teaser d’une nouveauté attendue début janvier

MIROIRS BLOG

Henri Etienne Dayssol vient de mettre sous presse Au Labyrinthe des miroirs, qui sera disponible dans les premières semaines de janvier 2017. Cet ouvrage accompagnera son auteur dans ses tournées poétiques entre Giraglia et Pertusatu, avec même quelques incursions audacieuses et attendues aux quatre coins de l’hexagone. On sait pertinemment que, dans cette aventure, il n’est pas seul, mais mica nomi.

Ci-dessous, un avant goût :

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15/12/16

Dominique Ottavi : « Pas l'amour »

PAS L’AMOUR

(XC à DO, verbatim). Tu vois, cette fois-ci le critique littéraire latéral (Les positions centrales ne sont-elles pas verrouillées ?) va te parler direct, d’ombre à ombre (Me dis pas que t’es davantage que moi dans la lumière du jour, celle qui éclaire l’air du temps de belles dystopies dont le pire-obscur corrige la fadeur froides des espérances factices et frelatées).

« Récit », dis-tu sous le titre Pas l’amour. Vois-tu, je prends ça pour un coup de tampon de ton éditeur. Il n’en a pas cinquante. Tu aurais pu faire comme Marie-Jean[1] et ajouter « onirique ». En effet, page 1, je lis « et légender mes propres rêves ».

« Récit » ? Pas vraiment. Acte. « Et ce sera ton livre, Anna », dis-tu en le faisant. Alors que la rhétorique préconise la capture liminaire de la bienveillance du lecteur, ce que tu annonces est la captation d’Anna, son enfermement dans ton récit-légende.

Légende ? Oui, mais dans le sens de mots jetés sous une image. Image fugace dans le rêve, obsédante dans les hallucinations. Jamais montrée. Jamais décrite. À peine évoquée, et légendée. À l’emporte-pièce. Avec les mots qui passent, qui s’imposent, qui résonnent, qui se répondent, comme les vagues circulaires sur la peau tendue du lac écrivent la légende du pavé jeté dans la mare.

Jeté quand ? Comment ? Pourquoi ? Va savoir… « Tu as chaque fois moins de souvenirs et les douleurs s’amenuisent au grand soleil libre qui (après le pavé, voici venir les vagues, dit le commentateur) gèle ses menteurs, foudroie ses arpenteurs, stupéfie ses maîtres chanteur… ». Tu vois ? L’émotion pure était là. Aussi transcendante que la raison kantienne. Il n’en reste que l’écho. L’écriture est toujours après coup. L’instant n’existe pas. Il submerge. Il ébranle. Il te jette dans l’océan des mots où tu t’accroches à ceux qui remontent à la surface. En vrac. Libres. Pas englués dans les « régimes de vérité » (merci Michel) où rien ne dérange les évidences pas davantage que les certitudes. Libérés de leur gangue par le choc du pavé. L’image du désir. L’énergie. Primordiale. La vie. Comptée, chez les mortels. Inquiète. Mais, « ne t’en fais pas, n’aie plus peur de rien, plus de craintes ni de regrets, l’immortalité c’est tout de suite, à cet instant précis, (voici encore venir les vagues, ajoute à nouveau le commentateur) sarabandes dérisoire, défis lilas face à la peur, rafales de fusil automatique dans la cible de l’éternité, maladresse enchantée… »Je vois alors la danse de tes doigts sur le clavier, ou peut-être, comme autrefois, leur pas de deux avec un stylo à plume d’or, insatiable et nécessaire. Je lis un « récit » qui échappe sans partage ni concession à ces mises en écriture où la précision biographique sert tout autant à héroïser les uns qu’à assujettir les autres dans une distribution normée d’exploits de demi-dieux et de symptômes de moitié fous. « À chacun de calculer sa vie, sans la salir. »

Pas l’amour, s’il ne s’agit que d’un mot soigneusement rangé, comme les restes d’un repas[2] (voici venir les derniers mots du texte) « en bon ordre dans le vieux Frigidaire blanc (…) qui date de ma naissance. » Est-ce vraiment utile de les remettre au frais à la dernière page quand à la première tu as annoncé « C’est ma dernière traversée, Capitaine… » ? Oui. D’autres feront la leur. Traversée ou révolte. En mer. En chambre. Toujours devancés par l’énigme du désir et le tourbillon des mots.

Enivrant. Tu vois ? Mon texte est bien une recension. Mais d’un « récit » si contagieux…

[] Un extrait lu par l'auteur (vidéo)

Dominique Ottavi, Pas l'amour : récit,
Paris : L'Harmattan, 2012 (Coll. Ecritures).
68 pages / 10,50 €

[1] Marie-Jean Vinciguerra, Bastion sous le vent : récit onirique,
Colonna Edition, 2011.
[2] Reste d’un repas : analecta, en grec (si tu vois ce que je veux dire).

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09/12/16

Picture for the last advent’s day

AVENT

An excerpt from « French Secular Virgin’s Mispresentations for every blessed Advent’s day » or «  Il est né le divin avent ». Picture by Giant Fail Leeks Capt. Chamoska. Digital marquetry adapted from : Marty Noble, Nativity Stained Glass Coloring Book, New York : Dover Publications.

To continue the meditation to the very end :
further information (in french).

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Un texte d’Asli Erdogan emprisonnée à Istambul

 

FLAG TURK

Il y a un mois, les écrivains Tieri Briet et Ricardo Montsarrat Galindo ont commencé à rassembler des textes d’Asli Erdogan destinés à être diffusés de toutes les manières possibles (L’Humanité, 15/11/2016). Parmi ces écrits, nous en avons retenu un pour ses résonnances avec un texte d’un de nos auteurs, dont un extrait avait été publié dans l’œuvre collective Tarra d’Accolta, avant sa parution in extenso au catalogue de À Fior di Carta.

« Je suis née à Istanbul en 1967. J'ai grandi à la campagne, dans un climat de tension et de violence. Le sentiment d'oppression est profondément enraciné en moi. L'un de mes souvenirs, c'est à quatre ans et demi, lorsqu'est venu chez nous un camion rempli de soldats en armes. Ma mère pleure. Les soldats emmènent mon père. Ils le relâchent, plusieurs heures après, parce qu'ils recherchaient quelqu'un d'autre. Mon père avait été un dirigeant important du principal syndicat étudiant de gauche. Mes parents ont planté en moi leurs idéaux de gauche, mais ils les ont ensuite abandonnés. Mon père est devenu un homme violent. Aujourd'hui il est nationaliste. J'étais une enfant très solitaire qui n'allait pas facilement vers les autres. Très jeune j'ai commencé à lire, sans avoir l'intention d'en faire mon métier. Je passais des journées entières dans les livres. La littérature a été mon premier asile. J'ai écrit un poème, et une petite histoire que ma grand-mère a envoyés à une revue d'Istanbul. Mes textes ont été publiés, mais ça ne m'a pas plus du tout : j'étais bien trop timide pour pouvoir me réjouir. Plusieurs années plus tard, à 22 ans, j'ai écrit ma première nouvelle, qui m'a valu un prix dans un journal. Je n'ai pas voulu que mon texte soit publié. J'étais alors étudiante en physique. Je suis partie faire des recherches sur les particules de haute énergie au Centre Européen de Recherche Nucléaire de Genève. Je préparais mon diplôme le jour et j'écrivais la nuit. Je buvais et je fumais du haschich pour trouver le sommeil. J'étais terriblement malheureuse. En arrivant à Genève, j'avais pensé naïvement que nous allions discuter d'Einstein, de Higgs et de la formation de l'univers. En fait je me suis retrouvée entourée de gens qui étaient uniquement préoccupés par leur carrière. Nous étions tous considérés comme de potentiels prix Nobel, sur lesquels l'industrie misait des millions de dollars. Nous n'étions pas là pour devenir amis. C'est là que j'ai écrit Le Mandarin miraculeux. Au départ j'ai écrit cette nouvelle pour moi seule, sans l'intention de la faire lire aux autres. Elle a finalement été publiée plusieurs années plus tard. Je suis retournée en Turquie, où j'ai rencontré Sokuna dans un bar reggae. Il faisait partie de la première vague d'immigrés africains en Turquie. Très rapidement je suis tombée amoureuse de lui. Ensemble, nous avons vécu tous les problèmes possibles et imaginables. Perquisitions de la police, racisme ordinaire : on se tenait la main dans la rue, les gens nous crachaient dessus, m'insultaient ou essayaient même de nous frapper. La situation des immigrés était alors terrible. La plupart étaient parqués dans un camp, à la frontière entre la Syrie et la Turquie. Plusieurs fois, j'ai essayé d'alerter le Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU sur leur sort. Mais c'était peine perdue. Je ne faisais que nous mettre davantage en danger Sokuna et moi. Puis Sokuna a été impliqué dans une histoire de drogue et il nous a fallu partir. Des amis m'ont trouvé une place dans une équipe de scientifiques au Brésil, qui travaillaient sur ma spécialité. Je pouvais y terminer mon doctorat, mais Sokuna n'a pas pu me suivre. Il a disparu, un an après. Je suis restée seule avec mes remords. Rio n'est pas une ville facile à vivre pour les migrants. J'ai alors décidé de renoncer à la physique pour me consacrer à l'écriture. Mais ce n'est qu'à mon retour en Turquie que j'ai écrit La Ville dont la cape est rouge, dont l'intrigue se passe à Rio. L'héroïne est une étudiante turque, qui se perd dans l'enfer de la ville brésilienne. J'étais étrangère au Brésil, mais aussi étrangère en Turquie. Je ne me sens chez moi que lorsque j'écris. Vingt ans plus tard, aujourd'hui, je me sens toujours comme une sans-abri. J'aime bien Cracovie, je pourrais y rester encore longtemps, mais je sais bien qu'il faut laisser la place à ceux qui attendent un asile. Il faudra bien que je retourne en Turquie. En attendant, chaque jour, je me dis que dans mon pays tout le monde sait bien que je suis devenue l'écrivaine turque la plus populaire. Tout le monde le sait, mais pourtant tout le monde se tait. C'est sans doute cela, aujourd'hui, l'exil le plus terrible ».

Texte lu sur France Inter en septembre 2016.

Voir aussi :

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05/12/16

Solidarité avec Asli Erdogan emprisonnée à Istambul

À Ajaccio, la librairie La Marge et le poète Dominique Ottavi se sont associés à « Lire pour qu’elle soit libre ! », une action de solidarité parainnée par Amnesty International en faveur de l’écrivaine Asli Erdogan.

Elle a été arrêtée le 16 août et se trouve désormais emprisonnée à Barkirköy, la prison pour femme d’Istambul. Des accusations fallacieuses de « propagande en faveur d’organisations terroristes » font planer au dessus d’elle rien moins que la menace d’une condamnation à perpétuité.

Asli Erdogan 01

Dans cette action, de nombreuses librairies et bibliothèques ont ouvert un singulier calendrier de l’avant en donnant chaque jour, du 1er au 24 décembre, une lecture publique d’extraits du dernier livre d’Asli Erdogan, Le Bâtiment de pierre, dont Actes Sud a publié la traduction en 2013.

Samedi 3 décembre, Dominique Ottavi a convié à cette lecture  quatre des auteurs ayant contribué comme lui à  Tarra d’accolta, un ouvrage collectif contre le racisme publié en décembre 2015 par À Fior di Carta.

Asli Erdogan 02

Asli Erdogan 03

Asli Erdogan 04

Asli Erdogan 05

Asli Erdogan 06

« Nous rirons plus tard,
pour l’instant je vais vous amener
dans le bâtiment de pierre. »

(page 15)

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