Isularama

17/05/12

L’interminable tarot de Barrettali

Voilà ! Tu t'es fait une idée. Tu sais maintenant ce qui va advenir. Il tire les cartes. Au hasard. Prend garde ! C'est ton destin de lecteur qu'il te dévoile. « Dernière page », dira-t-il plus tard. Le dernier acte de la révélation. Tu as suivi ses gestes ? Tu as parcouru les pages ? Sais-tu que, même si tu ferme les yeux, même si tu détournes le regard, par peur ou par dédain, tu es malgré tout — et surtout malgré toi — impreigné ? Jusqu'aux os. Fasciné.



L’ULTIMU





89

E VOCE SPENTE E INCRUCIATE DI PASQUALE PAOLI
LES VOIX ETEINTES ET CROISEES DE PASCAL PAOLI


 

A VOCE ZITELLINA. — Mama, mama Diunisia, où es-tu ? Regarde-moi…Regarde-moi, ne serait-ce qu’un instant… Pose sur moi ton regard… Le monde est étroit dans ce hameau où nous vivons, mais si seulement tu acceptais de me voir, il deviendrait immense. Je n’aurais pas besoin de rêver d’ailleurs. Je resterai là aussi longtemps que j’aurais la certitude de n’être pas oublié. Et la seule qui importe à ma mémoire, c’est toi, mama Diunisia. Où es-tu ? Où es-tu partie si tôt ? Te retrouverai-je jamais ? Et quel temps me faudra-t-il pour connaître enfin ton regard ? (...)
A VOCE DI U VECHJU. — Je n’ai connu qu’un amour dans ma vie et cet amour je ne l’ai pas vécu, ce qui revient à dire que je ne sais pas vraiment ce que c’est qu’aimer et qu’être aimé. C’est peut-être cela que j’ai cherché en vain par des détours incroyables. J’ai l’impression parfois de m’être évadé d’une histoire intime mal entamée et mal achevée, en me préoccupant du bonheur des autres. Et je me demande si toutes les renommées ne sont pas la conséquence d’une absence d’amour. Se faire un nom pour compenser en quelque sorte celui qu’un seul être vous chuchote à l’oreille avec une infinie tendresse. (...)
A VOCE DI L’ALTRU MONDU. — Le problème des statues, c’est qu’elles n’ont pas d’enfance. Me voilà de bronze dans une posture unique comme si ma vie s’y résumait. Or, ce n’est pas même un instantané de mon histoire réelle, mais la vision sublimée d’un artiste inconnu qui honora une commande. Sans doute lui a-t-on demandé de m’ériger tendu vers l’avenir, apportant au peuple les législations du bien commun, du bonheur et de la liberté. (...)
A VOCE DI U VECHJU. — Il n’était pas aisée chez nous d’aborder les femmes. Savez-vous, ma chère Maria, qu’en Corse, le fait de toucher la chevelure d’une femme la déshonorait et lui interdisait dès lors de se marier ? Sans compter qu’il est difficile à notre époque d’obtenir qu’un mariage soit annulé. (...)
A VOCE DI U CAPU GENERALE. — J’ai constitué et organisé la nation selon la conviction profonde que les deux pouvoirs, législatif et exécutif, doivent être séparés. Il ne s’agit pas seulement de positions de principe mais d’efficacité dans la conduite des affaires publiques. Montesquieu observait justement que le peuple doit détenir le pouvoir législatif au travers de ses assemblées mais qu’il n’est pas capable d’exécuter les résolutions actives qu’il pourrait prendre. C’est pourquoi il convient, dans la pratique d’un Etat libre, que le pouvoir contrebalance le pouvoir. L’exécutif doit se tenir éloigné du parlement. Et à celui-ci revient le pouvoir législatif. (...)
A VOCE DI U VECHJU. — Le temps était passé sans que je m’en aperçoive. Et, entre elle et moi, il y avait tant d’années aussi. Elle avait vingt-quatre ans et moi cinquante-neuf. Cependant, j’ai rêvé d’elle chaque jour, chaque nuit, aussi longtemps qu’il me fût possible de la rencontrer. Et même à mon retour en Corse où je lui écrivis, en 1791, que si je ne l’aimais plus, je ne pouvais cesser de l’admirer. En réalité, je l’aimais toujours, mais comme une passion réciproque n’avait pas été possible, je m’obligeais à la formule. Je l’aimais et je l’admirais. C’est la seule femme que j’ai aimée. Elle seule m’a accueilli dans l’amitié amoureuse. Jusque là, avec les femmes, je n’avais connu que déceptions et mortifications. (…)
A VOCE DI U VECHJU. — Je ne me suis jamais marié et n’ai pas eu de descendance. Je n’ai connu qu’un seul amour. Mais il était trop tard. J’entrais déjà dans la vieillesse. Du moins Maria a-t-elle donné à l’une de ses filles le nom de « Paolina ». C’est notre enfant de lumière. Et dans les armes de sa famille, en souvenir de moi, Maria a intégré la tête de maure, symbole du drapeau de la nation corse. Voilà tout ce qu’il reste de notre amour impossible.




Jean-Pierre Satini, L’Ultimu (extrait)


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Les « soliloques de Natalucciu », version blog

À l’approche de la sortie imminente de l'édition de librairie de L’Ultimu, son auteur, Jean-Pierre Santini, a dévoilé quelques extraits — dont « Les soliloques de Natalucciu » — mis en ligne sur ses pages de Facebook.

Par ce moyen, il ne révèle, en fait, que la notation consignée dans son manuscrit, restituée dans l’expression graphique minimaliste, pour ne pas dire indigente, fixée par les concepteurs de ce réseau social. Il ne montre rien de l’application au manuscrit de formes éditoriales héritées de cinq siècles d’expression typographique, partie intégrante de l'accès de l’œuvre au monde du livre. Plus qu'un simple monde de papier, c’est un univers de formes visibles, couplé à des automatismes de lecture très largement partagés. Pour bien faire sentir l'écart qui sépare le fichier conservant la notation de l'auteur, et le fichier construisant à partir de cette notation une expression typographique, je donne ci-dessous mon interprétation. Chacun pourra comparer la version élaborée ici et celle qui est donnée via Facebook. Elles sont tout aussi numériques l'une que l'autre. À parution de l'ouvrage, on pourra aussi comparer avec la forme imprimée et sentir, au besoin, que la différence ne tient pas à à la nature du support, matériel ou immatériel, mais aux qualités de l’interprétation typographique, aux effets esthétiques et cognitifs qui en résultent et guident la lecture.

 

XI

A VOCE DI NATALUCCIU
LES SOLILOQUES DE NATALUCCIU 


Voce
 
 


Soliloques
 

A Samuel,
l’aghju cunnisciutu…

Omu onestu,
omu d’onore…

Un era micca di a m’età,
ma l’aghju cunisciutu…

Francava a scaletta
di a cinquantina…

Andava sempre
di strada diritta
cu a fede ind’u paese,
quellu di i vivi
è quellu di i morti…

Tandu eramu
di listessa fede,
ma ùn si ne parlava micca...

Zitti l’amichi
chi ci sente
a roba furestera
scalata à centinaie
è spapersa
in ogni paese…

S’arruba a tarra,
s’arruba e nostre case,
e l’estru paesanu
sparisce à mezu
a sti populistrani...

Ellu, fina à a so morte
suminava a so fede…

Ha da rinasce a nazione…

Ma era scrittu u libru…

U libru maiò di u destinu…


Nazione micca,
nè rinascita…

Tempu si ne purtò
a nostra sperenza,
cum’è Golu, tempi fà,
u sangue di i patriotti…

Sott’à a machja bughjicosa
si movenu sempre l’animali…

E certe volte
quand’ellu soffia u ventu
ind’u frundulame,
si sentenu e parolle spente
d’un populu sparitu…

Tempi fà,
quantu spariva a ghjente
pudemu a ritruva
a traccia
ind’u campu santu,
indi aterra sacrata,
indi tutti lochi
induve a morte caminava
cume a vita,
ancu e sopratuttu
indi i nostri cerbelli…

E po so ghjunti
l’usi nucivi
e l’ordine di qualà
o di quassu,
nimu a sà…

Si n’hé sparita a morte
e, pocu a pocu,
a vita anc’ella…

Sintite piu in ghjò
u rumore di l’onda…

L’anime di i morti
scolcanu u mare…

Hannu lampatu
à l’abissu
e sepulture,
materia, petra, calcina,
cascie e corpi mischiati…

Qu’elli sianu maladetti
quelli ch’ hannu fattu e legge,
ch’hannu datu l’ordine,
ch’ hanu fattu
st’opera vergugnosa,
quelli di i guverni
misteriosi,
l’eletti deboli
di u nostru paese,
e l’intrapresa
di stu mulizzu
di Bagnoli…

Eiu aghju salvatu
cio che si pudia salva…

Nantu u mo quaternu,
t’aghju fattu
un pianu cadastrale
di u nostru campu santu
sparitu
ch’un ci n’era micca,
nè in casa cumuna,
nè in l’archivi
in nessumu lochi…


Samuel,
je l’ai connu…

Homme honnête,
homme d’honneur…

Il n’était pas de ma génération,
mais je l’ai connu…

Il franchissait
la cinquantaine…

Il allait toujours
sur une route droite
avec la foi dans son pays,
celui des vivants
et celui des morts…


Autrefois nous partagions
la même espérance,
mais on n’en parlait pas...


Silence les amis,
l’engeance étrangère
nous écoute
débarquée par centaine
et dispersée
dans chaque village…


Elle nous vole la terre,
elle nous vole nos maisons
et le génie national
se dilue au cœur
de ces peuples étranges...


Lui, jusqu’à sa mort,
il semait sa foi…


La nation va renaître…


Mais le livre était écrit…


Le grand livre du destin…

De nation point,
ni de renaissance…


Le temps a emporté
nos espérances,
comme le Golo, autrefois,
le sang des patriotes…

Sous le maquis obscur
les bêtes se déplacent encore… 

Et parfois,
quand le vent souffle
dans les frondaisons,
on entend les paroles éteintes
d’un peuple disparu…

Autrefois,
quand les gens disparaissaient,
on pouvait en retrouver
la trace
dans le cimetière,
dans la terre sacrée
dans tous les lieux
où la mort cheminait
comme la vie,
même et surtout
dans nos têtes…

Et puis sont venus
les coutumes malfaisantes
et les ordres de là-bas
ou de là-haut,
personne ne le sait…

La mort a disparu
et, peu à peu,
la vie aussi…

Écoutez en bas
la rumeur des vagues…

L’âme des défunts
sillonne la mer…

Ils ont jeté
aux abimes
nos sépultures,
matières, pierres, chaux,
cercueils et corps mêlés…

Qu’ils soient maudits
ceux qui ont fait les lois,
qui ont donné l’ordre,
qui ont réalisé
ce travail honteux,
ceux des gouvernements
mystérieux,
les élus débiles
de notre pays
et l’entreprise
de cette pourriture
de Bagnoli…

Moi j’ai sauvé
ce qui pouvait l’être…

Sur mon carnet,
j’ai fait
un plan cadastral
de notre cimetière
disparu
parce qu’il n’y en avait pas,
ni à la mairie,
ni dans les archives
en aucun autre endroit…



Jean-Pierre Santini, L’Ultimu
(extrait)

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16/05/12

Memento « Terra Nostra »

Hier, mardi 15 mai, l’auteur de Terra Nostra est décédé. L’œuvre immense de cet auteur ne se réduit pas à ce roman, mais c’est le premier qui me vient à l’esprit. Carlos Fuentes y plante le personnage d’un seigneur castillan glissant de l’exercice de la puissance absolue aux tourments du doute radical. L’ultime entreprise politique de son héros héréditaire est l’érection d’un mausolée à la gloire de ses ancêtres. Il s’y enferme. Condamné à la régression à perpétuité. Terra Nostra me vient à l’esprit, alors que je scrute les signes avant coureurs de la sortie, imminente, du prochain roman de Jean-Pierre Santini. Je savais qu’il serait long. Je ne doute pas qu’il répète les audaces de Nimu, qu’il en décante aussi les fulgurances et les lenteurs. Pour en juger, peu de chose, pour l’instant. Des bribes. Naguère, l’avers et le revers de la couverture (on en a déjà parlé). Aujourd’hui, en bonnes feuilles, un fragment qui pourrait bien être l’incipit. Le cadre se précise. On est passé outre la date fatidique de la fin du monde selon le calendrier Maya. On est en 2050. C’est pas Saint-Germain-des-Prés envahi par des cohortes de flagellants. C’est juste un vestige de la cellule politique fondamentale de la Corse : un village. On sait qu’aucun ne meurt tant qu’y subsistent deux individus capable de se disjoindre en parti et contre-parti. Rideau…


1. Le monde était entré dans une ère obscure.

La tribu résiduelle d’Imiza avait sollicité un certain Jules Antoine Pottier, retiré depuis peu au village, pour occuper la fonction ingrate de premier magistrat. Plus personne n’en voulait. Les membres les plus avertis du clan local s’étaient accordés pour confier la charge des affaires publiques au nouveau venu. Succédant à l’honorable Clément Poli, élu sans opposition depuis trente-six ans, Jules Antoine Pottier assura donc la continuité du pouvoir municipal dans une commune peuplée de treize habitants mais dont les listes électorales comptaient une trentaine d’inscrits ce qui facilitait, selon la coutume, les dotations budgétaires de l’Etat et diverses subventions. Le calendrier planétaire, objet de longues négociations entre les délégués des peuples, peuplades, tribus et autres ethnies inaugura l’ère nouvelle au lendemain du 31 décembre 2049. La liste de Jules Antoine Pottier fut élue sans surprise aux élections municipales du 8 mars de l’an 1. La cérémonie officielle d’investiture passa inaperçue dans un monde qui abordait sans heurt le temps de sa déconstruction. Certes, il y avait encore, ici où là, quelques îlots de résistance à une politique globale caractérisée par un processus irréversible d’effacement. Un habitant d’Imiza s’était toujours tenu en marge. Les autres prétendaient qu’il souffrait de confusion mentale. Le désordre semblait régner dans la tête de François Marie Carlotti dit «Natalucciu». Pourtant, nul ne gardait mieux que lui la mémoire du pays et des gens. Ancien cantonnier, il connaissait le village comme sa poche pour y avoir inscrit partout la trace de son labeur. S’il ne savait ni lire ni écrire, il recopiait parfois, sur de petits carnets, des mots qu’il ne comprenait pas. Par contre, il laissait les paroles filer de sa bouche au point qu’il peuplait à lui seul, dans les jours interminables, le silence logé au cœur des hameaux. C’est lui, mais à sa manière, qui commenta l’intronisation du nouveau maire devant une poignée de témoins oublieux. Pourvu que l’on prête l’oreille, que l’on soit attentif au remuement des pierres sur les chemins, au froissement des herbes dans les fossés, aux brises légères qui montent de la mer et délivrent doucement les secrets dans le tumulte des frondaisons, on entend, aujourd’hui encore, parmi les ruines d’Imiza, la voix de Natalucciu mêlée par bribes au chant épuisé de ce désert de rocs et de landes.


Jean-Pierre Santini,
L’Ultimu (à paraître). 


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Barrettali : Petra scritta misteriosa da decifrà

L’ULTIMU_PETRA SCRITTA

Cette « petra scritta » vient d'être découverte à Barrettali, dans le jardin d’agrément d’un retraité de la fonction publique. Il s’agit d'un pavé, taillé dans un bloc de molasse (un grès cimenté par un calcaire marneux) provenant peut-être de Rognes (Bouches-du-Rhône). Très altéré, une de ses face laisse néanmoins apparaître des pétropglyphes composites mélangeant, d’une part, des glyphes répétant le tracé de caractères helvétiques dérivés des inscriptions lapidaires romaines, d’autre part, des entailles dont il est actuellement difficile de préciser la nature. Il semblerait, cependant, qu’il s'agisse de la représentation schématique, très conventionnelle, d’un drapé (macédonien, sans doute), sur lequel émerge une figure humaine. Bien que son interprétation soit très controversée, Jean-Félix Cacciamosca affirme de manière catégorique que la formule « ULTIMU » (dernier, en daco-roman) est surmontée du masque mortuaire d’un personnage portant les deux attributs d’un hospodar valaque : la moustache et la coiffe en feutre ornée d’un aigle (le même que sur l'ancien logo Dacia). Il reste, bien évidemment, à corréler ces indices multiples dans une interprétation résolvant toutes les questions nées de leurs caractères, pour l'instant, très disparates.

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14/05/12

Lockheed P38 version épandage de bénédictions

LOCKHEED P-38H-5-LO

Il y avait aussi, dans ce corpus, un poète aérien coupant d’ordinaire les gaz à l’approche de la Corse, ouvrant les aérateurs, laissant son cockpit se remplir d’air frais gorgé des senteurs spécifiques du maquis. Tu verras par toi même, en descendant très lentement les marches de la passerelle, après avoir cueilli à la porte arrière de l’appareil le sourire de l’hôtesse qui, bras croisés sous sa poitrine, immobile dans son chemisier blanc, capte un à un le regard des passager pour effacer d’une caresse distante les angoisses résiduelles de la traversée, tu verras la brume bleutée qui estompe les reliefs, tu sentiras la chaleur moite qui monte du sol, brisant net la fraîcheur très industrielle de la carlingue. Pas à pas chaque marche ordonne ton immersion dans l’odeur âcre du goudron surchauffé et les effluves caramélisés du kérosène souvent employés à tort au féminin. Peu à peu tu discerneras, sur cette toile de fonds tenace et envahissante, la signature discrète des essences du maquis, où plutôt, bordant les pistes, l’empreinte aromatique assez fade des cistes nauséeux tapissant les landes artificielles nées du grand arasement de la plaine, de l’évacuation progressive des essences sauvages, de l’ouverture continue de nouvelles routes et dessertes, bordées de palmiers Phoenix déployant leurs frondaisons acerbes sur des moquettes de gazon anglais arrosées de frais, sauf quelques prairies résiduelles ou paissent, en boitant entre les asphodèles cernés de barbelés, des troupes de brebis à fromage se roulant du bout des lèvres leurs petites doses de foin sec sous la surveillance somnolente d’un berger appuyant son menton sur ses deux mains posées sur le volant de sa fourgonnette, les yeux perdus dans le vague et les oreilles dans les litanies de la radio locale qui rythme ses journées, annonçant la démultiplication des kermesses et des foires où serait donnée, déclamée par tout ce que l’île compte encore de pétulants orateurs et brillant comédiens, cette « Ode à la Corse », pensée d’en haut, ressentie en planant, écrite ici-bas, exhumée d’on ne sait quelles archives, reproduite dans les manuels de propagande, récitée dans les écoles, et psalmodiée dans les célébrations de l’ineffable spécificité de l’insurrection millénaire, au large du Golfe de Gènes, d’une dorsale granitique colonisée d’espèces endémiques. Atterrissage forcé.

Image :
« Lockheed P38-5-LO version épandage de bénédictions »,
infographie Isularama, d’après
SOURCE US GOVERNMENT.

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13/05/12

Hybridation de l'algue au rythme

Avec L’Ultimu, Jean-Pierre Santini annonce un grand roman fleuve. Pour l'instant, on ne peut prendre connaissance que d'un bref extrait, donné pour le texte à paraître en quatrième de couverture. Notre précédent billet en reprenait la fin. Celui-ci en reprend le début.

Hier, le blog Pour une littérature corse attirait l'attention sur le dernier recueil de Jean-François Agostini, Généalogie de l'algue : « ce que l’on met dans un poème ». Aujourd'hui, il me plaît d'hybrider les deux et de restituer le texte de Jean-Pierre Santini dans une mise en forme inspirée de la manière spécifique dont Jean-François Agostini joue, dans ses poèmes, des césures, et des forces attractives des alignement en début et fin de composteur.

Ici, nous imaginons une composition perturbée et ordonnée par trois « attracteurs étranges ». Le fer à gauche. Le fer à droite. Le centre de colonne. Et des décisions de coupe prises au fil de la composition. « L’écriture témoigne du Verbe », dit Jean-Pierre Santini. Ce « Verbe » n'est-il qu’une parole ? N'est-il pas davantage ce supplément de raison qui plie la parole aux règles propres de la notation ? À la « machinerie du corps » ? La main qui assemble sous le contrôle de l’œil et fabrique un lisible plus dense que le dicible. Dans la répétition mimétique de modèles. Reprises. Méprises. Surprises.

00 L’ULTIMU FRAG 01

00 L’ULTIMU FRAG 02

00 L’ULTIMU FRAG 03

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12/05/12

Ouvrir les guillemets dans la mer morte

Parole sane
di l'ultimu vighjente

« Ce que j’ai recueilli sur le papier fragile dans les boîtes d’archives qui sont désormais en ta possession, c’est la trace de tous ceux que le monde du langage a apprivoisés. Tu les reconnaîtras dans la clairière où les humains se rassemblent et rapetissent parce qu’ils ne savent pas se dépasser autrement que dans les formes convenues de l’histoire qu’ils se racontent. Il y a des lâches et des héros, des timorés et des téméraires, des indifférents et des passionnés, mais ces postures ne sont pas aussi contradictoires qu’on veut bien le dire. Elles sont incluses dans le sens unique d’un discours légendaire qui passe les générations et les siècles. Elles sont le fruit de cultures mimétiques qui s’affrontent dans la violence et parfois dans l’horreur au seul motif de leurs différences infimes. Les hommes organisent leur propre éducation dans la subtilité des nuances culturelles et la brutalité de leurs croyances absolues. Ce sont les écritures qui les domestiquent et les dressent les uns contre les autres, non pas comme des loups mais comme des chiens. Les livres, tous les livres, font de l’amitié et donc aussi de l’inimitié, du consensus et des guerres, de l’être et du néant. Tout est écrit, mais ce brouillon anonyme donne à la vie un goût de cendre. On voit partout, depuis toujours, s’agiter dans la fureur les foules mugissantes, les héros d’opérettes et les maîtres cyniques. De tout temps, les peuples s’exaltent et s’illusionnent. Et nous, sur cette île, qu’avons-nous fait d’autre que fantasmer une histoire incertaine ? Parures de gloire, les mots habillaient des actes insignifiants… GLORIA A TE ! Lisait-on sur les routes, les parapets, les façades, les ponts… C’est au nom de ces méprises qu’on s’est livré aux rites sacrificiels comme s’il fallait, pour justification, ajouter le sacre de la mort à nos littératures. Des hommes de chair et de sang, on a fait des statues de pierre au regard aveugle. On les a réduits au silence sourd des matières. Ils étaient la vérité, ils ne sont plus que la mort. »

Début juin, lit-on aussi.
Maintenant, tu sais.
Une annonce.

Un livre.
 Attends.

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01/05/12

Floraison et récupération de Convallaria majalis

MUGUET 2012

Belle fleur de France.

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27/04/12

Plongée lumineuse dans les profondeurs de la Corse

COUV EN CORSE MSH

PRESENTATION
« En Corse, dans les années 1970, une société villageoise s'accroche à la montagne. Elle y maintient, avec le concours de la diaspora, un modèle d'existence en commun largement hérité de son passé proche mais dont les évolutions en cours sur le littoral semblent préparer à terme la disparition. Ce serait alors la fin d'une longue histoire sur laquelle cette société avait gravé sa signature, à défaut d'y exercer sa mainmise. La Corse est, en effet, l'abri d'une civilisation dont le creuset est villageois. Les textes rassemblés dans ce volume dressent le portrait de certaines des institutions portant la marque de cette civilisation et reconstituent ses valeurs. Un idéal en organise le jeu ; il est cultivé dans chaque vallée, dans chaque communauté de village, dans chaque maisonnée : l'idéal de souveraineté. »

SOMMAIRE
• Avant propos. En remontant le temps
• Ressources du milieu, gestion du troupeau et évolution sociale
• Des feux introuvables. L'organisation familiale dans un village de la Corse traditionnelle
• L'institution successorale comme organisation et comme représentation
• De bas en haut, de haut en bas. Le système des clans
• Clanisme, État et société. À propos d'un ouvrage de José Gil
• Transmission successorale et organisation de la propriété. Quelques réflexions à partir de l'exemple corse
• S'attacher. Le régime traditionnel de la protection

VIENT DE PARAITRE
Gérard Lenclud, En Corse : une société en mosaïque.
Paris : Editions de la Maison des sciences de l’homme, Avril 2012.
272 pages, format 15x23, 21,00 €

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16/04/12

La langue corse de A à Ziu

CORSE EN 23 LETTRESDans certaines circonstances, on peut se permettre d’être très directif. C’est le cas avec la sortie de « La Langue corse en 23 lettres ».

Dès votre prochain passage en librairie, repérez-le. Prenez-le en main. Ouvrez une page au hasard. Lisez une notice à la volée. Recommencez. Une ou deux fois. C’est largement suffisant.

Vos mains vous ont renseigné sur le poids de l’objet. Un beau volume de 432 pages. Vos yeux n’ont eu aucun mal à isoler quelques points offerts à la lecture.  Et au fond de vous-même vous savez déjà que vous aurez plaisir à poursuivre cette lecture de grappillage, et que vous pourrez même, au besoin, passer par la table des sujets le jours où il vous faudra mettre un peu de clarté sur une brûlante question ponctuelle.

Vous avez en main un précis. Ce n’est pas vraiment fait pour être lu d’un trait, du premier signe de la première ligne jusqu’au dernier signe de la dernière ligne. C’est fait pour accompagner le cheminement de vos curiosités. Et c’est aussi fait pour en fabriquer de toutes pièces, par le jeu des proximités et par le jeu des renvois. Et vous vous laisserez prendre au jeu…

Ghjaseppiu Gaggioli, La langue corse en 23 lettres  :
Précis alphabétique de grammaire, d’usage et de vocabulaire du corse,
Ajaccio : Albiana, 2012.
Broché. 440 p.
Format 15 x 21 cm.
19,00 €. ISBN 978-2-84698-345-7

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