Isularama

27/01/12

Coudre ensemble divers récits du genre des fables

Luciucciu Apuleghju
Luciucciu Apuleghju occupe une place centrale dans la littérature corse d’expression latine. Au IIe siècle de notre ère, elle subit des influences méso-platoniciennes qui, au fil du temps, glisseront insensiblement des quêtes philosophiques et spirituelles à celle de la magie et des superstitions. Le mazzerisme pourrait en être l’ultime prolongement.
En effet, le propre du mazzeru, sorte de shaman corse, n’est-il pas sa faculté médiumnique de quitter les illusions du monde sensible pour s’aventurer de manière fugace et prémonitoire dans le monde des idées pures ?
 


A Metamorfosa
 
Lecteur, pour toi je veux ici coudre ensemble divers récits du genre des fables de Corse. Leur douce musique va chatouiller agréablement tes oreilles ; pour peu qu’elles soient bienveillantes aux paysages de ce pays, et sourdes à ce qui se dit de ses mœurs et de ses gens ; pourvu que ton goût ne répugne pas en général aux gentillesses de la littérature de cette île et, que tu sois sensible en particulier à l’esprit subtil de la rive gauche du Fium’Orbu plutôt qu’à celui de sa rive droite, plus obscure et trop absconse. Lecteur, tu verras mes personnages – Ô merveille ! – tour à tour perdre et reprendre, par l’effet de charmes opposés, la forme et la figure humaine. Auparavant, je commence en me faisant connaître de toi et te délivre comme il se doit quelques mots sur l’auteur, et donc sur moi. Au ponant, le berceau de mon antique lignée est délimité par la cresta Liturale, trouée par la bocca di Sorda. Au couchant, elle est confinée par la ripa Muntagnola traversée par la foce di Verbu. Leurs cimes dominent l’une la garganella di l’Insetta d’où les anguilles remontent vers les aiguilles de Buburlasca, et l’autre le gargastrolu di l’Insuppa d’où les truites descendent vers les multiples ondes noires et profondes de Siccareccia et de Pisticcina. Comme elcetu et licettu1, je m’enracine en cette heureuse région de maquis et de rocailles, si pauvre des dons de la terre, mais si riche des immortels dons du génie ! Là, ma jeunesse curieuse et studieuse a fait ses armes et ses larmes par la conquête du langage cru et du silence dru, l’avers et le revers de notre âme commune, sulia è umbria. Transporté plus tard sur la terre ferme, étranger au milieu de sociétés chaussées et policées, il m’a fallu, sans guide et avec une peine infinie, travailler à coup de bec à me rendre maître de l’idiome des cours d’école, avant d’apprendre aussi à coup de griffes celui des cours des princes et des pontifes. Aussi te demandai-je à l’avance grâce et indulgence pour tout ce qu’un ancien barbare, devenu au mieux un éternel novice, peut porter d’atteintes aux usages et aux goûts. Mais mon sujet étant la science des métamorphoses, n’était-ce pas y entrer convenablement, que de m’être déjà soumis, moi et mon langage, à tant de transformations ? Il n’en demeure pas moins que tout est corse dans mes fables. Donc, lecteur, fais-moi confiance : le plaisir est au bout ! Càmpati !

Luciucciu Apuleghju,
A Metamorphosa,
Corte : Biblioteca Classica Corsicæ, 1999.
(Trad. Ziu Wang Shou-Hsing)

 


L’AUTEUR

Dans toutes les références antiques, l’auteur n’est désigné que par son nom, Apuleghju. Luciucciu n’est que le prénom du principal personnage, à la fois acteur et narrateur de l’histoire.
Ce prénom sera accolé au nom de l’auteur, peu après la fondation de la Bibliothèque de l’Ecole Latine de Sélestat (ca 1452), lorsque s'établit son premier catalogue. On pense qu’il s’agissait de ne pas rompre la systématique de l’index nominum, qui se pliait à l’usage bas-latin.

Cette métamorphose ne stabilisera pas pour autant la manière de désigner l’auteur : elle subira autant de transformations que le texte franchira de siècles et de frontières, le dernier avatar étant Lucky Apple, le héros du dessin animé La ruée vers l’âne (1998).


 


L’ŒUVRE

Après s’être présenté, Lucciucciu entreprend le récit de ses aventures, qui commencent à Calenzana et se terminent à Conca. Le nœud en est sa propre transformation en cochon domestique, sur le plateau du Campotile. Elle lui fait alors redouter plus que tout sa trop probable métamorphose en salsicciu ou figatellu. Hélas ! Elle aura bien lieu, et il ne devra qu’à l’imploration de Vénus, qui s’en amusa, la lente reconstruction de son corps, puis de son âme, autour de sa réduction à l’état d’un simple et unique boudin turgescent.

A Metamorfosa (ou L’Asinu induratu, ou — onoratu, dans la version scolaire expurgée) est le seul texte qui nous soit parvenu, alors que ses contemporains le décrivent comme un auteur autant jalousé pour sa prolixité que pour son succès. 

Il n’est, cependant, pas impossible que les 22 titres recensés, en recoupant les innombrables citations puisées dans des ouvrages faisant par ailleurs référence, ne soient finalement que des métamorphoses de sa Metamorfosa.



NOTARELLA

1. Elcetu et licettu désignent tous deux un espace peuplé de chênes. Pour un méso-platonicien, il allait de soi que dès lors qu’existent deux dénominations disctinctes, c’est qu’il existe de fait deux variétés distinctes de chênes, que les illusions du sens commun nous conduisent abusivement à confondre.

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26/01/12

Le caractère policé des gens de plume et de lettres

Anonimus Animosissimus

Si quelques universitaires cortenais haussent la tête, se donnant des allures et des manières d’héritiers directs de Pascal Paoli, les typographes corses peuvent en faire tout autant. Il leur suffit de rappeler qu’avant d’être imprimée dans les cœurs, la Nation naissante a d’abord été imprimée sur papier. Avant d’être lue dans l’apaisement des mœurs, et l’émergence d’une raison commune, opposable à toutes les passions privées, il fallait qu’elle le soit dans des textes, et par les caractères servant à les former.

À trop prendre pour référence non pas ces caractères-là, mais ceux qui naissent du choc incessant des pulsions obscures, où une chemise ensanglantée tient lieu de bannière et de pacte, mieux qu’une constitution et les lois qui en découlent, on ne sait pas à quel point on s’abandonne à la barbarie, au règne absolu d’une seule parole, celle du plus puissant — ses silences éloquents et ses sourdes colères —, et à l’instauration d’une égalité qui n’est rien d’autre qu’une manière de partager à l’identique sa soumission à quelque tyran commun, son désir de ne ressembler à personne d’autre qu’à lui, sa fierté d’en recevoir à tout instant la protection.

Les siècles ont estompé le trait. Ils ne l’ont pas effacé. Il est toujours présent dans cette « Adresse », dont on sentira bien, à la lecture, combien elle témoigne du désarroi des gens de lettres — qui la présentent avant tout à leurs pairs —, lorsqu’ils s’abandonnent au rêve quelque peu utopique d’une édition locale et soignée de leurs travaux, respectueuse des règles de l’art.

Loin d’un « J’accuse ! », leur texte est un « J’excuse ! ». En effet, dédouanant les éditeurs, il incite les auteurs à prendre par eux-mêmes, au delà de leur rigueur intellectuelle, le chemin de la rigueur typographique.

Quoiqu’il puisse être émouvant, en certaines circonstances, de lire un de ses poèmes transcrits par les enfants des écoles ; ou d’offrir à un texte enfantin le secours subventionné d’une édition précieuse sur papier bible, sous reliure plein cuir et dans le Garamond du Roi.
 


Galabatezza1


 Adresse Page 1

Adresse Page 2

Adresse Page 3


L’AUTEUR

Ici viendra le texte adéquat, signalant alors que la version a efin pris son tour définitif.


LE TEXTE

Ici se développera le commentaire approprié, pour la plus grande satisfaction des lecteurs avides de petits détails propre à réformer ou conforter les conclusions de leur lecture initiale.

Il n'est de si bonne glose que celle qui, outre la rumination de ses premières impressions, provoque un retour vers le texte, muni de curiosités rénovées, d'attention plus soutenue, et de clés mieux ajustées au contenu que les passe-partout et autres ouvre-boîtes qui en ont tout juste fait sauter le couvercle.



NOTARELLE

1. Ce jeu de mot, qui ne se révèle qu’aux lecteurs bilingues, est un clin d’œil à leur adresse. En effet, galabatezza se traduit par adresse, mais au sens d’habileté et non pas au sens d’écrit à destination d’un lecteur ou d’un ensemble de lecteurs spécifiés.
2. Ou, plus communément, STC : Société Typographique Corse.
3. Architecte fondant son art sur la Bibliologie, ou science du livre et de l’écrit.

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Esquisse d'un passage furtif par le roman picaresque

Francescu Quesivedi

Bien que son lignage n’ait pu être établi avec certitude, Quesivedi a toujours été considéré comme le grand maître de la littérature picaresque corse. Son récit fourmille, en effet, de notations dont il est impossible d’imaginer qu’elles aient pu être glanées ailleurs que sur l’île. Certaines, en outre, montrent qu’il était en état de recevoir des confidences familiales, ce qui ne s’accorde que sur la foi d’une proche parenté ou d’une alliance licite et parfaitement acceptée.

« U Buscu » est le seul roman qui nous soit parvenu, sauvé de l’oubli grâce à sa traduction en français par Fra Luca, un moine de régulière observance, exilé en Corse par son ordre à la demande du Chapitre de Notre-Dame, et auteur, par ailleurs d’un mémoire « pour servir à l’interprétation des socioglyphes de l’île Corse », dont une édition moderne à été publiée à Ajaccio1. La brièveté du récit permettant sa réplication par copie manuscrite, cette traduction circulera sous la bure, hélas, dans des versions de plus en plus concises. La publication d’une première version imprimée2 n’arrêtera pas l’érosion : elle donnera simplement une date et un état permettant d’en mesurer la vitesse et l’ampleur.
 



Storia di a vita di u Buscu


 

 Ysidoru Page 1

Ysidoru Page 2

Ysidoru Page 3

Ysidoru Page 4



L’AUTEUR

Sujette à des controverses qui gâcheraient la saveur de son texte, considérons que la biographie de Quesivedi n’est, en l’état actuel des connaissances, qu’un épais brouillard.


L’ŒUVRE

Ici, nous donnons le fac simile d’une édition tardive, imprimée à Leyde en 1652, soit près d’un demi siècle après la disparition de Quesivedi, dont on dit encore que « sa mort prématurée ôta aux Lettres Corsègues le plus bel ornement de son siècle », précisant, toutefois, que cette citation est loin d’être étayée de références certaines.



NOTARELLE

1. Cf. Xavier Casanova, Codex Corsicæ : suivi de Esquisse d’une théorie de l’interprétation des socioglyphes de Corse, Ajaccio : Albiana, 2005.
2. « Aux Nouvelles Polygraphies Corses, à l’enseigne de la Tête de More, rüe Saint Jacques près La Sorbonne, 1628. »
3. Allusion sallace. Le Y est une représentation schématique du triangle pubien, un pictogramme que l’on retrouve dans les graffitis de tous les ports méditerranéens.
4. Rue descendant de la haute ville. Grand sujet de fierté urbaine, les marches de ses escaliers étaient situées, les unes par rapport aux autres, à une distance correspondant très exactement au pas d’un âne.
5. Tata Monnaie.
6. Elus par les communautés rurales, les Caporali en défendent les intérêts, contre les Seigneurs, auprès de la République de Gênes.
7. Lieutenant de police.
8. Potier (v. note 9).
9. Selon toute vraisemblance, le traducteur a pris ce mot pour un patronyme, alors qu’il désigne ici un métier « mécanique » typique condamnant celui qui l’exerce à faire tourner son tour avec les pieds, comme un âne fait tourner la meule d’un pressoir à huile.
10. Le jeu de mot a échappé au traducteur : scapattoghju est un terme générique désignant tout ce qui permet de s’échapper, aussi bien que tout ce qui réussit à le faire.
11. Bagout, baratin (du corse : parlantina).

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25/01/12

Plongée en apnée dans le ravissement immobile

Marceddu Pristu

Le début du XXIe siècle a été marqué par l’irruption inattendue, dans le paysage littéraire insulaire, d’une revue se donnant pour titre une invitation quasi impérative à la fuite, autrefois réservée à ceux que l’on voulait faire déguerpir : « Fora ! », ou « dehors ! ». Ce mot d’ordre singulier était une incitation à s’en aller voir ailleurs ce qui est pire qu’ici, plutôt que de s’abandonner aux délices masochistes du ressasement continu de ce qui, de toute évidence, ne tourne pas très rond chez nous.

C’est alors que Marceddu Pristu publie, à contre courant, « L’Ouverture ambigüe », une construction romanesque inclassable, où il déploie ses phrases interminables dans une magistrale méditation sur les charmes de l’immobilité, déconstruisant toute bonne raison d’aller s’assurer par soi-même que le monde ressemble peu ou prou à ce qu’en disent de bien les dépliants touristiques, et de vrai les géographes sérieux.
 


Le rendez-vous à Venise


D’ici je sens filtrer par l’entrebâillement des persiennes mi-closes la fraîcheur du soir vénitien et ce courant d’air marin qui chasse lentement la moiteur de la lagune diluant peu à peu ces fumets et ces effluves de soupe et de sardine aussi glauques que le soleil voilé inondant de sa blancheur les façades délabrées derrière lesquelles il faut imaginer une académie de peinture au sommeil si profond qu’en tendant l’oreille on peut même entendre se craqueler le verni séculaire qui brunit quelque Tiepolo couvrant le mur entier d’une des salles de la Ca’ Rezzonica où l’on tire les rideaux pour sasser et ressasser cette lumière déjà si laiteuse et tamisée qu’au dehors elle estompe plus qu’elle ne dessine la silhouette de ce Moïse crayeux d’un autre Sestiere qui s’effrite effaçant toutes les lettres des tables et ne laisse plus que l’image d’un seul et unique destin pulvérulent partagé par les hommes et leurs lois qui ne serait ici rien d’autre que l’écho d’une lumière granuleuse dispersant ses corpuscules sur les mots et les choses pour les obscurcir de fadeur plus que pour en révéler leurs vestigiales splendeurs que seuls perçoivent encore et parfois les artistes dans leurs incessantes batailles contre les ombres qui font surgir des brumes insane et des poussières livides une folle esthétique du contraste et de la carnation dans une impérieuse alchimie sans laquelle Venise ne serait pas comme tu l’imagines cet éternel tableau vivant planté dans les sables du marais et un défi opposé à l’absence de limites sensibles entres le ciel et les eaux que l’on ne peut voir et admirer qu’à travers les vedutte de Canaletto sauf à ne donner aucun horizon à son séjour paludéen et attendre au bord du Grand Canal avec une infinie patience que les cieux veuillent bien sous l’effet de l’heure et du vent s’offrir enfin à nos yeux dans l’improbable tonalité des illuminations et des colorations imaginées par le peintre qui finalement ne reflètent rien d’autre que les artifices de sa palette trompeuse et son coup de trompette final.

L’entends-tu, mon Albertine ?

Aussi plutôt que de nous rejoindre à Dorsoduro, pourquoi ne viendrais-tu pas ici, à Montesoro ?


Marceddu Pristu,
L’Ouverture ambigüe,
Guernsey : Victoria Pier, 2011.
(Coll. Insularities). 768 p.



L’AUTEUR

En publiant son œuvre romanesque à Guernesey, sous le pseudonyme de Marceddu Pristu, l’auteur a tout fait pour se prémunir des curiosités de son voisinage, comme du harcellement des correspondants locaux de la presse hebdomadaire locale, prompts à transformer en mythe littéraire toute œuvre à clé.

La plus évidente des clés est le pseudonyme lui-même. En effet, après « Fora ! », comment ne pas interpréter « Pristu ! » comme une surenchère ?


L’ŒUVRE

« L’Ouverture ambigüe » est bien une envolée romanesque à clé, très provocante, dans laquelle on ne compte pas moins de 300 personnages, ce qui équivaut à un tableau à l’échelle 1000 de la société insulaire, dressé à partir d’un point d’observation immobile, vers lequel convergent toutes les rumeurs d’un microcosme où il va tellement de soi que tout se sait que poser la moindre question fait courir le risque de dévoiler ouvertement ses ignorances, ce qui est infiniment plus risqué que de faire semblant de tout décrypter mieux que quiconque.
 

 

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24/01/12

Ouvrir la perspective originale du roman analytique

Bertho et Caux

Ces deux auteurs n’ont jamais cessé d’écrire à quatre mains et deux plumes : celle de la psychosémantique clinique et celle du roman analytique. Ce qui est romancé, dans les articles réunis dans « Poches de résistance », c’est la science de l’homme par excellence, l’anthropologie, quant elle interroge l’épaisseur sémantique des objets de la vie quotidienne, en relation avec les processus psychologiques qu’ils induisent ou satisfont, notamment examinés à travers la question de la construction et de la préservation de ce que l’on nomme très couramment une identité.

Bertho et Caux y appliquent, plus qu'ils ne la formalisent, ce qu'ils se proposent d'appeler une « pochanalyse ». Cette approche innove en introduisant, dans le rituel de la cure, un instant initial où le patient est instamment prié de vider ses poches de tout leur contenu, et même de se séparer de ses lacets, de sa ceintures, de ses bretelles et de ses breloques.

Cette mise à distance des extensions de lui-même libère l’individu de la possession qu’elles exercent sur lui. Objectivées et distanciées par leur récollection dans un casier, réordonnées en panoplie tombant ainsi sous le coup du regard panoptique que cette disposition permet, elles s’offrent alors en tant que telles, c'est-à-dire gardées à vue, à l’analyse objective.
 



Canta et l’ornitorynque


N
ous appelons généralement calibre, au sens de « tu veux que je le sorte ? (sous entendu, mon calibre) », un appareil ou instrument servant à témoigner de sa virilité, dans les situations sociales interdisant les exhibitions directes que permettrait la nudité. Mais au sens large, on entend par calibre tout objet technique prolongeant ou amplifiant les signes de virilité. Si l’on demandait aux mâles, s’il était possible de le leur accorder, où ils voudraient avoir un second pennis, certains le voudraient au nombril, d’autres planté comme un appendice caudal, sans même penser qu’il y a bien d’autres endroits où imaginer que nous pourrions désirer disposer d’un surcroît de virilité et l’exhiber : autour du cou ou du poignet, sur la tête, autour des yeux, et même aux pieds.

À cette question, la réponse la plus pertinente, au sens de BERTHO et CAUX (1999), serait : au bout de l’index. Il est évident que nous serions ainsi en mesure d’en étendre la visibilité, dans la limite de la longueur de nos membres supérieurs et de la souplesse de leurs articulations. Si nous avions un PA, ou pennis artificiel, aussi manœuvrable que notre index, nous disposerions d’un excellent calibre, doté non seulement de fonctions extensives, mais aussi intrusives (au sens où nous pourrions non seulement nous faire voir de ceux à qui nous tournons le dos, mais aussi, passant la main par l’entrebâillement d’une porte, nous faire voir de quelqu’un qui, ostensiblement, ne veut pas nous voir).

Les calibres exhibent ainsi, en jouant les prolongations, ce que l’organe corporel pourrait directement démontrer, mais ne peut s’y employer, sans enfreindre les conventions. Extenseurs de l’organe, les calibres permettent ainsi d’attester de sa virilité en dehors de l’espace nécessairement limité et clos d’un lieu dévolu à l’intimité ou aux tolérances. Donc, sans appendice adventice, la visibilité de la virilité se limite, dans l'espace public, aux cas rares et fortuits d’exhibition accidentelle de l’extension essentielle.

« Index et codex : le corps et l’écrit »
in Bertho et Caux (Ed.), Poches de résistances,
Paris : La Matraque, 2009.


 

LES AUTEURS

Bertho et Caux se rencontrent à Paris lors d’un concert du groupe Scontru, dont ils achètent le tee shirt à la fin du spectacle.

Après s’être mutuellement révélé leurs origines corses, ils se découvrent même un cousinage au 7e degré transcendant leur parenté intellectuelle pourtant très proche : en effet, tous deux sont fonctionnaires de catégorie équivalente et de même échelon, dans deux administrations distinctes mais rattachées à un même ministère.
 

 

L’ŒUVRE

Au nom de la glose.
Au nom de la glaise.
Au nom de la glisse.
Au nom de la glace.
Au nom de la glotte.
Au nom de la glaire.

Cette série de sept ouvrages sera rééditée en un seul volume de 1344 pages :
7/7 : Théorie de l’ouverture.

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22/01/12

La formule couvre-t-elle aussi l'art de la formule ?

À qui la petite phrase ?

« L’art est dans une certaine idée de l’impuissance.
 »

Par ici la REPONSE

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Assagir le vocabulaire pour rendre la vie supportable

Savoir refléter les réalités sociales
« Cher ami, ne m’appelez plus maquerelle. Poule-emploi. Des ailes protectrices, et non plus des écailles. Et un rôle social certain. Fournir aux étudiants les moyens de régler leurs loyers exorbitants sans se priver de chauffage. Et, parfois même, d'acheter une baguette et un polycop. »

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Manifeste pour un oulipisme local de comblement

En tirant avantage et profit de la dynamique qu’exprimait, en son temps, le Manifeste des Agriates (2009), il eût été possible de fonder un groupe expérimental « U Lippò » (de l’angl. Hoolipower, –ism, –ist), et de le lancer dans la création non pas d’une littérature neuve (d’autres s’en chargent), mais de ses prémices absentes, un corpus d’œuvres anciennes, recréées par ouliposuccion (cf infra). En effet, le puzzle littéraire local manque cruellement de vieilles pièces, notamment antérieures à la prolifération des publications actuelles, qui ne reflète rien d’autre que l’entrée des classes surnuméraires du Babilboom dans l’âge de la retraite.

Les Lettres du moment se trouvent ainsi, en dehors de quelques libéraux oisifs, avocats ou médecins, entre les mains d’une génération de fonctionnaires, aujourd’hui hors cadre, recrutés, pour les plus hauts perchés, sur leur aptitude à faire de tout synthèse. À cet égard, un avantage certain est donné à ceux qui, ayant épousé une carrière adéquate, s’offrent une retraite précoce ; policiers et militaires, notamment. S’y ajoutent ceux qui, dans un contexte de privatisation des services publics, ont été poussés, par divers stratagèmes, vers une retraite anticipée.

Ce tableau humain n’a rien de sombre. Il vient, bien au contraire, revivifier le paysage intellectuel. Les tendances au conservatisme liées à l’âge sont, en effet, compensées par validation des acquis de l’expérience. Il n’en reste pas moins qu’ils fondent une littérature en devenir, sans véritablement combler les manques des siècles passés. Or, il est possible de remédier à cette carence en imaginant un recueil de morceaux choisis qui reconstituerait, à partir d’œuvres anciennes, quelques uns des chainons manquants des Lettres locales.

Avant d’imaginer cette compilation, il fallait inventer les modes opératoires permettant d’en créer les pièces. L’ouliposuccion en est un. Elle consiste à ponctionner, dans des œuvres pertinentes, des passages qui, par leur universalité, se prêtent remarquablement à une réécriture où, après injection de ce qu’il faut de particularités, elles s’intègreraient dans la singularité des Lettres locales. De manière générale, plus la source est ancienne, plus sa transmutation est aisée. En effet, lorsque d’anciens textes conservent à nos yeux toute leur force, c’est que leur trame repose sur des archétypes ayant perduré jusqu’à nos jours. Il suffit alors, le plus souvent de très petites substitutions, opérées au niveau de détails très anecdotique, pour les transposer dans un autre lieu et un autre temps, sans que ce soit pour autant une autre culture. En effet, plus on remonte loin en arrière, tout en restant dans la sphère partageant l’héritage romain, plus on s’éloigne de l’inextricable foisonnement des branches, ramures ou dendrites actuelles, et plus on se rapproche du tronc commun d’autrefois.

Mais, les préambules fastidieux étant, de nos jours, unanimement tenus pour d’inutiles prises de tête, donnons un exemple. Il montrera par lui-même comment, à peu de frais, peuvent se combler les lacunes. Ici, en s’en allant glaner du côté des Humanistes de quoi composer la figure de notre Urasmu di Rotadarma.

 

Urasmu di Rotadarma

Dans sa thèse si souvent citée, Vicky Pedia souligne la grande amitié qui liait Urasmu et Grotius Minutius, tous deux partageant un même « goût de l’humour à froid et des jeux de l’esprit ». Sa « Fola di l’elogiu », ou fable de l’éloge, a été écrite hors saison, en une semaine, dans un meublé « tout confort vue sur l’amer » que, gracieusement, Grotius avait mis à la disposition de son ami. Ainsi aura-t-elle été rédigée du samedi au samedi, entre deux traversées. Urasmu s’offrait alors un peu de repos après un séjour éprouvant à Rome, où il était aller négocier avec le Pape le droit de porter le pilone sur son habit monastique, marquant ainsi combien il tenait à ce que sa ferveur identitaire passe au premier plan, dans la présentation de sa personne, comme il l’exposera dans son « de supra consecratio stultitiæ ». Il se préparait aussi à reprendre le chemin de Rome, alors décidé à renoncer à toute carrière ecclésiastique, et à s’inscrire comme auditeur libre au centre d’études corses, aux fins d’y œuvrer à son élection à l’Académie des Vagabonds.
 
A fola di l’elogiu
 

Urasmu di Rotadarma

Urasmu, A Fola di l’elogiu,
Corte : Biblioteca Classica Corsicæ, 1998.
(Trad. Ziu Wang Shou-Hsing)
 


L’AUTEUR

Par une coquetterie qui atteste d’une très ancienne fascination pour les armes, les commentateurs ont tôt pris l’habitude de parler d’Urasmu « di Rotadarma », comme un hommage rendu à sa fulgurence.

Dans les armes à feu portatives du temps des Humanistes, la « rota d’arma » est le rouet, pièce générant l’étincelle qui met le feu aux poudres, dans un ingénieux mécanisme libérateur. Il libère, en effet, la main gauche, autrefois occupée à tenir la mèche, et désormais employée à maintenir le canon, en lieu et place d’un encombrant support.


LA LANGUE

Ici, traduire en note les termes et expressions données en corse par l’auteur briserait non seulement l’étonnante dynamique du texte,
mais surtout effacerait la savoureuse opposition entre les mots effectivement empruntés à l’idiome corse et les inventions verbales les plus débridées.

L’ŒUVRE

A fola di l’elogiu
Modus orandi Corsicam
Nazzione & inazzione, ultima edizzione ripigliata, amendata & amplificata, cù una tavola di i sughetti assai ampia, precisa, esatta & vera.

© Isularama by La Gare, 2012

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21/01/12

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Très tendance : l'oxymore

À qui la petite phrase ?
« Le souci de continuité dans le changement
et la volonté de changement dans la continuité
seront mes armes. »

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