COUV METAPHYSIQUE HERON

« Elle va rougir, hausser les épaules et dire que ce n’est qu’un petit livre », annonce Laurent Cachard, dans sa préface. À la journée des éditeurs, Frédérique Ettori a réalisé la prophétie du préfacier lorsque je lui ai demandé de me dire deux mots du livre qu’elle signait sous les palmiers de la Place Foch. Petit livre. Vite lu. Effectivement. J’ai compté 20 nouvelles, en mettant à part la dernière, que j’ai perçu comme une sorte de postface. Deux pages de plus consacrée à la plus récente des émotions de Frédérique : le bouclage de son premier recueil. Une inconnue ? Pas vraiment. Du moins, pour ceux qui ont remarqué la nouvelle qu’elle avait versée à Tarra d’Accolta, et qui est reprise dans sa Métaphysique du héron.

« Que ne suis-je la fougère [1] » peuvent se dire tous ceux qui ont été accueillis À Fior di Carta, quelque part parmi les quelques 107 titres produits à Barrettali, mélangeant des signatures déjà confirmées, des premières publications et quelques œuvres collectives cueillies dans des manifestations littéraires très éloignées de la littérature mondaine et de ses jeux de société.

La Métaphysique du Héron s’inscrit parfaitement dans ce que l’on pourrait appeler une littérature en sourdine où survit encore le plaisir d’écrire pour soi et pour les siens. Une manière de se garder quelques capacités de production dans un monde qui engendre massivement du consommateur, et réserve l’exercice de la chose littéraire à une cléricature bien encadrée, que toutes sortes de subterfuges permet de présenter comme une classe humaine distincte de l’humanité ordinaire.

Les prétentions à l’universalité ne sont, en effet, qu’une manière de fonder la supériorité de certains en évacuant les vieilles théologies, mais en conservant la mécanique sociale qui en résultait, qu’il s’agisse de placer au dessus du vulgum pecus des élus dotés d’un supplément d’âme ou des consacrés dotés d’un surcroît de légitimité.

C’est cette métaphysique que piétine superbement le héron, et qui sera piétinée une seconde fois lorsque la paire de Louboutin perd sa valeur de piédestal haussant qui les porte au plus près de l’Olympe, quand d’autres vaquent en espadrilles à leurs tâches domestiques. La littérature Louboutin marche toute seule. En espadrilles, c’est œuvre militante. Folle beauté des défis assumés. Reste à extraire de cette expérience collective, portée à bout de bras par Jean-Pierre Santini, ce que j’ai osé appeler « littérature en bande organisée ».


[1] Premier vers d’un poème de Charles-Henri Ribouté (1708-1740) intitulé « Tendres souhaits », mis en musique par Antoine Albanèse (1729-1800). Son thème musical est gravé dans l’oreille des quinquagénaires et des sexagénaires, s’ils se souviennent encore de la série télé « Bonne nuit les petits » (1962-1973).