ILS ARRIVENT 3 AFFICHES

À Fior di Carta ne manque ni d’audace ni d’imagination pour poursuivre la “bookmob” inaugurée par Tarra d’accolta.  Enfin, pour l’instant, parlons simplement de “netmob” puisque le livre annoncé n’est pas encore sorti. Disons plutôt le livret puisque le texte qu’il véhicule est destiné au théâtre, comme le laisse ouvertement entendre la consultation lancée sur Facebook sur le choix d'une affiche.

La salle ? – Pour l’instant, faute de pâtissiers, de pâte à choux, de chantilly et de caramel, on ne peut pas encore parler de pièce montée. Au demeurant, la cuisine éditoriale fait déjà monter la mayonnaise avec les moyens du bord, c’est-à-dire sans fouet ni cul-de-poule. Seulement de l’audace et de l’imagination, osons-nous répéter faute de déjà  répéter la pièce elle-même. Mais, nul doute que ça viendra : la balle est lancée. D’abord aux enfants de la balle et ensuite à leurs troupes.

Le thème ? – Le 1er juillet 2015, un communiqué de France 3 Corse annonce la présence d'un bateau suspect au large de nos côtes. Aussitôt, un des animateurs de la fachosphère corse sur Facebook annonce : « Il semblerait qu'ils débarquent par Bonifacio cet après-midi ». « Ils », ce sont des migrants que le navire en question transporterait. La panique s'empare alors de tous ceux, hommes et femmes, dont la parole exacerbée révèle une véritable hystérie raciste et xénophobe. On crie aux armes et à l'accueil des migrants en se postant sur les tours anciennes pour leur tirer dessus !

L’auteur ? – En fait, tous ceux qui, chauffés par le facho, se sont précipités au bureau de change pour convertir leurs petites pétoches intimes en bonnes grosses haines collectives. Tous ceux qui sont montés au créneau avec le slogan qui tue et qui pue, pour le personnaliser, le décliner, le styliser, le dramatiser, l’amplifier, l’hystériser, l’enkyster et même le fossiliser. Facebook assurant le dépôt légal de tout, du pire “like” comme du meilleur “fuck”, s’y déploient de temps à autre des sortes de chromatographies révélant le spectre hallucinant des non-dits rampant sous les moquettes, prêts à sortir la tête si l’aspirateur reste au placard. Jean-Pierre Santini a simplement fait la récolte et joué les arrangeurs, donnant les petits coups de patte permettant de verser les raclures dans un autre récipient, en y ajoutant les petits coups de plume permettant de balayer – des yeux, s’entend – les ordures, en minimisant les accidents de lecture.

L’enjeu ? – Depuis, d'autres évènements se sont succédés, qui témoignent de la progression de l'idéologie fasciste dans certaines fractions de la population insulaire. Les Corses ont le devoir de dénoncer et de combattre une telle dérive incompatible avec les valeurs fondamentales qui ont animé les luttes menées en Corse au XVIIIe siècle, et qui ne se sont jamais effacée, pas plus dans les épisodes les plus apaisés que dans les périodes les plus agitées. Que notre force morale et nos mécanismes de défense, si bien aiguisés au cours des siècles, ne se retournent pas contre nous, et qu’ils continuent à étendre leur protection à tous ceux qui voient la Corse comme un refuge plutôt que comme un appât alléchant ou une proie facile, où domicilier leurs appétits sans bornes et leurs haines sans limites. Le théâtre est le lieu idéal où projeter, contre certaine folies du temps, un discours fort, mais sans haine : le matamore n’y est-il pas devenu un personnage pathétique ?

[] Xavier Casanova